- Liste grise du GAFI : le Cameroun joue son avenir financier à Abidjan
Trois ans après son inscription sur la liste grise du GAFI, le Cameroun assure n'avoir plus que sept actions à satisfaire mais le délai est dépassé et les exper...
Cameroun,Cameroon Camer.be, l'information claire et nette::Cameroun,Cameroon,CAM — rssPar Paul Moutilavendredi 4 septembre 2026 à 00:36

© Camer.be : Paul Moutila 04 Sep 2026 00:36:34 | 1265 | © Camer.be : Paul Moutila Liste grise du GAFI : le Cameroun joue son avenir financier à Abidjan Trois ans après son inscription sur la liste grise du GAFI, le Cameroun assure n'avoir plus que sept actions à satisfaire mais le délai est dépassé et les experts du Groupe d'action financière attendent des résultats tangibles sur le terrain. Le Cameroun est-il sur le point de tourner la page de trois années de surveillance financière renforcée ? Alors que Yaoundé affirme avoir ramené de 24 à 7 le nombre d'actions encore à satisfaire, la réunion cruciale avec les experts du GAFI prévue cette semaine à Abidjan pourrait sceller le sort du pays. Mais entre l'optimisme affiché par les autorités camerounaises et la prudence du GAFI, le fossé reste profond. Trois ans de liste grise : un fardeau économique et réputationnel Le 23 juin 2023, le Cameroun rejoignait la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI), l'organisme intergouvernemental mondial de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Une décision qui plaçait le pays sous « surveillance renforcée » en raison de « déficiences stratégiques » dans son dispositif national. Trois ans plus tard, le Cameroun est toujours sur cette liste aux côtés de l'Angola, de la Côte d'Ivoire, de la République démocratique du Congo et du Kenya. Une présence qui pèse lourd : sur le plan économique, la liste grise renchérit le coût du crédit pour les banques camerounaises et fragilise l'attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux. 24 actions, 7 résiduelles : le discours rassurant de Yaoundé Selon Jean Bertin Meba, directeur par intérim de l'Agence nationale d'investigation financière (ANIF), le Cameroun a considérablement avancé. « Sur 24 actions recommandées au départ, nous sommes à ce jour à sept actions résiduelles à satisfaire », a-t-il déclaré. Un travail mené « sous la supervision du Premier ministre, chef du gouvernement, et la coordination du ministre des Finances ». Nommé en avril 2026 à la tête de l'ANIF après le décès de son prédécesseur Hubert Nde Sambone, Jean Bertin Meba est un administrateur civil principal dont l'expertise en matière de coopération avec le GABAC et le GAFI est reconnue. Les sept chantiers encore ouverts Les sept actions résiduelles concernent des domaines sensibles : la supervision des entités assujetties dans les secteurs financier et non financier, le contrôle des organisations à but non lucratif, la gestion des avoirs criminels gelés, saisis ou confisqués, ainsi que l'application effective des sanctions financières ciblées contre le financement du terrorisme et de la prolifération. Autant de chantiers qui exigent désormais non seulement l'existence de dispositifs réglementaires, mais aussi leur application concrète sur le terrain. Un défi de taille, alors que le ministre délégué auprès du ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, déplorait en février 2026 que seules 11 actions sur 24 aient été exécutées soit un taux de réalisation de 46 %. La réunion d'Abidjan : un test décisif C'est précisément à Abidjan, cette semaine, que le Cameroun doit défendre son huitième rapport lors d'une réunion en présentiel avec les experts du GAFI. « Le Premier ministre vient d'autoriser le déplacement d'une délégation du Cameroun pour aller défendre le huitième rapport du pays », a confirmé Jean Bertin Meba. L'enjeu est immense : « Nous espérons, au terme de cette réunion, la levée de la majorité des actions encore résiduelles et sous monitoring », a poursuivi le responsable de l'ANIF. Le GAFI plus prudent : « Tous les délais sont dépassés » Mais le dernier état des lieux dressé par le GAFI le 19 juin 2026 se montre nettement plus réservé. L'organisation reconnaît certes des progrès notamment une augmentation de la diffusion de renseignements financiers aux autorités compétentes et une priorité accrue accordée à la saisie d'avoirs aux frontières. Mais ces avancées demeurent insuffisantes pour permettre au pays de sortir de la surveillance renforcée. Surtout, le GAFI souligne que « tous les délais sont désormais dépassés ». Le plan d'action initial prévoyait une sortie de la liste grise dès septembre 2025. Un échéancier que le Cameroun n'a pas respecté. Ce que le GAFI attend encore L'organisation a identifié plusieurs domaines nécessitant des progrès supplémentaires : renforcer la supervision fondée sur les risques des banques, améliorer le contrôle des institutions financières non bancaires et des professions non financières désignées, sécuriser les échanges d'informations entre la cellule de renseignement financier et les entités déclarantes, et consolider les mécanismes de saisie et de confiscation des avoirs criminels. Le GAFI demande également une application effective des sanctions financières ciblées liées au financement du terrorisme et une approche fondée sur les risques à l'égard des organisations à but non lucratif, sans entraver leurs activités légitimes. Le décalage des appréciations Le principal enjeu de la réunion d'Abidjan réside dans ce décalage entre l'optimisme affiché par Yaoundé et la prudence de Paris. Alors que le Cameroun estime avoir considérablement réduit le nombre d'actions restant à satisfaire, le GAFI attend surtout de constater des résultats tangibles sur le terrain. La délégation camerounaise devra démontrer que les sept recommandations résiduelles ne sont plus seulement prises en compte à travers des textes ou des engagements institutionnels, mais qu'elles donnent désormais lieu à une mise en œuvre effective et mesurable. Une dynamique encourageante, des incertitudes persistantes Le secrétaire général du GABAC, André Kanga, s'est montré optimiste le 29 juillet 2026 : « La sortie de la liste grise est proche, puisqu'on a déjà réalisé près de 70 % de ce qui était demandé ». Selon lui, 17 des 24 mesures correctives recommandées ont déjà été appliquées. Une progression notable par rapport à février 2026 six actions supplémentaires accomplies en quelques mois. Reste à savoir si ces progrès seront jugés suffisants par les experts du GAFI. Conséquences pour l'économie camerounaise La sortie de la liste grise est cruciale pour l'économie camerounaise. La présence du Cameroun sur cette liste a des répercussions concrètes : renchérissement du coût de la dette, comme en témoigne l'émission d'un eurobond de 750 millions de dollars à un taux nominal de 10,12 %. Les banques camerounaises subissent une pression accrue, ce qui fragilise le financement de l'économie réelle. Pour les autorités, l'enjeu est donc autant réputationnel qu'économique. La sortie de la liste grise enverrait un signal positif aux marchés internationaux et faciliterait l'accès du pays aux financements extérieurs. Perspective : un dénouement en 2026 ? Le Cameroun s'est fixé comme objectif de quitter la liste grise d'ici la fin de l'année 2026. Un calendrier ambitieux mais réaliste, à condition que les réformes engagées produisent des résultats mesurables sur le terrain. La réunion d'Abidjan constituera un premier test décisif. Si la délégation camerounaise parvient à convaincre les experts du GAFI que les sept actions résiduelles sont en voie d'être pleinement mises en œuvre, le pays pourrait espérer une sortie de la liste grise dans les mois à venir. À l'inverse, un constat d'échec prolongerait l'isolement financier du Cameroun et aggraverait les difficultés économiques d'un pays déjà confronté à des défis structurels majeurs. 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Mis à jour Il y a 23h