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- Manifestants condamnés, putschistes présumés libres

Au Cameroun, des manifestants pacifiques écopent de 7 ans de prison quand un ancien patron du renseignement révèle une tentative de coup d'État sans être inquié...

Cameroun,Cameroon Camer.be, l'information claire et nette::Cameroun,Cameroon,CAM — rssPar Avec Aristide Monovendredi 4 septembre 2026 à 17:06
- Manifestants condamnés, putschistes présumés libres
© Camer.be : Avec Aristide Mono 04 Sep 2026 17:06:27 | 635 | © Camer.be : Avec Aristide Mono Cameroun - Manifestants condamnés, putschistes présumés libres Au Cameroun, des manifestants pacifiques écopent de 7 ans de prison quand un ancien patron du renseignement révèle une tentative de coup d'État sans être inquiété. Deux poids, deux mesures. Tandis que des opposants politiques croupissent en prison pour avoir simplement exercé leur droit de manifester, Léopold Maxime Eko Eko, ancien patron de la DGRE, affirme publiquement avoir enquêté sur un projet de coup d'État sur instruction de Paul Biya sans qu'aucune arrestation ne soit intervenue. D'un côté, des manifestants pacifiques condamnés à sept ans de prison. De l'autre, un ancien patron des renseignements qui révèle à la barre avoir enquêté sur un projet de coup d'État et qui n'est pas inquiété. Bienvenue au Cameroun, où la justice a deux vitesses. Tandis que des dizaines d'opposants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) purgent de lourdes peines pour avoir simplement exercé leur droit constitutionnel à manifester, Léopold Maxime Eko Eko, ancien Directeur général de la Recherche extérieure (DGRE), a déclaré devant le Tribunal militaire de Yaoundé qu'il menait, sur instruction du président Paul Biya, une enquête confidentielle sur un présumé projet de coup d'État. Le paradoxe est saisissant. Et la question, brûlante : pourquoi la machine judiciaire est-elle si prompte à punir des manifestants et si lente à poursuivre ceux qui menacent l'ordre constitutionnel ? Sept ans de prison pour avoir manifesté : l'opposition dans le viseur Le 22 septembre 2020, plus de 500 personnes étaient arrêtées dans plusieurs villes du Cameroun pour avoir participé à des manifestations pacifiques organisées par le MRC de Maurice Kamto. Cinq ans plus tard, 36 militants sont toujours derrière les barreaux à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé. Condamnés par des tribunaux militaires à des peines allant de cinq à sept ans d'emprisonnement pour « rébellion » et « tentative d'insurrection », ces opposants purgent des peines disproportionnées. Parmi eux, des figures comme Olivier Bibou Nissack et Alain Fogue Tedom, tous deux écroués pour sept ans. « Certains ont écopé de sept ans de prison ferme pour avoir simplement exercé un droit garanti par la Constitution camerounaise », dénonce un rapport d'Amnesty International. La répression post-électorale de 2025 : un nouveau chapitre L'élection présidentielle du 12 octobre 2025 qualifiée de « taillée sur mesure » par la société civile a ouvert un nouveau chapitre de répression. Les manifestations contestant les résultats, officiellement remportés par Paul Biya, ont été violemment dispersées. Une trentaine de manifestants ont été transférés à la prison centrale de Yaoundé-Nkondengui, après avoir été maintenus pendant plusieurs semaines dans des commissariats. Au total, des organisations de défense des droits humains font état de centaines d'arrestations à travers le pays. En février 2026, 31 prisonniers politiques du MRC ont été libérés. Mais de nombreux autres militants restent derrière les barreaux, condamnés à sept ans de réclusion. La révélation d'Eko Eko : une enquête sur un coup d'État Le 31 août 2026, l'audience du procès Martinez Zogo au Tribunal militaire de Yaoundé a pris une tournure inattendue. Léopold Maxime Eko Eko, ancien patron de la DGRE, a fait une déclaration qui a secoué la salle. Il affirme qu'au moment des faits, il conduisait, sur instruction du chef de l'État Paul Biya, une enquête confidentielle sur un présumé projet de coup d'État. La chronologie qu'il a livrée est édifiante : le 26 janvier, il reçoit l'injonction de rendre son rapport. Le 30 janvier, il dépose son rapport à la Présidence. Le 31 janvier, il est arrêté par la gendarmerie. « J'enquêtais sur un coup d'État sur ordre de Paul Biya », a-t-il déclaré à la barre. Une chronologie qui interroge Pourquoi Eko Eko a-t-il été arrêté le lendemain du dépôt de son rapport ? Pourquoi n'a-t-il jamais été inculpé ? Et surtout, pourquoi aucune autre personne n'a-t-elle été interpellée dans cette affaire de tentative de coup d'État ? Les contradictions sont frappantes. Les manifestants pacifiques sont condamnés en quelques semaines par des tribunaux militaires. Mais lorsqu'un ancien patron du renseignement révèle publiquement l'existence d'une enquête sur un projet de coup d'État, personne n'est inquiété. « Pour de simples manifestations pacifiques avec de fausses accusations de 'tentative de déstabilisation', le pouvoir s'empresse de condamner des manifestants pacifiques à de lourdes peines. Pourtant, lorsqu'un ancien patron du renseignement révèle publiquement qu'il enquêtait sur une vraie tentative de coup d'État au sommet de l'État, il n'y a aucune arrestation, aucune condamnation », résume un observateur de la scène politique camerounaise. Deux poids, deux mesures : le double standard de la justice camerounaise Le double standard est devenu une marque de fabrique du régime de Yaoundé. D'un côté : des manifestants pacifiques, arrêtés en masse, jugés par des tribunaux militaires, condamnés à des peines allant jusqu'à sept ans de prison. La société civile dénonce une « répression sans précédent ». Amnesty International réclame leur libération. De l'autre : un ancien patron du renseignement révèle à la barre l'existence d'une enquête sur un projet de coup d'État. Sa déclaration est publique, médiatisée, reprise par la presse nationale et internationale. Et pourtant, aucune poursuite n'est engagée. Ce contraste interroge sur la nature du régime : s'agit-il d'un État de droit ou d'un système où la justice est instrumentalisée au service du pouvoir ? La prison de Kondengui : symbole de la répression politique La prison centrale de Yaoundé-Nkondengui est devenue le symbole de la répression politique au Cameroun. Des opposants, des militants, des simples manifestants y croupissent pour des peines souvent disproportionnées. En avril 2026, à la veille de la visite du Pape Léon XIV, un collectif de treize organisations de la société civile a publié une déclaration cinglante exigeant la libération « inconditionnelle » de toutes les personnes qu'elles qualifient de détenues arbitrairement. Le texte dénonce une « crise profonde de l'État de droit », avec des manifestations pacifiques dispersées violemment et des arrestations qualifiées d'« illégales et arbitraires ». Il dénonce également le recours systématique aux tribunaux militaires pour juger des civils, une pratique jugée contraire aux principes d'un procès équitable. Que nous révèle ce deux poids, deux mesures ? Cette situation révèle plusieurs choses. Premièrement, elle montre que la justice camerounaise est instrumentalisée. Les tribunaux militaires sont utilisés pour réprimer l'opposition, tandis que les affaires sensibles impliquant des proches du pouvoir sont étouffées. Deuxièmement, elle met en lumière la peur du régime. La répression des manifestations pacifiques est une tentative de museler toute contestation. L'absence de poursuites dans l'affaire du coup d'État présumé pourrait être interprétée comme une volonté de ne pas ébranler un appareil d'État fragilisé. Troisièmement, elle souligne l'impunité dont jouissent certains acteurs. Quand un haut responsable peut révéler publiquement l'existence d'une tentative de coup d'État sans être inquiété, c'est tout le système judiciaire qui est mis en cause. La réaction de la communauté internationale La communauté internationale observe avec attention. Amnesty International a multiplié les appels à la libération des prisonniers politiques. Des organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement la répression au Cameroun. Mais les condamnations restent largement verbales. Les partenaires internationaux du Cameroun France, Union européenne, États-Unis peinent à adopter une position ferme face à un régime qui, malgré ses dérives, reste un allié stratégique dans une région instable. L'avenir : vers une justice à deux vitesses durable ? Tout porte à croire que ce deux poids, deux mesures va perdurer. Le régime de Paul Biya, confronté à une impopularité croissante et à des défis sécuritaires multiples, a besoin de contrôler l'opposition. La répression est son outil. L'impunité, son bouclier. Mais cette stratégie a un coût. Elle alimente la défiance des citoyens envers les institutions. Elle fragilise l'État de droit. Elle donne des arguments aux opposants et aux critiques internationaux. Comme le rappelle la société civile camerounaise, « le silence est synonyme de complicité ». Et dans un pays où des manifestants pacifiques prennent sept ans de prison pendant que des putschistes présumés restent libres, le silence devient assourdissant. Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE
Mis à jour Il y a 5h