- Yaoundé : 25 000 FCFA d'amende pour un dépôt sauvage
Le gouvernement annonce une amende de 25 000 FCFA contre les dépôts sauvages à Yaoundé. Mais l'arrêté officiel n'a pas été publié. Qui va verbaliser ? Décryptag...
Cameroun,Cameroon Camer.be, l'information claire et nette::Cameroun,Cameroon,CAM — rssPar Onana Nestorvendredi 4 septembre 2026 à 14:40

© Camer.be : Onana Nestor 04 Sep 2026 14:40:37 | 850 | © Camer.be : Onana Nestor Cameroun - Yaoundé : 25 000 FCFA d'amende pour un dépôt sauvage Le gouvernement annonce une amende de 25 000 FCFA contre les dépôts sauvages à Yaoundé. Mais l'arrêté officiel n'a pas été publié. Qui va verbaliser ? Décryptage d'une mesure qui soulève des questions. 25 000 FCFA d'amende pour jeter ses ordures dans la rue à Yaoundé une annonce choc du gouverneur Naseri Paul Bea, mais qui laisse planer de nombreuses zones d'ombre sur son application, dans une capitale étouffée par l'insalubrité. Jeter un sac poubelle dans la rue à Yaoundé pourrait désormais coûter 25 000 FCFA. L'annonce, faite le 1er septembre par le gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Bea, a fait l'effet d'une bombe dans les quartiers de la capitale. Mais derrière ce montant choc, une question brûle les lèvres des Yaoundéens : à quoi sert une amende quand les poubelles débordent, quand la collecte est aléatoire, et quand aucun service de ramassage régulier n'existe dans plusieurs quartiers ? De Nsimeyong à Biyem-Assi, en passant par Etoug-Ebe et la Montée de la Chapelle, l'insalubrité n'est pas un problème nouveau. La mesure annoncée par le Ministère de l'Administration Territoriale (MINAT) le 28 août dernier devait apporter une réponse. Mais en l'absence d'un arrêté officiel, de modalités claires et d'un service de collecte fiable, l'amende de 25 000 FCFA apparaît comme une arme sans munitions. 1er septembre : une tournée qui annonce la couleur Le 1er septembre 2026, le gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Bea, accompagné du préfet du Mfoundi, Emmanuel Mariel Djikdent, a effectué une tournée de contrôle dans les arrondissements de Yaoundé III et VI. Objectif : vérifier l'application des mesures prises le 28 août par le ministre de l'Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, face à l'insalubrité grandissante dans la capitale. De Nsimeyong à Biyem-Assi, en passant par Etoug-Ebe et la Montée de la Chapelle, la délégation a constaté l'ampleur du défi. À l'issue de cette tournée, le gouverneur a annoncé une amende de 25 000 FCFA contre toute personne surprise en train de jeter des ordures ménagères sur la voie publique. 25 000 FCFA : un montant choc mais des zones d'ombre Le montant est connu. Mais plusieurs questions demeurent sans réponse. Aucun arrêté officiel fixant cette amende n'a été publié. Les Yaoundéens ignorent donc qui est habilité à verbaliser, comment l'amende sera recouvrée, et à partir de quand elle entre en vigueur. Une absence de clarté qui alimente les critiques. « On ne peut pas punir les gens sans leur donner d'abord une solution alternative », confie un habitant de Biyem-Assi, sous couvert d'anonymat. « Si on n'a pas de poubelles, si la collecte ne passe pas, que sommes-nous censés faire de nos déchets ? » Une tentative qui n'est pas la première Le gouvernement camerounais n'en est pas à son premier coup d'éclat face à l'insalubrité. Le 21 janvier dernier, le MINAT avait déjà annoncé des poursuites contre les dépôts sauvages. Sans bilan public à ce jour. Les habitants attendent toujours de savoir si ces mesures ont eu un impact réel. En mars 2025, le ministre Paul Atanga Nji avait également évoqué des « mesures radicales » pour lutter contre l'insalubrité à Yaoundé. Depuis, la ville n'a pas connu de transformation majeure. Les montagnes d'ordures continuent de s'accumuler dans plusieurs quartiers. Collecte des déchets : l'autre face du problème L'amende est un outil de dissuasion. Mais la collecte des déchets, elle, reste un défi logistique et financier. Les autorités annoncent des journées de ramassage chaque vendredi. Mais sans calendrier précis des quartiers, sans horaires clairs, sans points de dépôt identifiés. Résultat : de nombreux Yaoundéens ne savent pas quand ni comment se débarrasser de leurs déchets. « Sans service régulier et accessible, l'amende à elle seule risque de rester dissuasive sur le papier », résume un observateur de la gestion urbaine à Yaoundé. Insalubrité : un coût humain et économique L'insalubrité à Yaoundé n'est pas qu'une question d'esthétique. Elle a des conséquences sanitaires, économiques et sociales. Selon les données du ministère de la Santé publique, les maladies liées à l'insalubrité (paludisme, typhoïde, choléra) représentent une part importante des consultations dans les hôpitaux de la capitale. La prolifération des déchets attire les rongeurs et les insectes vecteurs de maladies. Les caniveaux bouchés favorisent les inondations en saison des pluies. Au-delà de la santé, c'est l'image de la capitale qui est en jeu. Yaoundé, ville des sept collines, peine à se défaire de sa réputation de capitale « sale » sur le continent. Le débat s'ouvre : amende ou service public ? L'annonce de l'amende de 25 000 FCFA a relancé un débat de fond : l'État doit-il punir ou accompagner ? « Punir sans offrir d'alternative, c'est une politique de l'injustice », estime un responsable associatif de Yaoundé VI. « L'État doit d'abord investir dans la collecte des déchets avant de verbaliser les citoyens. » D'autres estiment que la mesure est nécessaire. « Tant qu'il n'y aura pas de sanctions, les gens continueront à jeter leurs ordures n'importe où », argue un commerçant de Mvog-Mbi. Une chose est sûre : l'amende de 25 000 FCFA a au moins le mérite de remettre le sujet de l'insalubrité sur le devant de la scène. Quels rendez-vous pour les Yaoundéens ? Dans l'attente de la publication de l'arrêté officiel, les Yaoundéens retiennent leur souffle. Les prochains jours seront décisifs : le gouvernement doit clarifier les modalités d'application de cette mesure, mais aussi présenter un plan concret d'amélioration de la collecte des déchets. « Nous attendons des actes, pas seulement des annonces », conclut un habitant de Nsimeyong. « Une ville propre, c'est une ville où les citoyens peuvent vivre dignement. Et ça, ça n'a pas de prix. » Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp Lire aussi dans la rubrique SOCIETE
Mis à jour Il y a 8h