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politique

19 ans à la Défense, 0 pot-de-vin : l'histoire qui scandalise les ministres camerounais

Sadou Daoudou, ministre des Forces armées du Cameroun pendant 19 ans (1961-1980) et membre du gouvernement pendant 23 ans, révèle dans un livre d'entretiens ave...

Cameroun,Cameroon Camer.be, l'information claire et nette::Cameroun,Cameroon,CAM — rssPar Avec Arol Ketchlundi 6 juillet 2026 à 14:18
19 ans à la Défense, 0 pot-de-vin : l'histoire qui scandalise les ministres camerounais
© Camer.be : Avec Arol Ketch 06 Jul 2026 14:18:05 | 612 | © Camer.be : Avec Arol Ketch 19 ans à la Défense, 0 pot-de-vin : l'histoire qui scandalise les ministres camerounais :: CAMEROON Sadou Daoudou, ministre des Forces armées du Cameroun pendant 19 ans (1961-1980) et membre du gouvernement pendant 23 ans, révèle dans un livre d'entretiens avec Daniel Abwa avoir résisté à des pots-de-vin pouvant atteindre 100 millions de francs, refusé des terrains à Yaoundé, Douala et Kribi, et terminé sa carrière avec moins de 50 millions de francs sur son compte bancaire un témoignage qui contraste violemment avec l'enrichissement fulgurant de certains ministres camerounais aujourd'hui. Yaoundé, 2001. Un homme âgé, le regard calme, s'entretient avec l'historien Daniel Abwa. Il s'appelle Sadou Daoudou. Il a été ministre des Forces armées du Cameroun pendant dix-neuf ans. Il a géré les plus gros budgets de l'État. Il a supervisé des marchés militaires de plusieurs milliards de francs. Il a reçu des offres de comptes en Suisse et des pots-de-vin de 100 millions. Il n'a rien pris. Aujourd'hui, à la fin de sa carrière, il possède deux maisons modestes une à Yaoundé, une à Douala. Pas un mètre carré de terrain à vendre. Pas un compte à l'étranger. Moins de 50 millions de francs sur son compte bancaire. « J'aurai même pu m'enrichir sans toucher à l'argent de l'État », confie-t-il. Il aurait suffi d'acheter des terrains quand un mètre carré valait 100 francs à Yaoundé. Il a refusé. « Malgré tous les moyens de m'enrichir que j'avais à ma disposition, je ne suis pas milliardaire après 23 ans de vie ministérielle : j'ai cependant ma conscience tranquille et je suis fier d'avoir servi honnêtement mon pays. » Ce témoignage, publié dans l'ouvrage Sadou Daoudou parle de l'armée camerounaise de Daniel Abwa, fait aujourd'hui le tour des réseaux sociaux. Et il provoque une onde de choc. Parce qu'il pose une question brutale : qu'est-il arrivé à l'éthique dans la classe politique camerounaise ? Sadou Daoudou, un parcours hors norme Sadou Daoudou naît en 1926 à Ngaoundéré, dans le nord du Cameroun. Après des études primaires à Garoua et au Collège de Bongor au Tchad, il entame une carrière administrative qui le mène jusqu'aux plus hautes fonctions de l'État. Le 20 juin 1961, il est nommé ministre des Forces armées. Il occupera ce poste pendant dix-neuf ans, jusqu'en juillet 1980 un record de longévité à ce ministère qui tient toujours. Il sera ensuite ministre de la Fonction publique, puis secrétaire général de la présidence de la République sous Paul Biya. Au total, 23 ans de vie ministérielle sans interruption. Il décède le 21 novembre 2002 à Ngaoundéré, à l'âge de 76 ans. Le témoignage qui fait scandale Dans un livre d'entretiens avec l'historien Daniel Abwa, intitulé Sadou Daoudou parle de l'armée camerounaise et…, l'ancien ministre livre un récit stupéfiant de probité. Il raconte : « Pendant dix ans, de 1961 à 1970, j'avais le plus gros budget du gouvernement. J'ai fait acheter des bateaux, des avions, des blindés, des armes, des engins du génie militaire. C'étaient des marchés qui portaient sur des milliards de francs. Ils mettaient en compétition plusieurs pays occidentaux. On me proposait des comptes en Suisse et des pots de vin qui pouvaient parfois atteindre cent millions de francs. » « Pendant dix ans, de 1961 à 1970, j'avais le plus gros budget du gouvernement. J'ai fait acheter des bateaux, des avions, des blindés, des armes, des engins du génie militaire. C'étaient des marchés qui portaient sur des milliards de francs. Ils mettaient en compétition plusieurs pays occidentaux. On me proposait des comptes en Suisse et des pots de vin qui pouvaient parfois atteindre cent millions de francs. » Sa réponse à chaque offre ? Un refus catégorique. « Pour justifier mon refus, je disais à mes interlocuteurs que j'étais un civil, donc mal placé pour savoir que tel bateau valait mieux que tel autre, que tel avion valait mieux que tel autre... Si demain, leur disais-je, notre Armée perdait la guerre parce que j'ai fait acheter un mauvais matériel, les Camerounais me le reprocheraient et je n'aurai pas ma conscience tranquille. » « Pour justifier mon refus, je disais à mes interlocuteurs que j'étais un civil, donc mal placé pour savoir que tel bateau valait mieux que tel autre, que tel avion valait mieux que tel autre... Si demain, leur disais-je, notre Armée perdait la guerre parce que j'ai fait acheter un mauvais matériel, les Camerounais me le reprocheraient et je n'aurai pas ma conscience tranquille. » Il confie avoir délibérément laissé le choix du matériel aux officiers militaires, pour que la responsabilité leur incombe une stratégie qui a eu un effet pervers : « Résultat, il y a des officiers qui sont aujourd'hui plus riches que moi. » « Résultat, il y a des officiers qui sont aujourd'hui plus riches que moi. » 4.3. L'occasion manquée de s'enrichir légalement Sadou Daoudou va plus loin. Il révèle qu'il aurait pu s'enrichir sans même toucher à l'argent public, simplement en investissant dans l'immobilier à une époque où les prix étaient dérisoires. « Quand je suis arrivé à Yaoundé en novembre 1958, un mètre carré de terrain coûtait cent francs à Yaoundé et Douala et moins de cent francs à Kribi. Il me suffisait d'acheter plusieurs terrains dans les trois villes et de les revendre quinze à vingt ans plus tard. Plusieurs personnes se sont enrichies de cette manière. Je ne l'ai pas fait parce que ma première préoccupation était mon travail et non la course à l'enrichissement. » « Quand je suis arrivé à Yaoundé en novembre 1958, un mètre carré de terrain coûtait cent francs à Yaoundé et Douala et moins de cent francs à Kribi. Il me suffisait d'acheter plusieurs terrains dans les trois villes et de les revendre quinze à vingt ans plus tard. Plusieurs personnes se sont enrichies de cette manière. Je ne l'ai pas fait parce que ma première préoccupation était mon travail et non la course à l'enrichissement. » Son ami Mohaman Lamine, ministre chargé des Domaines, lui avait pourtant proposé à plusieurs reprises de choisir des terrains à Yaoundé, Douala et Kribi. « Profite de ma présence aux domaines pour choisir les terrains qui te plaisent... Pense à tes enfants », lui disait-il. « Profite de ma présence aux domaines pour choisir les terrains qui te plaisent... Pense à tes enfants », lui disait-il. Chaque fois, Sadou Daoudou répondait : « Que veux-tu que je fasse des terrains ? Ça ne m'intéresse pas ! » « Que veux-tu que je fasse des terrains ? Ça ne m'intéresse pas ! » Un bilan modeste mais une conscience tranquille À la fin de sa carrière, le bilan est éloquent : - Deux villas : une à Yaoundé, une à Douala.- Aucun terrain à Yaoundé, Douala ou Kribi.- Aucun compte bancaire à l'étranger.- Moins de 50 millions de francs CFA sur son compte au Cameroun, dont 10 millions bloqués à la BIAO qu'il n'arrive pas à débloquer. Il conclut avec une fierté tranquille : « Malgré tous les moyens de m'enrichir que j'avais à ma disposition, je ne suis pas milliardaire après 23 ans de vie ministérielle : j'ai cependant ma conscience tranquille et je suis fier d'avoir servi honnêtement mon pays. Je peux passer partout la tête haute, ce que ne peuvent pas faire beaucoup d'autres. » « Malgré tous les moyens de m'enrichir que j'avais à ma disposition, je ne suis pas milliardaire après 23 ans de vie ministérielle : j'ai cependant ma conscience tranquille et je suis fier d'avoir servi honnêtement mon pays. Je peux passer partout la tête haute, ce que ne peuvent pas faire beaucoup d'autres. » Le contraste avec les ministres d'aujourd'hui Le témoignage de Sadou Daoudou a été remis en lumière par le blogueur et chroniqueur camerounais Arol Ketch. Dans sa publication, il établit un parallèle cinglant avec la classe politique actuelle : « Il y a des ministres qui sont milliardaires, deux ans seulement après leur nomination. Pourtant, de notre temps, il y avait beaucoup d'argent et peu de contrôle. » « Il y a des ministres qui sont milliardaires, deux ans seulement après leur nomination. Pourtant, de notre temps, il y avait beaucoup d'argent et peu de contrôle. » Un héritage en forme de miroir L'histoire de Sadou Daoudou est devenue virale sur les réseaux sociaux camerounais. Elle est partagée, commentée, débattue. Pour certains, c'est la preuve qu'une autre politique est possible. Pour d'autres, c'est un rappel douloureux de ce que le Cameroun a perdu. Le contraste est saisissant. Sadou Daoudou a eu accès aux plus gros budgets de l'État pendant près de vingt ans. Il a supervisé des marchés de plusieurs milliards. Il a reçu des offres de corruption colossales. Il est reparti avec deux maisons modestes et une conscience tranquille. Aujourd'hui, certains ministres camerounais deviennent milliardaires en deux ans. Ils construisent des « châteaux » pour reprendre le mot de Sadou Daoudou que l'ancien ministre n'aurait jamais pu s'offrir. Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp Lire aussi dans la rubrique LE SAVIEZ-VOUS
Mis à jour Il y a 3h