Affaire Martinez Zogo : MTN et Orange accusés de n’avoir pas coopéré à l’enquête
Les audiences dans l’affaire Martinez Zogo ont repris ce lundi 22 juin 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Ouverte à 11 h 45, l’audience a débuté par une intervention du commissaire du gouvernement, à qui le président du tribunal a donné la parole dès l’entame des débats. Le représentan...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actuelmardi 23 juin 2026 à 20:43

Les audiences dans l’affaire Martinez Zogo ont repris ce lundi 22 juin 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Ouverte à 11 h 45, l’audience a débuté par une intervention du commissaire du gouvernement, à qui le président du tribunal a donné la parole dès l’entame des débats. Le représentant du ministère public est revenu sur la forte médiatisation de l’affaire depuis la précédente session. Il a estimé que les liens pouvant exister entre certains avocats et les professionnels des médias ne devaient pas conduire à une altération de la vérité judiciaire. Il a appelé l’ensemble des acteurs du procès à faire preuve de sincérité, de retenue, de réserve et de professionnalisme dans les comptes rendus des audiences, estimant que la crédibilité de la justice camerounaise dépend également de la qualité des informations rendues publiques. Le tribunal a ensuite rappelé les dispositions du Code pénal sanctionnant certains comportements liés à la diffusion d’informations susceptibles de porter atteinte au bon déroulement de la justice. Reprise de la réexamination du 32ᵉ témoin Les débats ont ensuite repris avec la réexamination du 32ᵉ témoin, le professeur Bell Bitjoka. À la demande du ministère public, l’expert a projeté des images relatives à la scène de crime et en a livré une description. Il a indiqué observer un terrain isolé où une personne était allongée, tout en précisant qu’il s’agissait d’une simple description visuelle et non d’une conclusion d’expertise. Lorsque le ministère public lui a demandé si les images pouvaient correspondre à un sous-sol, la défense, par la voix de Me Mbuny, a soulevé une objection, estimant qu’aucune nouvelle question ne devait être posée. Le ministère public a néanmoins reformulé son interrogation avant la clôture de cette réexamination. À l’issue de cette audition, les avocats de la partie civile ont sollicité une expertise complémentaire. Me Kenmoe, s’appuyant sur les dispositions légales qu’il a citées, a demandé un nouvel examen scientifique de certaines pièces, en collaboration avec l’ANTIC, afin de combler ce qu’il considère comme des insuffisances dans l’expertise existante. Cette demande a également été soutenue par Me Assira et tous les avocats de la partie civile. La défense s’y est opposée. Me Tchoungang a soutenu que la loi ne permettait plus, à ce stade des débats, d’ordonner une contre-expertise sans remise en cause préalable de l’expertise existante. Il a estimé que cette requête visait principalement à prolonger la procédure et a dénoncé ce qu’il considère comme un acharnement contre son client, notamment Jean-Pierre Amougou Belinga. Les observations de Me Tchoungang ont été présentées, appuyées par Me Mbuny, Me Offone et Me Seri Zokou. Le commissaire du gouvernement s’est également associé à cette position, qualifiant la demande de tardive, inopportune et matériellement impossible. Après en avoir délibéré, le Tribunal militaire a rejeté la demande d’expertise supplémentaire, estimant qu’elle était tardive et inopportune. Le tribunal a ensuite entendu le 33ᵉ témoin du ministère public, Jean-Pierre Ouloumou, fonctionnaire à la retraite et expert judiciaire en informatique, cybersécurité et cybercriminalité près la Cour d’appel du Centre. Chargé de l’analyse forensique de plusieurs téléphones saisis dans le cadre de l’enquête, il a présenté quatre principales constatations. Selon lui, les analyses effectuées sur les appareils saisis au domicile de Jean-Pierre Amougou Belinga ainsi que sur ceux de Bruno Bidjang n’ont révélé aucun élément établissant un lien avec l’affaire Martinez Zogo. Il a également déclaré que les données examinées ne mettaient pas directement en cause Maxime Eko Eko, tout en précisant que celui-ci avait mis certains de ses collaborateurs à la disposition des enquêteurs. L’expert a par ailleurs indiqué que les téléphones attribués à Justin Danwe avaient subi des effacements de données les rendant difficilement exploitables. L’expert a ensuite présenté les premiers éléments issus de l’exploitation du téléphone de Martinez Zogo. Selon son rapport présenté à l’audience, le journaliste échangeait régulièrement avec le secrétaire général à la Présidence de la République ainsi qu’avec le directeur du Cabinet civil adjoint, auxquels il transmettait des informations et des accusations portant notamment sur des soupçons de détournements de fonds publics visant Jean-Pierre Amougou Belinga et le directeur de la Sécurité présidentielle. Le témoin a également indiqué que plusieurs messages retrouvés dans le téléphone montrent que deux personnes, identifiées comme Chantal Ayissi et Nyassa Soleil, invitaient Martinez Zogo à mettre fin à sa campagne contre Amougou Belinga, estimant que ses accusations étaient infondées. Par ailleurs, l’expert a affirmé que le dernier échange physique connu de Martinez Zogo, le 17 janvier, aurait eu lieu sur le parking de son lieu de service avec un homme identifié comme Bill-Marie Jiji, alias Sidoine Olivier Biloa Nkolo. Il a également fait état d’un appel téléphonique passé à 19 h 41 à un contact enregistré sous le nom de Savom maire alias Savom Martin, dont un numéro similaire aurait également été retrouvé dans le téléphone de Justin Danwe sous une autre identité. Enfin, Jean-Pierre Ouloumou a indiqué que les opérateurs de téléphonie MTN et Orange n’avaient pas donné suite aux sollicitations formulées dans le cadre de son expertise, malgré les réquisitions évoquées par les magistrats. L’audience a finalement été suspendue pour une trentaine de minutes afin de permettre au témoin de préparer la projection numérique de ses travaux d’expertise. La présentation détaillée de ces éléments devrait se poursuivre ce mardi 23 juin 2026, à partir de 10 heures, devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Par Sébastien Oyebe — Le titre est de la rédaction
Mis à jour 23 juin