Affaire Martinez Zogo : Vincent Sosthène Fouda s’interroge sur le mystérieux départ de Modeste Mopa Fatoing
Une tribune signée par Vincent Sosthène Fouda relance le débat autour du parcours de Modeste Mopa Fatoing, ancien directeur général des Impôts, dont le départ du Cameroun continue d’alimenter les interrogations dans certains milieux de l’opinion publique, sur fond de procès de l’affaire Martinez ...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actuelmardi 23 juin 2026 à 11:47

Une tribune signée par Vincent Sosthène Fouda relance le débat autour du parcours de Modeste Mopa Fatoing, ancien directeur général des Impôts, dont le départ du Cameroun continue d’alimenter les interrogations dans certains milieux de l’opinion publique, sur fond de procès de l’affaire Martinez Zogo. Dans ce texte intitulé « Modeste Mopa : la disparition du technocrate », l’universitaire et essayiste revient sur la trajectoire de cet ancien haut responsable de l’administration fiscale camerounaise, longtemps considéré comme l’une des figures les plus en vue de la technocratie nationale. L’auteur s’interroge notamment sur les circonstances ayant entouré le départ de Modeste Mopa de la Direction générale des Impôts et son installation à Washington, où il exerce désormais au sein du Fonds monétaire international. Pour Vincent Sosthène Fouda, cette réorientation professionnelle soulève des questions auxquelles, selon lui, aucune réponse publique détaillée n’a été apportée jusqu’à présent. Lire la tribune du Pr. Vincent Sosthène Fouda ci-dessous : « Modeste Mopa : la disparition du technocrate » Il est des histoires qui commencent dans la lumière… et qui s’achèvent dans la pénombre. Des trajectoires si droites qu’elles finissent par intriguer. Des hommes que l’on croyait inébranlables… et qui soudain vacillent. Modeste Mopa Fatoing était de ceux-là. I. L’homme qui montait, qui montait… On le disait brillant. On le disait rigoureux. On le disait propre. À la tête de la Direction Générale des Impôts, il incarnait la technocratie triomphante, celle qui rassure les bailleurs, impressionne les ministres, et fait trembler les fraudeurs. Puis, un matin, sans prévenir, sans transition, sans explication publique… Il quitte ce poste prestigieux. Il quitte le Cameroun. Son pays doit nommer deux intérimaires pour le remplacer, c’est dire la stature de l’homme mais aussi la précipitation avec laquelle il a quitté sa fonction devant un peuple médusé. Il n’y a vu que du feu comme dit l’homme de la rue ici. Oui, il quitte la scène. Pour aller où ? Au Fonds Monétaire International. Mais pas comme économiste senior. Pas comme expert fiscal. Pas comme conseiller spécial. Non. Comme agent de bureau. Un poste administratif. Un poste d’exécution. Un poste sans influence. Et alors, une question se pose. Une question simple. Une question froide. Une question que tout professionnel se poserait : Est-il professionnellement logique, cohérent, louable, de quitter l’un des postes les plus puissants du Cameroun pour devenir agent de bureau au FMI ? Si la réponse est oui, alors l’énigme s’arrête là. Si la réponse est non, alors une autre question surgit, implacable : Que fait réellement Modeste Mopa Fatoing hors du Cameroun ? II. Le dossier Zogo : l’ombre portée Car pendant que Mopa s’installe à Washington, un autre dossier explose à Yaoundé. Un dossier de sang, de torture, de trahisons. Un dossier où apparaissent des noms que l’on croyait, eux aussi, irréprochables. Le journaliste Martinez Zogo est enlevé, torturé, assassiné. Le lieutenant-colonel Justin Danwé, directeur des opérations de la DGRE, est arrêté. Le maréchal de logis Godje Oumarou Vincent prend la fuite, emportant avec lui des vidéos de torture stockées dans son cloud. Et dans ce maelström, un nom revient. Un nom que personne n’attendait. Un nom qui surprend. Modeste Mopa Fatoing. III. La question qui dérange Posons-nous cette question lente presque hypnotique : Pourquoi un haut fonctionnaire au sommet de sa carrière quitte-t-il tout, du jour au lendemain, pour occuper un poste subalterne à l’étranger ? Est-ce un choix personnel ? Est-ce une stratégie de carrière ? Est-ce une fuite discrète ? Est-ce une protection ? Est-ce une exfiltration ? Rien n’est prouvé. Rien n’est affirmé. Mais tout interroge. Car pendant que la justice camerounaise cherche, fouille, interroge… L’un des noms cités dans le dossier se trouve hors de portée, dans une institution internationale où la discrétion est la règle et la transparence… variable. IV. Le parallèle Bonnet : quand l’État fabrique ses propres ombres Comme Bernard Bonnet en Corse, Modeste Mopa n’est pas accusé d’avoir tué. Mais comme Bonnet, il apparaît dans un système où les loyautés parallèles, les réseaux invisibles, les silences complices peuvent affaiblir l’État plus sûrement qu’un ennemi déclaré. Le pompier pyromane n’est pas celui qui allume le feu. C’est celui qui, par ses choix, ses absences, ses décisions, laisse l’incendie se propager. V. Alors, que fait Modeste Mopa hors du Cameroun ? C’est la question centrale. La question que tout citoyen peut poser. La question que toute République doit affronter. Est-il là-bas pour travailler ? Pour se protéger ? Pour attendre ? Pour disparaître ? Pour servir ? Pour se taire ? Personne ne le sait. Mais tout le monde s’interroge. VI. Et maintenant ? L’affaire Mopa n’est pas une affaire d’homme. C’est une affaire d’État. Une affaire de cohérence. Une affaire de responsabilité. Et tant que cette question restera sans réponse, l’ombre demeurera. Par Vincent Sosthène FOUDA
Mis à jour 23 juin