Au Cameroun, le pangolin protégé par la loi finit encore dans les marmites
Classé intégralement protégé, vendu aux prix d’or, le pangolin, animal le plus braconné au monde résiste mal aux fourchettes et aux croyances traditionnelles. Douala, quartier Bonaberi 21 h dans un restaurant discret, le serveur baisse la voix. « On a du pangolin braisé ce soir, c’est 15 000 f le...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Constant Pierre Yapvendredi 28 août 2026 à 11:351 vues

Classé intégralement protégé, vendu aux prix d’or, le pangolin, animal le plus braconné au monde résiste mal aux fourchettes et aux croyances traditionnelles. Douala, quartier Bonaberi 21 h dans un restaurant discret, le serveur baisse la voix. « On a du pangolin braisé ce soir, c’est 15 000 f le morceau ». Très prisé et pourtant à moins de 500 m, un immense panneau du ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) est formel. Chasse, détention, vente interdites. Amendes jusqu’à 10 millions FCFA. Entre les textes et les assiettes, le pangolin n’a pas gagné. Le Cameroun abrite 3 espèces, le pangolin géant, à écailles de Temminck et à longue queue. Les 3 sont classées en catégorie A, en danger d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans sa liste rouge et en annexe 1 par la CITES. Commerce international interdit. Et pourtant, selon l’ONG de la conservation, plus de 2 tonnes d’écailles et 800 carcasses ont été saisies au Cameroun entre 2020 et 2025. Les experts estiment qu’une saisie de 1 pangolin équivaut à 10 animaux qui passent dans le circuit de commerce. La viande du pangolin est considérée comme viande de luxe, les écailles partent en Asie pour la pharmacopée traditionnelle et sont vendues à 350 000 F/kg. Dans les villages, on prête encore à la queue du pangolin des pouvoirs de chance et de protection. Une loi sévère qui ne fait pas peur La loi 90/01 du 20 janvier 1994 est claire. Le pangolin est en catégorie A, conséquence. Interdiction totale sous peine de 3 ans de prison ferme avec une amende de 1 à 10 millions FCFA. Sur le terrain, les services de la conservation du MIFOF sont débordés. Un conservateur dans la région du Sud. « On a 12 écogardes pour 4000 km². Le braconnier a la moto et un téléphone, nous on marche. Et quand on interpelle un braconnier, le dossier met 2 ans au tribunal. En 2025, l’ONG LAGA a annoncé 48 interpellations pour trafic de pangolin. Mais dans les marchés de Nkodongo à Yaoundé et central de Douala, les vendeurs et trafiquants communiquent et vendent par SMS et définissent des codes de livraisons. Des restaurants qui l’affichent sans crainte Le plus troublant se passe en ville. Dans certains restaurants de Bastos, Bonnano et omnisports, parfois non loin du ministère des forets et de la faune et des services de la police, le pangolin figure au menu. Témoignage d’un client, cadre de l’administration à Yaoundé, on m’a dit que c’est bon pour le sang et pour la force. Mes amis et collègues en commandent souvent pour les évènements, anniversaire, diner spéciaux et mariages. Si c’était si interdit, pourquoi on en parle et mange ouvertement ? Pourquoi ça continue ? Les acteurs pointent trois causes majeures. La pauvreté et le gain facile, un pangolin vivant est vendu à 15 000 FCFA en brousse. Le même arrive à 50 000, voire 75 000 FCFA à Yaoundé ou Douala. La demande urbaine, ce ne sont plus seulement les villages. Ce sont les hauts cadres de l’administration, de l’armée, les grands restaurants et les tradipraticiens, le manque de moyens par l’absence des laboratoires pour l’analyse des écailles et le défaut de budget pour les filatures et très peu de juges formés sur la faune. Pourtant le MINFOF a lancé le Plan d’Action National Pangolin 2023-2027 axé sur la sensibilisation par des campagnes d’information dans les écoles et les marchés avec des messages clés sur le rôle et l’importance des pangolins. Le pangolin mange les termites qui détruisent nos maisons, ne les mangeons pas. La promotion des alternatives alimentaires afin de baisser la pression sur l’espèce, avec les projets d’élevage des poulets, d’aulocodes et d’escargots pour remplacer la viande de brousse, et le renforcement de la justice par la formation des magistrats, la création des cellules spéciales faunes avec des centres de réhabilitation à Limbé et Mfou où les pangolins saisis sont soignés avant d’être relâchés dans la nature.
Mis à jour 28 août