Biya, 44 ans de pouvoir : le chef Mila Assoute interpelle sur l’après
Quarante-quatre ans de pouvoir, et une lettre ouverte qui tombe le jour même. Pr. Chief Mila Assoute, chef supérieur des Mbo Sanzo en exil, s’adresse à Paul Biya à la veille du 6 novembre 2026, premier anniversaire de sa prestation de serment. Son message tient en une question : quel Cameroun apr...
237onlinePar Christiane Tamoura Engojeudi 5 novembre 2026 à 15:421 vues

Quarante-quatre ans de pouvoir, et une lettre ouverte qui tombe le jour même. Pr. Chief Mila Assoute, chef supérieur des Mbo Sanzo en exil, s’adresse à Paul Biya à la veille du 6 novembre 2026, premier anniversaire de sa prestation de serment. Son message tient en une question : quel Cameroun après Biya ? Il refuse deux scénarios, la dévolution dynastique et l’oligarchie prédatrice, et prévient contre une succession qui tournerait au « bain de sang ». Un auteur en exil, une tribune en deux temps Le texte paraît en deux parties. La première, titrée « Le Cameroun est une République », dresse un constat. La seconde, « Quel Cameroun après vous ? », pose des questions et propose des pistes. D’abord, qui parle ? Pr. Chief Mila Assoute se présente comme chef supérieur des Mbo Sanzo en exil. Il dit avoir quitté le Cameroun il y a vingt-et-un ans, après une tentative d’assassinat, à la suite de divergences avec ses anciens camarades du RDPC. Il revendique la création du courant des « modernistes » au sein du parti en 2002. Il évoque aujourd’hui le RDMC comme sa boussole éthique. Son point de départ est un anniversaire. Biya a prêté serment le 6 novembre 2025, après la présidentielle, et totalise 44 ans de pouvoir, écrit-il. Il lui reproche d’avoir promis « Grandeur et Espérance » pour ce septennat sans qu’aucun indicateur lisible ne permette de mesurer cet engagement. Sa lecture de la situation est sévère. Il décrit des luttes de succession au sein du sérail, des clans qui se déchirent et se servent dans la fortune publique. Il parle de portraits qui « font floraison » sur les réseaux sociaux. Ces affirmations sont celles de l’auteur, sans source ni exemple précis dans son texte. Les chiffres qu’il avance : Une exécution budgétaire qui « peine à atteindre 40 % ». Des mandats d’élus municipaux et législatifs reportés à deux reprises. Une dette estimée à 15 000 milliards de francs CFA supplémentaires. Un budget annuel de l’État de 8 000 milliards. Plus de 7 000 morts dans la crise du NOSO. Une réélection avec 53 % des suffrages, contre 47 % pour les concurrents. L’auteur ne cite aucune source pour ces chiffres, à l’exception d’une référence générale à la Cour des comptes, au TCS et à la CONAC, qui auraient exposé la « vénalité » du gouvernement. Les rapports ne sont pas précisés. Ils devraient l’être avant publication. Il évoque aussi le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Quatre ans après les faits, écrit-il, aucun verdict n’a été rendu. Et il pose la question : la justice serait-elle « l’otage des cartels d’intérêts politiques et financiers » ? « Aucune fraction du peuple ne peut s’approprier le pouvoir » Franchement, le cœur du texte est là. L’auteur cite l’article 2, alinéa 1 de la Constitution : « Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’approprier l’exercice du pouvoir. » Il en tire un avertissement. La République n’est pas un jouet pour ceux qui y verraient une transmission par filiation. Les tentations « claniques ou dynastiques », dit-il, menacent la stabilité de l’État et l’unité nationale. Il adresse à Biya une question directe. Sa responsabilité personnelle et constitutionnelle ne serait-elle pas engagée si ces ambitions plongeaient le pays dans l’abîme ? Le choix qu’il lui propose est historique : léguer un pays sain aux finances assainies, ou exposer la nation à la confiscation du pouvoir par une « fraction anthropologique ». Mais le texte va plus loin, avec quatre questions adressées au chef de l’État : Peut-on parler de paix durable à des millions de ventres affamés, tout en protégeant l’opulence d’une petite clique ? Peut-on réaliser « Grandeur et Espérance » en six ans avec un gouvernement de huit ans, dont le bilan est contrarié par sa propre vénalité ? Le Cameroun peut-il s’éloigner de l’idée de République héritée en 1982, alors qu’aucun lien de sang ne relie Biya à son prédécesseur ? La nation peut-elle être l’otage d’ambitions claniques ? Le sentiment qui domine est celui d’un constat de fatigue. Le pays, écrit-il, n’a toujours pas d’autoroute en 2026 et n’a pas réglé de façon stable l’eau potable et l’électricité. L’émergence en 2035 serait « une utopie ». Il parle de fractures identitaires, nord-sud, Sud-Ouest, littoral-ouest, d’un chômage des jeunes comparé à une poudrière, d’une paupérisation et d’une criminalité en hausse. L’auteur se garde toutefois de tout noircir. « Tout n’est d’ailleurs pas noir », concède-t-il. Il affirme ne pas viser des individus, mais soutient que tous ceux qui veulent succéder à Biya sont « comptables du résultat actuel ». C’est une thèse forte, que rien dans le texte ne vient étayer. Sa proposition est celle d’une restauration du pacte républicain. Il veut des hommes et des femmes d’État « à la probité morale établie » plutôt que des héritiers du pouvoir. Il plaide pour un État stratège, protecteur des vies et des biens, et pour de nouveaux paradigmes de création et de partage de la richesse. Il rappelle que la sécurité et la retraite paisible du chef de l’État dépendent de sa fidélité à la nation, « très peu des filiations ». Il termine par un clin d’œil à une formule présidentielle : « le Cameroun, c’est le Cameroun. Alors ne le comparons à rien. » Un détail ne peut être ignoré. Ce texte est signé par un opposant en exil, issu du RDPC et rival de longue date de ses anciens camarades. Ce n’est ni un reproche ni un jugement, mais le lecteur doit le savoir. Aucune réponse du pouvoir n’est connue à ce stade. Le 6 novembre, le RDPC fêtera les 44 ans de Biya. Reste à savoir si cette tribune, comme d’autres avant elle, restera sans réponse officielle, ou si l’après-Biya s’invitera enfin dans le débat public. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.
Mis à jour Il y a 1h