Cameroun: au procès de l’assassinat de Martinez Zogo, un expert évoque les liens de l’animateur avec la présidence
Trois ans après l'assassinat de Martinez Zogo, le procès sur la mort de l’animateur radio se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé. Lors de son témoignage des lundi 22 et mardi 23 juin, le témoin Jean-Pierre Eloumou a mis en lumière la relation assidue entre Martinez Zogo et le secréta...
RFI AfriquePar RFImercredi 24 juin 2026 à 10:09

Cameroun: au procès de l’assassinat de Martinez Zogo, un expert évoque les liens de l’animateur avec la présidence Trois ans après l'assassinat de Martinez Zogo, le procès sur la mort de l’animateur radio se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé. Lors de son témoignage des lundi 22 et mardi 23 juin, le témoin Jean-Pierre Eloumou a mis en lumière la relation assidue entre Martinez Zogo et le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh. Par son témoignage et son rapport, cet expert en cybercriminalité, chargé d’exploiter les téléphones de la victime et des principaux accusés, semble pointer un animateur pris dans une lutte de clans. Publié le : 24/06/2026 - 12:09Modifié le : 24/06/2026 - 15:28 L’expert a livré un témoignage ambigu, mais qui a fait sensation. Durant le contre-interrogatoire, Jean-Pierre Eloumou a souvent bafouillé et s’est montré agacé face à certaines questions des avocats, qui estimaient son rapport biaisé, rapporte notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena. Ce 33e témoin a rappelé lundi 22 juin que « l’exploitation du téléphone de Martinez Zogo a permis de constater que ce dernier était un fidèle informateur du ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République [Ferdinand Ngoh Ngoh], et du directeur adjoint du cabinet civil », soit Oswald Baboke. C'est la première fois que deux des personnalités les plus influentes de l'appareil dirigeant sont citées au cours de ce procès. Selon Jean-Paul Ouloumou, ces très proches collaborateurs du chef de l'État ont entretenu des rapports assidus avec l'animateur aujourd'hui disparu. De même que leur entourage, notamment les épouses de ces personnalités. Selon l'expert, Martinez Zogo alimentait les deux personnalités en accusations de détournements de deniers publics qu'ils formulaient contre Jean-Pierre Amougou Belinga sur ses diverses activités. Jean-Pierre Amougou Belinga étant l'un des principaux accusés de l'assassinat de l'animateur. L'expertise ne va pas jusqu'à dire si ces deux personnalités étaient elles-mêmes impliquées de quelque manière que ce soit dans la mort de Martinez Zogo, mais la seule évocation de ces figures du pouvoir a suffi à élargir dans l'opinion le champ des suspicions et des théories mêlant guerre de clans, complots, jeu d'influence et intrigues de toutes sortes, au cœur desquelles Martinez Zogo se serait retrouvé coincé. Une expertise critiquée par de nombreuses parties, dont les proches de Martinez Zogo L'expertise est très critiquée par les avocats des ayants droit de Martinez Zogo, qui estiment qu'elle est très favorable à certains accusés et cherche à les éloigner du champ de l'accusation, notamment l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, son collaborateur de l’époque Bruno Bidjang, et l’ex-directeur des renseignements extérieurs (DGRE) Maxime Eko Eko. Au cours de sa déposition, Jean-Pierre Eloumou a d'abord dédouané ces trois prévenus. C'est « de la diversion », a par exemple asséné Me Calvin Job, qui représente les intérêts des ayants droit de la victime, dénonçant clairement une lutte de clans. « L’expert n’a globalement couvert tous les pans de responsabilité, il s’est concentré uniquement sur un aspect précis, comme un ordre qu’on lui aurait donné. Clairement cet expert était en mission. » Pour Me Claude Assira, avocat de l’État du Cameroun dans ce dossier, l’expert en cybercriminalité cherche à créer une diversion : « Je pense que, pour que nous ayons vraiment une raison particulière de nous appesantir sur les évocations de ces noms, il nous faudrait un peu plus que ce que nous avons entendu aujourd’hui. » En revanche, l’ancien bâtonnier Charles Tchoungang, conseil de Jean-Pierre Amougou Belinga – l’un des principaux accusés –, estime que ce nouvel élément en faveur de son client constitue une phase déterminante du procès : « Nous considérons qu’il appartient au tribunal de tirer les conséquences logiques pour essayer de voir ce que cela dit. Il va falloir qu’à un moment donné, toute la lumière soit faite sur l’assassinat de Monsieur Martinez Zogo. » L’affaire a été renvoyée aux 13 et 14 juillet prochains pour la poursuite du contre-interrogatoire du même témoin. À lire aussiCameroun: au procès de l’assassinat de Martinez Zogo, la projection d’une vidéo montrant l’animateur torturé NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI
Mis à jour 24 juin