Cameroun: au procès sur la mort de Martinez Zogo, un accusé affirme avoir été poussé à en incriminer un autre
Au Cameroun, le procès sur l’assassinat de Martinez Zogo, animateur vedette retrouvé mort en 2023 à Yaoundé, a repris ce 26 octobre. Durant cette audience consacrée aux témoignages de deux officiers de la commission d’enquête sur ce crime, l’un des principaux accusés, l’ex-directeur des opération...
RFI AfriquePar RFImardi 27 octobre 2026 à 10:3111 vues

Cameroun: au procès sur la mort de Martinez Zogo, un accusé affirme avoir été poussé à en incriminer un autre Au Cameroun, le procès sur l’assassinat de Martinez Zogo, animateur vedette retrouvé mort en 2023 à Yaoundé, a repris ce 26 octobre. Durant cette audience consacrée aux témoignages de deux officiers de la commission d’enquête sur ce crime, l’un des principaux accusés, l’ex-directeur des opérations du contre-espionnage (DGRE), a affirmé n’avoir mis en cause l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga qu’après avoir reçu la visite de « certains hommes ». Les ayants droits de la victime dénoncent un manque de « crédibilité » dans les propos de Justin Danwe. Publié le : 27/10/2026 - 10:31Modifié le : 27/10/2026 - 15:50 Avec notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena Le procès de l’assassinat de l'animateur et chef de chaîne d’Amplitude FM, enlevé puis retrouvé tué dans des conditions atroces en janvier 2023 dans la banlieue de Yaoundé, se poursuit devant le tribunal militaire de la capitale du Cameroun, avec deux témoins qui appartenaient à la commission d'enquête sur ce crime. Le 36e témoin dans cette affaire retentissante, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, a prêté serment après 21 h et a pu, pendant une quarantaine de minutes, débuter son témoignage. Justin Danwe « n’a jamais mis en cause » Amougou Belinga « lors des premières auditions » Mais ce lundi 26 octobre a surtout été marqué par la fin de la déposition de l'autre témoin, le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo. Il a répondu aux questions des accusés, notamment à celles de Justin Danwe, patron du commando incriminé dans la mort de Zogo. Un Justin Danwe dont les affirmations au sujet de sa relation avec Jean-Pierre Amougou Belinga ont surpris l'audience. Justin Danwe a en effet affirmé n'avoir mis en cause l'homme d'affaires Amougou Belinga, l'un des principaux accusés, qu'après des visites de « certains hommes », insinuant qu'ils l’auraient ainsi poussé à l'incriminer, ce que soutient son avocat, maître Jacques Mbuny : « Il a été démontré que lors des premières auditions de mon client, nullement le nom de monsieur Amougou Belinga n'est sorti. Il ne l'a jamais mis en cause. » « C’est le fruit de votre imagination » Réponse du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo : ces affirmations sont le « fruit de votre imagination ». Pour maître Calvin Job, avocat des ayants droit de Martinez Zogo, les déclarations de Justin Danwe manquent de crédibilité. « C'est impossible d'y croire, parce qu’il faut déjà noter que Justin Danwe en est facilement à sa quatrième version. Mais là, clairement, il y a un gros manque de crédibilité », insiste-t-il. C'est la troisième ou la quatrième fois que Monsieur Danwe change de version. Au départ, il avait dit qu'il avait organisé l'enlèvement et les tortures sur Martinez Zogo parce qu'il voulait faire plaisir à son patron, monsieur Eko Eko. Puis, il avait déclaré qu'il l'avait fait à la demande de Monsieur Eko Eko. Et puis à la suite, il avait dit que Monsieur Jean-Pierre Amougou Belinga lui avait aussi fait la commande de corriger Martinez Zogo, parce qu'il le vilipendait dans ses émissions. Et au niveau du juge d'instruction, Monsieur Danwe avait fait une déclaration disant innocenter Monsieur Amougou Belinga. Lundi, il a apporté une autre version qui dit que le narratif qu'il avait présenté à la gendarmerie impliquant monsieur Amougou Belinga, est un narratif qui lui a été suggéré par des visiteurs qu'il a reçus, mais dont il n'a pas dévoilé les noms, avec la complicité des responsables de la gendarmerie nationale. C'est la troisième ou la quatrième fois que Monsieur Danwe change de version. Au départ, il avait dit qu'il avait organisé l'enlèvement et les tortures sur Martinez Zogo parce qu'il voulait faire plaisir à son patron, monsieur Eko Eko. Puis, il avait déclaré qu'il l'avait fait à la demande de Monsieur Eko Eko. Et puis à la suite, il avait dit que Monsieur Jean-Pierre Amougou Belinga lui avait aussi fait la commande de corriger Martinez Zogo, parce qu'il le vilipendait dans ses émissions. Et au niveau du juge d'instruction, Monsieur Danwe avait fait une déclaration disant innocenter Monsieur Amougou Belinga. Lundi, il a apporté une autre version qui dit que le narratif qu'il avait présenté à la gendarmerie impliquant monsieur Amougou Belinga, est un narratif qui lui a été suggéré par des visiteurs qu'il a reçus, mais dont il n'a pas dévoilé les noms, avec la complicité des responsables de la gendarmerie nationale. Christophe Bobiokono, chroniqueur judiciaire camerounais, qui suit le procès Zogo Pour conclure la journée, place au très attendu colonel Parfait Ayissi Nanga, lui aussi membre de la commission d'enquête. D'entrée de jeu, il a remercié le tribunal pour sa protection, avant de dénoncer des menaces venues du secrétaire d'État à la Défense (SED), de la gendarmerie et de l'un des accusés, Martin Savom, qu'il accuse de tentative de meurtre contre lui. Un tournant, selon maître Seri, avocat d’un autre accusé, Maxime Eko Eko, l'ancien patron de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) : « Nous voyons que cette affaire s'accélère vers ce que, peut-être, ceux qui suivent ce dossier pouvaient pressentir depuis le début : c'est-à-dire que, peut-être, les vrais commanditaires se trouvent en dehors du tribunal. » L'audience reprend ce mardi avec la suite du témoignage du lieutenant-colonel Ayissi Nanga. À lire aussiCameroun: controverse autour de l'interpellation d'un lieutenant-colonel, témoin dans l'affaire Martinez Zogo Le 22 janvier 2023, au matin, les Camerounais apprenaient la découverte du corps sans vie de Martinez Zogo - Arsène Salomon Mbani Zogo de son vrai nom -, animateur d’une émission de radio très populaire à Yaoundé. Il avait 51 ans et laissait derrière lui une femme et des enfants. Tous les matins, en semaine, dans son émission « Embouteillages », il invectivait, dénonçait, vitupérait contre les maux de la société camerounaise et contre les puissants, à l’exception du président, Paul Biya, qu’il encensait. Enlevé le 17 janvier, dans la soirée, il était retrouvé sans vie, nu sur un terrain à 25 kilomètres environ de la capitale, portant des traces de sévices. En fermant l’information judiciaire, le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie, troisième juge d’instruction militaire en charge de l’enquête, a renvoyé en instance de jugement 17 accusés. Parmi eux : l’ancien patron de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, le lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations à la DGRE, le patron du groupe de presse L’Anecdote Jean-Pierre Amougou Belinga, et l’édile Stéphane Martin Savom, cadre administratif et maire de Bibey, commune de la région Centre du Cameroun. Resté longtemps enlisé dans des questions de procédure, le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration de l'affaire Martinez Zogo s’est ouvert le lundi 25 mars 2024 au tribunal militaire de Yaoundé. Les débats sur le fonds ont commencé le 1er septembre 2025. NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI
Mis à jour 27 oct.