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Cameroun : Congelcam, le roi du poisson rattrapé par le soupçon

Congelcam traverse une mauvaise passe. Le poids lourd du poisson congelé au Cameroun, dirigé par Sylvestre Ngouchinghe, accumule les ennuis : redressements fiscaux, quotas réduits, conteneurs débranchés au port de Douala. La société a organisé une conférence de presse en octobre pour dénoncer des...

237onlinePar Laurent Dibysamedi 7 novembre 2026 à 00:02
Cameroun : Congelcam, le roi du poisson rattrapé par le soupçon
Congelcam traverse une mauvaise passe. Le poids lourd du poisson congelé au Cameroun, dirigé par Sylvestre Ngouchinghe, accumule les ennuis : redressements fiscaux, quotas réduits, conteneurs débranchés au port de Douala. La société a organisé une conférence de presse en octobre pour dénoncer des pressions qu’elle juge injustes. Mais derrière la défense maladroite de l’entreprise, les chiffres et les décisions administratives racontent une autre histoire. Celle d’un opérateur qui n’inspire plus confiance à une partie de l’appareil d’État. Et le soupçon politique né après la présidentielle de 2018 continue de peser. Des redressements, des conteneurs débranchés et une facture qui grimpe Les responsables de Congelcam ont tenu une conférence de presse en octobre pour dénoncer ce qu’ils présentent comme un acharnement. Leur argument tient en quelques lignes : trois redressements fiscaux en quatre ans, pour un montant global de 11,4 milliards de F CFA. Une baisse de leur quota d’importation. Des concurrents qui bénéficient de décotes de droits de douane. Et une exclusion systématique de la liste des entreprises devant recevoir les félicitations de la douane, alors que la société reste l’une des plus importantes contributrices du pays. La défense de l’entreprise ne convainc pas. Pas parce que l’administration camerounaise serait exemplaire, elle ne l’est pas. Mais parce que les faits alignés par la société elle-même donnent une image gênante. Celle d’un groupe qui a longtemps profité d’un régime douanier très favorable, décidé après les émeutes de la faim de 2008, et qui découvre que cet avantage a un coût politique. Le poisson importé était exonéré de droits de douane jusqu’en 2016. Après, la fête a pris fin. Les redressements ont commencé. Le plus mauvais épisode reste celui du port de Douala, en 2023. Les conteneurs réfrigérants de l’entreprise ont été débranchés du système d’alimentation en électricité. Résultat : des tonnes de marchandises devenues impropres à la consommation, et une perte évaluée à environ 13 milliards de F CFA. La société a perdu son statut d’entreprise de grand standing auprès de la Commission bancaire de l’Afrique centrale, la COBAC. Le chiffre fait mal. Sur le plan financier, l’entreprise encaisse. Sur le plan de l’image, elle sort abîmée. Il y a aussi ce rapport de la Conac, rendu public en décembre 2018, deux mois après la présidentielle. La commission anti-corruption y pointait le non-paiement par la société de droits de douane à hauteur de 32 milliards de F CFA au titre de l’année 2014. Un montant énorme, même pour un opérateur de cette taille. La société conteste l’interprétation, parle d’un régime fiscal particulier, et l’administration n’a pas toujours fourni de preuves publiques détaillées. Mais la séquence est là : un premier redressement de 2,2 milliards de F CFA en 2020, un autre en 2022, puis l’affaire des conteneurs en 2023. Franchement, quand un empire du poisson commence à perdre ses conteneurs, ses quotas et son standing bancaire en même temps, ce n’est plus de la malchance. Le doute est installé. La société conteste, elle parle de pressions injustes, et l’administration camerounaise n’a jamais brillé par sa transparence, mais il y a quand même ces trois redressements en quatre ans, cette perte de statut bancaire et ces marchandises jetées. Autrement dit, l’entreprise n’est pas seulement soupçonnée d’avoir mal payé. Elle est soupçonnée d’avoir bénéficié d’un régime trop favorable pendant trop longtemps, sans que personne n’ait vraiment envie de regarder les comptes de près. Le soupçon politique ne se dissipe pas Le politique, lui, n’a jamais vraiment lâché l’affaire. Après la présidentielle de 2018, Chrispin Petang, chargé de mission du RDPC dans l’Ouest, avait affirmé lors d’une réunion de son comité central qu’une liste de personnalités de sa région avait financé le Mouvement pour la renaissance du Cameroun, le MRC de Maurice Kamto. Le nom de Sylvestre Ngouchinghe figurait sur cette liste. L’homme d’affaires a démenti publiquement, réaffirmé son soutien à Paul Biya, et le RDPC n’a jamais diligenté d’enquête pour établir la véracité de ces accusations. Faut-il y voir la preuve d’un financement de l’opposition ? Rien ne le confirme à ce stade. Mais l’absence d’enquête sérieuse laisse le soupçon flotter, et l’entreprise continue d’en payer le prix. D’autres personnalités citées dans cette liste ont pris leurs distances avec le pays. Paul Fokam Kammogne, propriétaire d’Afriland First Bank, n’a plus remis les pieds au Cameroun depuis cette période, par crainte de répercussions sur ses activités. Sylvestre Ngouchinghe, lui, a choisi de rester et de se battre sur tous les fronts. Il mène une offensive médiatique, mais aussi un lobbying intense en coulisses. Lors de la présidentielle de 2025, il a profité du passage du secrétaire général du RDPC, Jean Nkuete, dans l’Ouest pour le recevoir à son domicile. Une rencontre qui lui a permis de plaider, encore une fois, pour la levée de l’épée de Damoclès qui plane sur ses activités. Ce mercredi 5 novembre, il était lui-même à la tête d’une équipe de responsables de sa structure convoquée au ministère du Commerce pour discuter des quotas d’importation de poissons congelés. Cette réunion s’est terminée par une petite victoire. Le principe d’une nouvelle répartition des quotas pour la fin de l’année a été adopté, avec un accroissement des parts de l’entreprise. Une décision qui montre que le rapport de force n’est pas totalement défavorable au groupe. Mais elle ne lave pas le soupçon. Elle le rend plus visible. La société apparaît comme un acteur qui doit une partie de sa survie à ses connexions politiques, pas à la qualité de sa gestion ou à la transparence de ses comptes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Difficile de ne pas y voir un avertissement. Pour l’instant, le poisson reste dans les congélateurs. Mais l’odeur du soupçon, elle, colle à l’entreprise. La prochaine répartition des quotas dira si la société a regagné la confiance de l’appareil, ou seulement gagné du temps. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
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