Cameroun : freinée par les coûts et le manque de débouchés, l’agriculture biologique progresse face aux changements climatiques
« 25 000 ha certifiés et des exportations en hausse, mais le marché local reste marginal ». Face à la dégradation des sols et aux effets du changement climatique, l’agriculture biologique gagne du terrain au Cameroun avec environ 25 000 hectares certifiés. En 2025, le pays mise sur ce segment pou...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Constant Pierre Yapvendredi 14 août 2026 à 07:211 vues

« 25 000 ha certifiés et des exportations en hausse, mais le marché local reste marginal ». Face à la dégradation des sols et aux effets du changement climatique, l’agriculture biologique gagne du terrain au Cameroun avec environ 25 000 hectares certifiés. En 2025, le pays mise sur ce segment pour l’exportation. Le marché intérieur reste toutefois limité par les prix et le manque de label local. Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER), et des données compilées par l’ONG SAILD, le Cameroun comptait environ 25 000 ha certifiés bio fin 2025 contre 12 000 ha en 2019. La production est concentrée sur trois filières. Le cacao avec 14 000 ha principalement dans le Sud-Ouest et le Centre, dont 85 % de la production bio, est exporté. Le miel avec 6 000 ha équivalent des butinages certifiés, dans l’Adamaoua, et l’ouest, et enfin, les épices et maraichages avec 5 000 ha dont poivre de Penja, gingembre et légumes autour de Foumban et Buea. Le Cameroun a exporté pour environ 18,7 millions USD de produits certifiés bio, en hausse de 22 % sur un an. Principales destinations : Allemagne, France, Pays-Bas et Émirats arabes unis. Le cacao bio et le poivre de Penja IGP bio représentent 70 % de cette valeur. Des atouts environnementaux reconnus Les instituts de recherche comme l’IRAD notent des effets positifs. Dans des parcelles suivies à Foumban, l’usage du compost a permis une hausse de 25 à 35 % de la matière organique des sols en trois ans. L’absence des pesticides de synthèse réduit aussi la pollution des bassins du Mongo et de la Sanaga, selon une étude 2024 de l’université de Dschang. Le système agroforestier bio, associant cacao et arbres, est présenté comme plus résilient aux poches de sécheresse observées depuis 2020 dans le Centre et le Littoral. Des freins économiques majeurs Obtenir un label de l’Union européenne ou USDA coûte entre 2 et 5 millions de FCFA pour un groupement. La majorité des 12 000 producteurs bio vendent donc sans label sur le marché local. La période de conversion de 2 à 3 ans entraine une baisse de rendement de 20 à 30% selon l’IRAD. Difficile à absorber pour les petits producteurs enfin moins de 10 % de la production bio est consommée au Cameroun. Un kg de tomates bio coûte en moyenne 2,5 fois plus cher que le conventionnel à Yaoundé. Il y’a la demande internationale, mais il manque de labels nationaux abordables et un appui à la conservation, explique le responsable de production et des ventes de la coopérative Ouest Bio à l’ouest du Cameroun. Un cadre institutionnel en construction, le MINADER, intègre l’agro-écologie dans le plan national de développement 2020-2030. Avec l’appui de la GIZ et du PNDP, 42 champs-écoles paysans bio ont été mis en place depuis 2022. Aucune loi spécifique ni fonds de subvention dédié n’existe encore pour le moment, mais un projet de label bio camerounais est en étude depuis 2024. L’agriculture biologique s’impose comme une niche à l’exportation pour le Cameroun. Afin de peser sur la sécurité alimentaire et l’adaptation au changement climatique, elle devra résoudre l’équation du coût et du marché local.
Mis à jour 14 août