Cameroun : la trahison des élites
« Le constat est saisissant : loin de jouer leur rôle de moteurs de développement, bon nombre d’élites politiques, économiques et intellectuelles se sont détournées de […]
ActuCamerounPar Armand Djaleudimanche 11 octobre 2026 à 17:28
Cela fait dire à l’imaginaire populaire que ce comportement relève de la pure méchanceté surtout que l’on observe, en plus, une fuite des capitaux et le choix des investissements à l’extérieur du pays. Tandis que le système de santé et le réseau éducatif public manquent de moyens essentiels, les élites privilégient les évacuations sanitaires à l’étranger et la scolarisation de leur progéniture dans de grandes écoles étrangères. Cela fait dire que ce sont les enfants des « pauvres » que l’on abandonne dans des infrastructures rudimentaires au pays. Au lieu de construire le pays, l’élite dirigeante détourne les deniers publics pour « situer » leurs enfants et proches à l’étranger. De nos jours, chacun cherche à se sauver et à sauver sa famille dans l’émigration massive au Canada ou aux Etats-Unis, abandonnant le pays dans l’incertitude. Celles et ceux qui devaient se battre pour le changement indiquent vouloir « voir leurs enfants grandir ». C’est ça la trahison ! Pire, on observe la reconduction des modèles de dépendance hérités de l’esclavage et de la colonisation. Cela se concrétise par poursuite de la signature ou du maintien d’accords commerciaux défavorables, ainsi que la dépendance accrue vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux sur des projets structurants (énergie, infrastructures routières dont les chantiers s’éternisent pendant des décennies). Cest l’illustration parfaite d’une gouvernance alignée sur des impératifs externes plutôt que sur l’intérêt national. Guerres d’égos et paralysie du changement Guerres d’égos et paralysie du changement Un proverbe africain dit que « lorsque les éléphants se battent, ce sont les herbes qui souffrent ». Au Cameroun, le paysage politique et social offre le spectacle d’une élite fragmentée, où la quête de leadership personnel l’emporte sur l’intérêt général. On observe l’impossibilité des coalitions même au sein d’une même famille politique. La promotion de l’idée d’une candidature unique ou d’une plateforme commune est toujours vouée à l’échec. On observe que la rivalité entre leaders et les querelles de préséance conduisent systématiquement à la multiplication des candidatures et des partis politiques, ce qui disperse les voix de l’alternance. Au Cameroun, chacun veut être président et finalement, personne ne devient président, ce qui relève de la politique de la terre brûlée. Pire, le repli identitaire est utilisé comme une arme politique. Pour défendre leurs positions administratives ou politiques, certaines élites n’hésitent pas à instrumentaliser la fibre communautaire ou régionale, opposant les populations les unes aux autres plutôt que de mutualiser leurs forces autour d’un projet de société partagé. Les gens n’en peuvent plus ! Les gens n’en peuvent plus ! Outre l’égoïsme, les erreurs de cap et les luttes de pouvoir, on observe que la fracture entre les élites et le peuple ne fait que s’accentuer. L’opposition politique est aussi devenue un establishment. La pensée unique de l’opposition s’installe confortablement. Une certaine élite se passe pour directeur de conscience. Au fil des ans, elle n’agit pas sur le terrain pour que le pays avance ; elle se contente de donner des leçons et de donner de bons ou de mauvais points. L’extinction de la pensée critique et le suivisme intellectuel ont plombé le pluralisme politique camerounais.
Mis à jour 11 oct.