Cameroun : les Rothschild verrouillent 1 640 km² de terres pour leurs safaris
Un domaine de chasse de 1 640 km², plus grand que certains départements du Cameroun, entre les mains d’une famille de milliardaires étrangers pendant qu’un guide français est chassé du pays par vingt gendarmes armés. Voilà le résumé brutal de l’affaire Rothschild qui vient d’atterrir devant la Co...
237onlinePar Laurent Dibylundi 31 août 2026 à 10:331 vues

Un domaine de chasse de 1 640 km², plus grand que certains départements du Cameroun, entre les mains d’une famille de milliardaires étrangers pendant qu’un guide français est chassé du pays par vingt gendarmes armés. Voilà le résumé brutal de l’affaire Rothschild qui vient d’atterrir devant la Cour suprême du Cameroun. Franchement, il y a de quoi se demander à qui appartient vraiment ce pays. Un territoire immense, une clientèle de riches étrangers Le contentieux porte sur 1 640 km² de terres publiques camerounaises, exploitées depuis plus d’une décennie par une société privée sous contrôle de la famille Rothschild. Dans ce campement du Nord, les clients internationaux fortunés paient plus de 65 000 euros pour deux semaines de safari, soit environ 42,5 millions de FCFA. Le chiffre fait mal quand on sait que c’est notre patrimoine faunique, nos buffles, nos antilopes, qui financent ce train de vie. L’histoire commence en 2012. Pierre Guerrini, guide de chasse français, s’associe à Benjamin de Rothschild pour créer Faro Lobéké, société chargée d’exploiter les zones d’intérêt cynégétique 16, 29 et 30. Au fil des années, la répartition du capital évolue en faveur de la famille Rothschild, qui finit par détenir 65 % des parts contre 35 % pour Guerrini. À la mort de Benjamin en 2021, c’est Ariane de Rothschild qui reprend la main sur ces activités africaines. Et puis vient le 24 décembre 2023. Une vingtaine de gendarmes armés, sur ordre du gouverneur du Nord Jean Abate Edi’i, prennent le contrôle du campement pour en expulser Guerrini. Condamné à un an de prison pour abus de biens sociaux après des plaintes du camp Rothschild, il fuit le pays après six jours de garde à vue. « J’estime avoir subi une action confiscatoire de mes droits de gérant et d’associé », dénonce-t-il aujourd’hui. On ne sait pas encore comment la Cour suprême va trancher, mais la manière dont cette éviction a été menée pose sérieusement question. Quand le prédateur devient aussi conseiller de l’État Le plus troublant dans cette affaire, c’est que la famille qui contrôle ce territoire de chasse n’est pas un acteur isolé au Cameroun. Rothschild & Co, la maison de conseil financier de cette même famille, a accompagné l’État camerounais en 2021 dans le refinancement de son Eurobond, une opération de 450 milliards de FCFA. La même entité est aussi intervenue comme conseil dans la cession d’une partie des participations publiques dans la Commercial Bank-Cameroun. Difficile de ne pas y voir un système bien huilé. D’un côté, une société familiale exploite un immense territoire réservé à une élite internationale qui vient chasser nos antilopes et nos buffles. De l’autre, la banque d’affaires de cette même famille conseille notre État sur sa dette publique et la restructuration de ses banques. On attendait mieux en matière de transparence sur ce genre de double casquette. Le porte-parole des Rothschild affirme que « la gouvernance des sociétés a été rétablie dans le cadre de procédures judiciaires et sociales régulières ». Une formule bien polie pour désigner l’expulsion manu militari d’un associé français par les forces de l’ordre camerounaises. C’est un tournant que la Cour suprême devra maintenant éclaircir, mais le signal envoyé jusqu’ici n’est pas rassurant pour la souveraineté sur nos ressources naturelles. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
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