Cameroun: Vice-présidence - Le communiqué qui devait calmer... et qui relance tout
Dix-huit jours après la tentative de diffusion d'un faux décret présidentiel à la CRTV, le gouvernement camerounais rompt le silence : le document n'a « jamais été signé par qui de droit », l'auteur est en garde à vue, et la nomination d'un vice-président demeure la seule prérogative du chef de l...
fr.allafrica.commercredi 1 juillet 2026 à 16:21

Cameroun: Vice-présidence - Le communiqué qui devait calmer... et qui relance tout Dix-huit jours après la tentative de diffusion d'un faux décret présidentiel à la CRTV, le gouvernement camerounais rompt le silence : le document n'a « jamais été signé par qui de droit », l'auteur est en garde à vue, et la nomination d'un vice-président demeure la seule prérogative du chef de l'État. Le 30 juin 2026, un document daté et tamponné en rouge sort enfin des bureaux du ministère de la Communication. Dix-huit jours. C'est le temps qu'il aura fallu à l'État camerounais pour réagir officiellement à l'un des épisodes les plus troublants de la vie politique du pays ces dernières années : un homme, une enveloppe scellée, et un faux décret présidentiel sur le point d'être lu en direct au journal de 17 heures de la radio nationale. Ce mardi, le gouvernement choisit enfin de parler. Mais ce communiqué, censé clore la polémique, pourrait bien en ouvrir une nouvelle. Le gouvernement camerounais confirme l'arrestation de l'auteur du faux décret sur la vice-présidence, mais le silence sur les détails de l'enquête alimente déjà de nouvelles spéculations Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn Le ministère de la Communication, porte-parole du gouvernement, a publié ce 30 juin 2026 un communiqué officiel revenant sur l'affaire qui agite l'opinion camerounaise depuis la mi-juin : la tentative de diffusion, sur les antennes de la Cameroon Radio Télévision (CRTV), d'un document présenté comme un décret présidentiel portant nomination d'un vice-président de la République. Ce que confirme officiellement le gouvernement Selon le communiqué signé par René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, un individu s'est présenté courant juin dans les locaux de la CRTV à Yaoundé et y a déposé un pli fermé contenant un document revêtant, en apparence, les sceaux officiels de la Présidence et une signature attribuée au chef de l'État, Paul Biya. Le texte n'a toutefois pas trompé la vigilance des responsables de la chaîne publique, qui ont refusé de le diffuser. Le gouvernement affirme désormais, sans détour, que ce document n'a jamais été signé par qui de droit. Il précise également que l'individu interpellé ne fait partie d'aucun effectif de la Présidence de la République et n'était donc nullement habilité à porter ce type de document. Une affaire qui couvait depuis près de trois semaines D'après plusieurs médias camerounais, les faits remontent au 12 juin 2026, lorsqu'un homme identifié dans la presse sous le nom de Johann Adriel Sitchom Kuate parfois désigné sous l'ordre inversé « Sitchom Johann » selon les sources se serait présenté à la CRTV avec deux décrets : l'un portant nomination d'un vice-président de la République, l'autre annonçant un remaniement ministériel complet. Le document daté du 8 juin 2026 et portant le numéro 2026/202 aurait désigné le porteur lui-même comme nouveau vice-président, conformément à la révision constitutionnelle du 14 avril 2026 ayant créé ce poste. C'est la vigilance du journaliste Aimé Robert Bihina, en l'absence du directeur général Charles Ndongo, qui aurait permis d'éviter la diffusion. La vérification aurait nécessité un appel téléphonique jusqu'à Genève, où séjournait alors le président Paul Biya, en voyage privé depuis le 7 juin. L'entourage présidentiel aurait formellement démenti toute signature. Pourquoi cette affaire est si sensible Le poste de vice-président de la République, réintroduit par la révision constitutionnelle d'avril 2026, est conçu comme la voie de succession automatique au sommet de l'État. Dans un pays où Paul Biya, 93 ans, n'a procédé à aucun remaniement ministériel depuis 2019 et où la question de sa succession alimente les spéculations depuis des années, l'irruption d'un faux décret nommant un inconnu à ce poste aurait pu, selon plusieurs observateurs, provoquer une confusion institutionnelle majeure si le texte avait été lu à l'antenne. Certaines voix, comme celle du professeur Jean Bahebeck, ont évoqué une possible mise en scène destinée à détourner l'attention de l'opinion publique. D'autres analystes y voient au contraire une faille béante dans les circuits de vérification des actes d'État, l'authentification d'un décret présidentiel reposant, selon eux, davantage sur la mémoire professionnelle d'un journaliste que sur un protocole formalisé. Une zone d'ombre persistante Le communiqué gouvernemental, bien qu'il confirme l'arrestation et écarte tout lien entre le suspect et la Présidence, reste silencieux sur plusieurs points qui nourrissent la controverse depuis une semaine : l'identité exacte et complète du suspect, son lieu de détention précis, les charges retenues contre lui, et l'hypothèse avancée par certains responsables politiques comme Valère Bessala, président du parti Jouvence selon laquelle le document litigieux aurait pu, à l'origine, comporter des éléments authentiques avant d'être modifié. L'enquête, selon le texte officiel, se poursuit. Le gouvernement invite les citoyens à la vigilance et rappelle que toute nomination à ce poste demeure la seule et exclusive prérogative du président de la République. Et maintenant ? Ce communiqué, le premier émanant directement du gouvernement depuis le début de l'affaire, ne met pas un point final au feuilleton. Il confirme officiellement ce que la rumeur affirmait depuis des jours, mais laisse en suspens les questions qui taraudent l'opinion : qui est réellement derrière cette tentative ? Agissait-il seul ? Et surtout, quand le Cameroun connaîtra-t-il enfin l'identité de son premier vice-président ? Lire l'article original sur Camer.be. Cameroun Afrique de l'Ouest Gouvernance Afrique Centrale AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. 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