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Carburants : pourquoi la BEAC pousse les pays de la CEMAC vers la raffinerie Dangote

Coûts logistiques élevés, raffinage plus cher à Rotterdam, pression sur les budgets publics... la facture des importations de carburants préoccupe la BEAC.

Ecomatin - Actualités économiques d'Afrique Centrale — feed.xmlPar Cedrick JIONGOmardi 13 octobre 2026 à 14:25
Carburants : pourquoi la BEAC pousse les pays de la CEMAC vers la raffinerie Dangote
La raffinerie du milliardaire nigérian Aliko Dangote pourrait jouer un rôle important dans l'approvisionnement en carburants des pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Dans sa note sur l'inflation à fin juin 2026, consultée par EcoMatin, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) recommande aux gouvernements de diversifier leurs fournisseurs de produits raffinés, notamment auprès du complexe de Lekki, près de Lagos. « Les États de la CEMAC pourraient également diversifier leurs sources d'approvisionnement en fonction de la dynamique des marges dans les différents marchés », écrit la BEAC, qui les invite à se tourner « davantage vers la raffinerie Dangote ». Une piste qui prend corps depuis quelques années. Dotée d’une capacité de 650 000 barils par jour, la méga-raffinerie d’Aliko Dangote expédie déjà des produits raffinés vers plusieurs marchés africains, dont le Cameroun. Dès décembre 2024, une première cargaison de 60 000 tonnes d’essence avait été livrée au pays en partenariat avec Neptune Oil, avant une nouvelle livraison de 40 000 tonnes de gasoil en mars 2025 pour JFF Oil. 2 000 milliards FCFA pour importer le carburant Yaoundé cherche depuis lors à approfondir cette relation. En janvier 2026, une délégation conduite par la directrice générale de la SCDP, accompagnée notamment de représentants de la Sonara et de la CSPH, s’était rendue à la raffinerie de Lekki pour explorer de nouveaux partenariats d’approvisionnement. En juillet, c’est une délégation de Dangote qui a été reçue par le Premier ministre Joseph Dion Ngute avec un projet plus ambitieux, celui de développer au Cameroun des capacités de stockage et de transport par pipeline afin de faciliter l’acheminement des produits pétroliers nigérians. Selon la BEAC, la proximité du Nigeria pourrait raccourcir les chaînes d’approvisionnement et réduire les coûts logistiques, alors que les marges de raffinage se sont envolées sur les grands marchés internationaux. Dans son rapport, l'institut d'émission monétaire explique que la marge de référence à Rotterdam a ainsi atteint 42,13 dollars par baril en juillet 2026, contre un précédent pic de 33,50 dollars en octobre 2022. Lors de la réunion du Comité de politique monétaire du 29 juin, le gouverneur Yvon Sana Bangui avait déjà indiqué avoir « suggéré » aux États de privilégier davantage le Nigeria pour sécuriser leurs approvisionnements face aux tensions au Moyen-Orient et à la flambée des cours. LIRE AUSSI : Dangote : la période de souscription à l'entrée en Bourse de la méga raffinerie de pétrole prolongée La CEMAC est particulièrement exposée. Bien que cinq de ses six États produisent du brut, la sous-région dépend largement des importations de produits raffinés, évaluées à environ 2 000 milliards de FCFA selon une estimation de son gouverneur en juin 2025, faute de capacités locales suffisantes. Au Cameroun, la Sonara n'a pas repris ses activités depuis l'incendie de mai 2019. Plus d'argent pour les subventions de carburant, moins pour la santé et l'éducation Pour préserver le pouvoir d'achat des ménages, les gouvernements maintiennent des prix administrés sur certains carburants. Selon la BEAC, les subventions et transferts des États devraient atteindre 3 388,3 milliards de FCFA en 2026, contre 2 605,8 milliards en 2025, soit + 30 %. Leur poids passerait de 3,26 % à 4,03 % du PIB régional. Ces montants ne concernent pas que les carburants, mais les compensations sur les prix à la pompe pèsent lourd dans la pression budgétaire. LIRE AUSSI : L'Afrique sera pratiquement autosuffisante en carburants d'ici 2030 (Aliko Dangote) « Les subventions généralisées rigidifient les dépenses, réduisent les ressources disponibles pour l'investissement, la santé et l'éducation », prévient la BEAC, qui recommande une réforme progressive, avec des transferts ciblés vers les ménages vulnérables et une fixation des prix plus transparente. Le risque est aussi inflationniste. La BEAC anticipe une inflation de 3,5 % en glissement annuel en septembre 2026, contre 2,3 % en juin, sous l'effet de l'énergie, du fret et des denrées alimentaires. La moyenne annuelle resterait toutefois inférieure à la norme communautaire de 3 %. Au Cameroun, l'Institut national de la statistique (INS) a relevé une inflation de 3,4 % en juillet, contre 3 % en juin, principalement à cause des prix alimentaires. Dangote, une option à court terme Pour la BEAC, les États gagneraient à mutualiser leurs achats de produits raffinés plutôt que de négocier séparément. L'absence de stratégie commune lors de la crise de 2022 a privé la sous-région d'économies potentielles, notamment logistiques. La raffinerie Dangote, d'une capacité nominale de 650 000 barils par jour, peut y contribuer, sous réserve de conditions commerciales et logistiques compétitives. Cette option ne remplace pas le développement des capacités locales. La BEAC recommande la modernisation de la Sogara au Gabon, la relance de la Sonara et le renforcement des installations du Congo et du Tchad. La Banque centrale évoque aussi un mécanisme régional de stabilisation, alimenté par les recettes pétrolières exceptionnelles. Sans diversification des fournisseurs, réforme des subventions et investissements dans le raffinage, la hausse des coûts risque de peser sur les budgets, les réserves de change et les consommateurs.
Mis à jour 13 oct.
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