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Ce que le père Engelbert Mveng, Béti et Jésuite, a vraiment écrit sur les Bamiléké

Engelbert Mveng n’est pas Bamiléké. Né le 9 mai 1930 à Enam-Ngal, dans ce qui est aujourd’hui la commune de Ngoulemakong, région du Sud, il est Béti, membre de la Compagnie de Jésus, prêtre, historien, anthropologue et théologien. Un homme dont la rigueur intellectuelle n’était pas en doute. Et d...

237onlinePar Alain-Claude Ndomsamedi 27 juin 2026 à 10:06
Ce que le père Engelbert Mveng, Béti et Jésuite, a vraiment écrit sur les Bamiléké
Engelbert Mveng n’est pas Bamiléké. Né le 9 mai 1930 à Enam-Ngal, dans ce qui est aujourd’hui la commune de Ngoulemakong, région du Sud, il est Béti, membre de la Compagnie de Jésus, prêtre, historien, anthropologue et théologien. Un homme dont la rigueur intellectuelle n’était pas en doute. Et dans son Histoire du Cameroun, il consacre aux Bamiléké un portrait d’une précision et d’une honnêteté qui tranche encore aujourd’hui avec les caricatures habituelles. Franchement, quand un Béti dit ça des Bamiléké, c’est plus fort que n’importe quel discours communautaire. Engelbert Mveng : qui était cet homme qui a osé écrire cette vérité ? Avant de lire ce qu’il dit des Bamiléké, il faut savoir qui il était. Engelbert Mveng n’est pas un nom anodin dans l’histoire intellectuelle camerounaise et africaine. Né en 1930 dans un petit village du Sud-Cameroun, il entre dans la Compagnie de Jésus, l’ordre religieux réputé pour la formation la plus exigeante de l’Église catholique. Les Jésuites ne produisent pas des hommes de paille. Ils forment des intellectuels capables de tenir une pensée sur la durée, de croiser les disciplines, de résister aux pressions. Mveng va publier des travaux majeurs dans plusieurs domaines : l’art africain, l’histoire du Cameroun, l’anthropologie, la théologie africaine. Son Histoire du Cameroun, publiée en 1963, reste une référence. Ce n’est pas un essai militant. C’est un travail d’historien, documenté, sourcé, construit. Et c’est dans ce cadre rigoureux qu’il choisit de consacrer plusieurs pages au peuple bamiléké. Il mourra le 22 avril 1995 à Yaoundé, assassiné. Les circonstances de sa mort restent liées, selon plusieurs sources, à son engagement intellectuel et à la gêne que représentait un homme de sa trempe pour le pouvoir en place. Un homme que le régime a fini par tuer, et qui avait déjà dit des vérités que beaucoup refusent encore d’entendre aujourd’hui. Ce détail n’est pas accessoire. Il dit quelque chose sur le poids de ce témoignage. Ce n’est pas l’éloge d’un ami, ni la flatterie d’un voisin. C’est le regard d’un homme libre, formé à la rigueur, qui n’avait aucune raison communautaire de défendre les Bamiléké, et qui a pourtant écrit ce qu’il a vu. Le portrait : entre admiration documentée et lucidité sans complaisance Voici ce que Mveng écrit, dans ses propres mots : « Ce qui caractérise ce peuple, c’est à la fois une ardeur au travail qui ne compte guère beaucoup de concurrents sous les tropiques, un esprit d’économie et de prévoyance qui ne va pas sans une certaine âpreté au gain, une intelligence pratique rare, un individualisme qui s’allie harmonieusement à une vie communautaire sans faille. » La formule est dense. Elle ne flatte pas sans nuancer. L’« âpreté au gain » est là, nommée, assumée. Mveng ne construit pas un mythe. Il observe, il pèse, il écrit. Et ce qu’il écrit tient la route parce qu’il n’a pas cherché à plaire. Ce dynamisme, il le replace immédiatement dans une perspective qui dérange les préjugés des deux côtés. Il n’est pas inné. Il n’est pas génétique. Il est culturel, historique, construit. « Placés dans les mêmes conditions d’austérité, les autres feraient autant. Rien n’est inscrit dans les gènes. Tout est culture », tranche-t-il. Et il va plus loin : « L’idée de race supérieure est le plus barbare des préjugés qui aient jamais été. Elle a fait ses victimes et capitulé avec le régime nazi à la Deuxième Guerre mondiale. » Cette phrase, en 1963, dans un livre d’histoire camerounais, est un acte intellectuel courageux. Elle dit à ceux qui admirent les Bamiléké de ne pas tomber dans l’orgueil. Elle dit à ceux qui les jalousent ou les méprisent de renoncer à toute explication par la race. Tout est culture. C’est simple. Et c’est radical. Bafoussam et la région de l’Ouest : une ville qui ne s’arrête pas Mveng descend de l’abstraction pour aller sur le terrain. Il observe Bafoussam, capitale de la région de l’Ouest. Et ce qu’il voit, c’est une ville qui ne connaît pas le repos. En dehors du petit centre administratif, tous les quartiers ne sont qu’ateliers et commerces : couture, menuiserie, électricité, soudure, électronique. Les quartiers résidentiels ? « Un vain mot », écrit-il. Les Bamiléké « ont tôt fait de tout transformer en boutiques, ateliers voire fermes porcines ou avicoles. » Il précise que ce n’est pas forcément une qualité en soi. Mais le constat est là, net, sans ambiguïté. Ce qui frappe dans cette description, c’est qu’elle n’a pas pris une ride. Quiconque a marché dans Bafoussam, Bangangté, Mbouda ou Baham ces dernières années reconnaît immédiatement ce tableau. Soixante ans après la publication de ce livre, la ville ressemble encore à ce portrait. C’est le moins qu’on puisse dire. Mveng note que les Bamiléké « quadrillent tous les secteurs de l’économie nationale. C’est même le côté par lequel ils dérangent le plus. » Cette phrase, courte, presque laconique, dit en dix mots ce que des décennies de tensions communautaires n’ont jamais réussi à formuler honnêtement. Le travail comme religion, l’agriculture comme colonne vertébrale Peuple de commerçants, oui. Mais Mveng insiste : les Bamiléké sont avant tout des agriculteurs. Et des agriculteurs d’une ténacité qui dépasse l’entendement ordinaire. Dès trois heures du matin, dans toutes les villes de la région de l’Ouest, des camions chargent des cultivateurs, hommes et femmes mélangés, en direction des plaines agricoles. À Bafoussam, à Bangangté, ces véhicules déversent leurs passagers à 20, 30 kilomètres, dans les riches plaines du Noun. La journée commence dans le noir. Elle se termine après 19 heures, quand les femmes rentrent chargées de lourds fardeaux de provisions ou de bois de chauffage. Et avant le jour, elles sont déjà reparties. Mveng écrit : « A la limite, on peut dire que les Bamiléké ne vivent pas, ils travaillent. » C’est une phrase qui fait mal à lire si on la prend dans sa pleine dimension. Pas un éloge. Une observation clinique sur une organisation sociale entière tournée vers la production, parfois au détriment de l’existence elle-même. Les jours de repos interdisent la houe ? Ils prennent la machette. Les jours fériés ? Le travail continue sous une autre forme. Aucun espace cultivable n’est laissé libre, ni autour des maisons, ni en bord de route, ni en ville. Les fleurs et les plantes ornementales ? Mveng note avec un sourire discret que les Bamiléké leur préfèrent les bananiers, le maïs et les plantes potagères, jugées plus utiles et rentables. Il ajoute, avec une pointe de prophétie : « Ils ne s’apercevront pas des mutations en cours qui font de plus en plus des fleurs une culture plus rentable que les espèces comestibles. » Une lucidité rare : le dynamisme bamiléké a aussi un coût humain Pourtant, Mveng ne verse jamais dans l’hagiographie. Et c’est là que son texte devient vraiment précieux. Il reconnaît que ce dynamisme a « quelque chose de pervers, quelque chose d’excessif, qui aliène. » Les Bamiléké consacrent très peu de temps au loisir. À part les funérailles, moment d’arrêt obligatoire dicté par la solidarité communautaire, et les veillées au coin du feu agrémentées de contes, il n’existe quasiment aucun autre moment de détente identifiable dans le rythme de vie ordinaire. « De la mesure, n’est-ce pas ? Il en faut en toute chose », conclut-il sur ce point. Cette phrase, placée à la fin d’un développement admiratif, dit quelque chose d’important : le travail sans limite n’est pas une vertu absolue. C’est aussi une forme d’aliénation que la culture bamiléké elle-même devrait interroger. Mveng ne condamne pas. Il pose la question. Et il la laisse ouverte. L’ostracisme dont les Bamiléké sont victimes depuis des décennies, il le mentionne aussi, et avec une logique qui dérange : il concourt « paradoxalement à accroître leur potentiel d’énergie et d’ingéniosité. » La pression extérieure, la marginalisation, les obstacles administratifs et sociaux ont fonctionné comme un carburant. Ce n’est pas une justification de cet ostracisme. C’est un constat amer sur ce qu’un peuple peut produire quand on lui ferme les portes. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
Mis à jour 27 juin
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