Ces opposants qui semblent attendre leur nomination plus que les élections
À quelques mois des prochaines élections législatives et municipales, la scène politique camerounaise donne à observer un phénomène qui mérite qu’on s’y attarde. Alors que les formations politiques devraient être pleinement engagées dans la préparation du double scrutin annoncé pour le début de l...
Mimi Mefo Info (MMI)Par Mimi Mefo Info Francais (Editor)vendredi 6 novembre 2026 à 13:02

À quelques mois des prochaines élections législatives et municipales, la scène politique camerounaise donne à observer un phénomène qui mérite qu’on s’y attarde. Alors que les formations politiques devraient être pleinement engagées dans la préparation du double scrutin annoncé pour le début de l’année 2027, certains acteurs de l’opposition semblent avoir déplacé leurs priorités. Leur principale préoccupation paraît désormais être la nomination du prochain vice-président de la République. La revendication peut, à première vue, être présentée comme une simple interpellation du chef de l’État sur l’application de la Constitution. Mais sa récurrence, dans un contexte politique aussi particulier, interroge sur les motivations et les calculs qui peuvent se trouver derrière cette insistance. Depuis la révision constitutionnelle du 14 avril 2026, le Cameroun dispose en effet d’un poste de vice-président dont le titulaire sera nommé par le président de la République. En cas de vacance de la présidence, ce dernier est appelé à achever le mandat du chef de l’État. Un mécanisme qui a immédiatement divisé la classe politique. Pour une partie de l’opposition et plusieurs acteurs de la société civile, confier une telle responsabilité à une personnalité qui n’aura pas reçu directement l’onction du suffrage universel pose un problème de légitimité démocratique. D’autres y voient un mécanisme de continuité institutionnelle. Ce qui retient particulièrement l’attention, c’est le positionnement de certains responsables politiques qui, tout en se réclamant de l’opposition, multiplient les appels à Paul Biya pour qu’il procède à cette nomination. Une posture qui contraste avec celle d’autres formations politiques qui contestent précisément le principe d’une succession présidentielle confiée à une personnalité désignée par le chef de l’État. Mais derrière cette nouvelle insistance pourrait se cacher une autre réalité, moins institutionnelle et davantage liée aux ambitions politiques individuelles. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, remportée officiellement par Paul Biya avec 53,66 % des suffrages, les spéculations autour de la formation d’un nouveau gouvernement n’ont jamais véritablement cessé. Le 31 décembre 2025, le chef de l’État avait lui-même annoncé la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale dans les prochains jours. Plus de dix mois après cette annonce, l’attente se poursuit. Dans les milieux politiques, des rumeurs ont également fait état de possibles rapprochements, de négociations et de promesses de responsabilités gouvernementales à certaines personnalités, notamment parmi celles qui ont affiché des positions favorables au pouvoir après la présidentielle. Rien ne permet cependant d’établir publiquement que les responsables qui réclament aujourd’hui la nomination du vice-président ont effectivement reçu de telles assurances. Il reste que cette attente prolongée intervient à un moment particulièrement sensible. Le calendrier électoral, lui, n’attend pas. Les mandats des députés et des conseillers municipaux ont fait l’objet de prorogations successives, et les prochaines élections sont désormais attendues au début de l’année 2027. La convocation du corps électoral est susceptible d’intervenir dans les tout prochains jours. C’est précisément là que se trouve tout l’intérêt de cette séquence politique. Pour certains acteurs, une éventuelle entrée au gouvernement pourrait constituer une occasion de retrouver une visibilité nationale, de consolider leur positionnement et de préserver leur avenir politique. Une nomination ministérielle ou à la vice-présidence représenterait alors une forme de repositionnement après une présidentielle qui a profondément redistribué les rapports de force dans plusieurs espaces politiques. À l’inverse, l’absence de promotion gouvernementale, combinée à une participation électorale dans un contexte de fragilisation politique, pourrait exposer certains à une double déconvenue : rester en dehors des cercles de décision tout en éprouvant des difficultés à conserver leur influence dans les urnes. La tentation serait donc grande de maintenir une certaine visibilité dans le débat public, de multiplier les interpellations et de rappeler au pouvoir que certaines personnalités restent disponibles pour participer à la nouvelle architecture institutionnelle. La question du vice-président devient ainsi, pour certains observateurs, un possible instrument de repositionnement politique. Mais cette stratégie comporte un risque. À force de réclamer une nomination présidentielle, certains opposants pourraient finir par brouiller la frontière entre leur rôle dans l’opposition et leur disponibilité à rejoindre le pouvoir. Car l’opposition ne saurait se réduire à une antichambre du gouvernement, encore moins à un espace dans lequel on attend patiemment que le chef de l’État distribue les responsabilités. Une formation politique qui aspire à conquérir des sièges au Parlement et dans les exécutifs municipaux doit d’abord convaincre les électeurs, présenter une vision et construire une implantation. Elle ne peut durablement substituer l’attente d’une promotion institutionnelle à la préparation d’une échéance électorale. Au fond, la question n’est peut-être pas seulement de savoir pourquoi certains réclament aujourd’hui la nomination du vice-président. Elle est aussi de comprendre ce que révèle cette insistance sur leurs véritables priorités politiques. À l’approche de 2027, certains semblent pris entre deux attentes : celle d’un décret présidentiel qui pourrait leur ouvrir les portes du gouvernement et celle des électeurs qui, bientôt, seront appelés à renouveler leurs représentants. Or, dans cette double attente, le temps politique ne joue pas nécessairement en faveur de ceux qui tardent à choisir leur véritable terrain de combat. Car il existe une différence fondamentale entre vouloir participer à la gestion du pouvoir et être capable de convaincre les citoyens de vous confier leur représentation. Et c’est peut-être cette différence que les prochaines élections permettront de mesurer. MMINews You can help support our work through the link below
Mis à jour Il y a 1h