Charles Armel Mbatchou : « quelle est l’image que les chefs traditionnels renvoient aujourd’hui ? »
La place et la responsabilité des chefs traditionnels dans les sociétés africaines continuent d’alimenter le débat public. Dans une tribune publiée cette semaine, le journaliste et analyste politique Charles Armel Mbatchou appelle à un retour aux valeurs fondatrices de la chefferie traditionnelle...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actuelmercredi 17 juin 2026 à 07:53

La place et la responsabilité des chefs traditionnels dans les sociétés africaines continuent d’alimenter le débat public. Dans une tribune publiée cette semaine, le journaliste et analyste politique Charles Armel Mbatchou appelle à un retour aux valeurs fondatrices de la chefferie traditionnelle, qu’il présente comme un pilier de la cohésion sociale et de la justice au sein des communautés. « LE CHEF TRADITIONNEL AFRICAIN : GARDIEN DU PEUPLE, PROTECTEUR DE LA MÉMOIRE ET SENTINELLE DE LA JUSTICE L’Afrique a bâti ses civilisations autour de valeurs profondes où l’autorité ne se résume pas à l’exercice du pouvoir, mais repose avant tout sur le devoir de protection. Au cœur de cet héritage se trouve le chef traditionnel, figure centrale de la communauté, dépositaire de la sagesse ancestrale et garant de l’équilibre social. Dans nos traditions, le chef n’est pas un simple administrateur. Il est le parapluie du village. Il protège les siens contre les tempêtes, veille sur les plus faibles et assure la cohésion entre les familles. Il est le père des orphelins, le mari des veuves, le refuge des sans-voix et le gardien de la paix. Son autorité n’est légitime que lorsqu’elle est mise au service du peuple. Quelle est l’image que les chefs traditionnels renvoient aujourd’hui ? J’ai honte… Le chef traditionnel est celui qui couvre son village des quatre côtés afin que chacun puisse dormir en paix. Il porte sur ses épaules les inquiétudes de son peuple et doit connaître la part de parole de chacun. Son rôle consiste à écouter, arbitrer, réconcilier et prendre les décisions qui permettent à la communauté de demeurer solide face aux épreuves. Dans la conception africaine du pouvoir, gouverner n’est pas dominer ; gouverner, c’est servir. Le chef est comptable devant les ancêtres, devant Dieu et devant le peuple qui lui a été confié. Lorsqu’il protège, il honore sa mission. Lorsqu’il trahit, il rompt le pacte sacré qui l’unit à sa communauté. C’est pourquoi nos traditions ont toujours considéré que le chef qui devient une menace pour son propre peuple perd la substance même de sa fonction. On voit aujourd’hui : – Des chefs qui bagarrent pour une affaire de petite fille – Des chefs qui se font insulter et mépriser par des filles qu’ils ont utilisé sexuellement – Des chefs qui vont en boîte de nuits saoulent et collent les petites – Des chefs affamés qui mangent désormais dans les restaurants à ciel ouvert – Des chefs qu’ont arrêtent dans les hôtels pour factures impayées – Des chefs qui abandonnent leur chefferie et royaume pour des tournées inutiles en Europe N’importe quoi. Si le village ne dort plus en paix à cause de celui qui devait le protéger, alors c’est tout l’ordre moral qui est remis en cause. Car le pouvoir traditionnel ne trouve sa noblesse que dans la justice, la droiture et l’amour du peuple. L’Afrique a besoin de chefs qui inspirent la confiance, défendent les plus vulnérables et incarnent l’exemplarité. Les populations n’attendent pas seulement des chefs qu’ils préservent les coutumes ; elles attendent d’eux qu’ils soient les gardiens de la dignité humaine et les sentinelles de la justice. Comme l’a si justement rappelé le Fo’o SOKOUDJOU : « Tu ne peux pas être le gardien de la maison et c’est encore toi le voleur. » Cette phrase résume à elle seule l’essence de la chefferie traditionnelle africaine. Celui qui reçoit la mission de protéger ne peut devenir celui qui menace. Celui qui reçoit la confiance du peuple ne peut être celui qui la trahit. À une époque où les sociétés africaines sont confrontées à de nombreux défis, le chef traditionnel demeure un repère indispensable. Mais cette importance s’accompagne d’une responsabilité immense : celle d’être, chaque jour, au service de la vérité, de la justice et du bien commun. Armel MBATCHOU Journaliste engagé Analyste politique et chroniqueur Historien d’art »
Mis à jour 17 juin