Comprendre la « Nécropolitique » d’Achille Mbembe : quand le pouvoir s’exprime par la mort
Le concept de « nécropolitique », théorisé par le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe en 2003, est l’une des contributions les plus fulgurantes de […]
ActuCamerounPar Armand Djaleuvendredi 16 octobre 2026 à 13:27

La nécropolitique ne se résume pas à l’acte physique de tuer ; elle englobe la création de structures sociales et politiques qui condamnent des pans entiers de l’humanité à une mort vivante. La création de « mondes de mort » : Ce sont des espaces géographiques ou sociaux où des populations nouvelles et uniques subissent des conditions de vie qui leur confèrent le statut de « morts-vivants » (ex: les camps de réfugiés, les zones de guerre, ou les ghettos). La déshumanisation et le racisme : Le racisme est le moteur principal de la nécropolitique. Il sert de filtre pour déterminer quelles vies ont de la valeur et quelles vies sont jetables, superflues ou considérées comme des menaces directes. La fragmentation territoriale : Le pouvoir nécropoliitique détruit les infrastructures et fragmente l’espace (checkpoints, murs, blocus) pour empêcher l’autonomie et le mouvement des populations ciblées. Les laboratoires historiques de la mort Selon Mbembe, la nécropolitique n’est pas une invention moderne, mais trouve ses racines historiques dans deux grands laboratoires. L’esclave est la figure originelle du mort-vivant. Il subit une mort sociale, est dépossédé de son corps, de son humanité et de sa volonté, devenant une simple marchandise prolongeant la vie du maître. Les colonies étaient des zones d’exception où les lois de l’État de droit ne s’appliquaient pas. La violence y était légitime, et les populations colonisées étaient traitées comme des sauvages, exclues du domaine de la vie humaine « valable ». Les manifestations contemporaines Aujourd’hui, le concept de Mbembe s’applique à de nombreuses réalités globales, notamment, la gestion des frontières (Nécropouvoir migratoire). Laisser des milliers de migrants se noyer en mer Méditerranée ou mourir dans des déserts relève d’une politique de laisser-mourir délibérée. La guerre moderne, n’est pas en reste, l’utilisation de drones, l’externalisation de la guerre à des milices privées et les frappes chirurgicales dépersonnalisent la mort et transforment des populations civiles en « dommages collatéraux » permanents.
Mis à jour 16 oct.