Ebola au Cameroun : avant de financer Manaouda, Paul Biya doit regarder le Covidgate
Le Cameroun se prépare à faire face à Ebola. Le ministre de la Santé, Manaouda Malachie, a présenté son plan, ses sept mesures, sa feuille de route budgétisée. Il demande de l’argent. Mais avant que Paul Biya ne signe le moindre chèque, une question s’impose : peut-on confier de nouveaux fonds d’...
237onlinePar Alain-Claude Ndomdimanche 1 novembre 2026 à 20:00

Le Cameroun se prépare à faire face à Ebola. Le ministre de la Santé, Manaouda Malachie, a présenté son plan, ses sept mesures, sa feuille de route budgétisée. Il demande de l’argent. Mais avant que Paul Biya ne signe le moindre chèque, une question s’impose : peut-on confier de nouveaux fonds d’urgence à l’homme qui portait la responsabilité politique du ministère de la Santé pendant le Covidgate ? Ce que le Covidgate a révélé, et que personne n’a oublié Les faits ne datent pas d’hier, mais ils n’ont jamais été lavés. En mai 2021, la Chambre des Comptes de la Cour Suprême rend public un rapport de 171 pages qui énumère trente fautes de gestion contre les ministres de la Santé et de la Recherche scientifique. Manaouda Malachie y est « particulièrement indexé ». Le rapport pointe des surfacturations, des conflits d’intérêts et de nombreuses violations des règles. Le préjudice est chiffré. Sur les 180 milliards de FCFA mobilisés pour la riposte, une part substantielle s’est volatilisée. L’exemple des tests de dépistage est resté dans les mémoires : la société Mediline Medical Cameroun, « proche du ministre de la Santé publique », a bénéficié d’un quasi-monopole. Les tests achetés à 17 500 FCFA l’unité coûtaient 10 415 FCFA de plus que le prix fabricant, une perte de 14,5 milliards de FCFA pour l’État. Pendant ce temps, plus de 2 600 soignants ont été infectés et 39 sont morts. Les primes promises n’ont pas été versées. Et ce n’est pas tout. Le ministère des Finances a dû relancer le Minsanté à plusieurs reprises pour obtenir les pièces justificatives de 45,9 milliards de FCFA d’avances de trésorerie consenties pour la riposte. Des dépenses payées en avance, jamais régularisées, dont on ne sait toujours pas, à ce jour, ce qu’elles sont devenues. Le rapport d’exécution du Fonds Covid-19 cite explicitement « la non régularisation par le ministère de la Santé » de ces sommes. La justice avance, mais le ministre, lui, reste en place Les conséquences judiciaires ont fini par tomber, mais elles ont épargné le sommet. En mars 2025, le parquet a requis dix ans de déchéance contre quatre hauts fonctionnaires du ministère de la Santé pour un marché de construction d’un centre d’isolement à Ngaoundéré, d’une valeur de 278 millions de FCFA. Les irrégularités étaient flagrantes : commission de réception composée de membres « techniquement incompétents », validation ne correspondant pas aux documents officiels, avances sur travaux au-delà des normes. Des fonctionnaires risquent leur carrière. Manaouda Malachie, lui, est toujours ministre. La pression internationale, elle, ne faiblit pas. En juillet 2025, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a ordonné au Cameroun de rembourser 1,3 million d’euros, soit environ 852 millions de FCFA, pour des dépenses inéligibles et un « usage grotesque » des fonds Covid-19. Le nom du ministère de la Santé publique, « dirigé par le ministre Malachie Manaouda », est cité au cœur du scandale. Le Fonds mondial a menacé de réduire de 20 % les futures subventions si le Cameroun ne remboursait pas. Une humiliation internationale. Et un signal clair : les bailleurs commencent à se lasser. Le président Paul Biya lui-même a été saisi. Selon Jeune Afrique, l’activation de la Haute Cour de justice, envisagée pour juger les ministres, pourrait rouvrir le dossier du Covidgate et « établir des responsabilités ». Le nom de Manaouda Malachie est cité dans les soupçons de malversations. Paul Biya a le dossier sur son bureau. Il sait. Il choisit de ne pas voir. Le précédent Ebola de 2026 : un appel à financer, sans garanties L’argument du ministre est toujours le même : prévenir avant que l’urgence ne s’impose. Soit. Mais le Cameroun a déjà entendu cette chanson. En juin 2026, Manaouda Malachie a présidé une réunion de bilan sur la riposte Ebola, appelant solennellement les partenaires techniques et financiers à la mobilisation. En octobre 2026, il a annoncé sept mesures prioritaires et une « feuille de route budgétisée » soumise à la Primature. Le discours est rodé. Les mots sont propres. L’argent, lui, reste un mystère. Car le problème n’est pas de savoir si le Cameroun a besoin d’argent pour se préparer à Ebola. La menace est réelle, la RDC voisine connaît des flambées, le Nigeria a confirmé un cas en octobre 2026. Le pays a besoin de laboratoires, de surveillance épidémiologique, de coordination transfrontalière. Tout le monde est d’accord. Mais confier ces fonds au ministère qui a déjà laissé filer des milliards sans justification, c’est reproduire l’erreur. C’est simple. Un député, Jean-Michel Nintcheu, avait dénoncé dès 2020 des « détournements en masse et en bandes organisées » sur le compte d’affectation Covid-19. Manaouda avait qualifié ces accusations d’« infondées ». Six ans plus tard, les rapports de la Cour Suprême, du Fonds mondial et du ministère des Finances disent le contraire. Le ministre, lui, n’a jamais remboursé, jamais expliqué, jamais été inquiété. On attendait mieux. Paul Biya peut financer la prévention Ebola. Il le doit, même. Mais il peut le faire sans passer par les mains de Manaouda Malachie. Confier de nouveaux fonds d’urgence au ministre qui a laissé le Covidgate impuni, c’est signer un chèque en blanc à un système qui a déjà prouvé qu’il savait détourner l’argent des malades. Le président a le choix. La balle est dans son camp. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
Mis à jour Il y a 2j