École privée au Cameroun : quand un enseignant gagne à peine 65 000 FCFA face aux millions de recettes
À l’heure de la rentrée scolaire, la rémunération des enseignants des établissements privés revient au cœur du débat au Cameroun. Dans une tribune publiée à cette occasion, le journaliste Charles Chacot Chime dénonce des salaires qu’il estime particulièrement faibles au regard des frais de scolar...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actueljeudi 3 septembre 2026 à 10:47

À l’heure de la rentrée scolaire, la rémunération des enseignants des établissements privés revient au cœur du débat au Cameroun. Dans une tribune publiée à cette occasion, le journaliste Charles Chacot Chime dénonce des salaires qu’il estime particulièrement faibles au regard des frais de scolarité demandés aux familles. Selon l’auteur, certains enseignants du secondaire du secteur privé percevraient entre 50 000 et 65 000 francs CFA par mois, alors que les parents peuvent débourser jusqu’à 250 000 ou 300 000 francs CFA par enfant pour couvrir les frais de scolarité, auxquels s’ajoutent notamment l’uniforme, les livres, le transport et autres dépenses liées à la rentrée. « Où va l’argent ? », s’interroge Charles Chacot Chime, qui estime que le contraste entre les revenus des établissements et les rémunérations de certains enseignants mérite d’être davantage questionné. Lire la tribune de Charles Chacot Chime : ENSEIGNEMENT PRIVÉ. QUAND UN ENSEIGNANT DU SECONDAIRE TOUCHE MOINS QU’UNE MÉNAGÈRE. Bienvenue dans l’école-business. C’est la rentrée. Les parents sortent les calculatrices. Inscription, pension, uniforme, livres, transport… La facture peut facilement atteindre 250 000 ou 300 000 francs CFA par enfant dans certains établissements privés. Et celui qui va enseigner à cet enfant ? 50-65 000 francs par mois. Oui. 65 000. Le professeur prépare ses cours, corrige les copies, surveille les examens, supporte les humeurs des élèves et les exigences des parents. Il arrive parfois en classe avec ses propres soucis : loyer, transport, nourriture, enfants à scolariser. Mais il doit sourire. Parce qu’on lui répète que « l’école a beaucoup de charges ». Curieusement, les charges sont toujours nombreuses quand il faut payer l’enseignant. Elles semblent beaucoup moins nombreuses lorsqu’il faut construire une nouvelle maison, acheter une nouvelle voiture ou ouvrir un nouvel établissement. Évidemment, toutes les écoles privées ne fonctionnent pas ainsi. Beaucoup de promoteurs investissent, prennent des risques et respectent leur personnel. Mais certains ont transformé l’éducation en véritable machine à encaisser. 500 élèves à 250 000 francs : 125 millions de francs de recettes brutes. Et pourtant, celui qui fait tourner la machine peut rester à 65 000 francs par mois pendant 10 ans. Alors une question, toute simple, mérite d’être posée : Où va l’argent ? Nous avions déjà parlé de ces fortunes qui se construisent parfois sur le travail et la précarité des enseignants. À la rentrée, le sujet revient avec une évidence brutale. Le problème n’est pas qu’un fondateur d’école gagne de l’argent. Le problème, c’est de s’enrichir en maintenant ceux qui fabriquent les résultats dans la pauvreté. Parce que derrière chaque excellent taux de réussite affiché sur une banderole, il y a des enseignants. Derrière chaque mention « 100 % au bac », il y a des nuits de préparation, des corrections, des conseils, de la patience. Le résultat est collectif. Pourquoi le bénéfice serait-il réservé à quelques-uns ? L’enseignant n’est pas une dépense à minimiser. Il est le cœur de l’école. Cette rentrée, les parents demanderont combien coûte la scolarité de leur enfant. Ils devraient aussi demander : « Et combien gagne celui qui va lui apprendre à lire, à réfléchir et à réussir ? » Parce qu’une école qui facture 300 000 francs et paie 65 000 francs à son enseignant a peut-être parfaitement compris le commerce. Mais elle a peut-être oublié l’essentiel de l’éducation ».
Mis à jour Il y a 1j