Faute d’alimentation électrique, Cimencam Figuil suspend sa production un an après l’inauguration de son usine
Un an après son inauguration officielle à Figuil, dans la région du Nord, l’usine Cimencam Figuil (Cimfig), filiale du groupe LafargeHolcim-Maroc Afrique (LHMA), est contrainte de suspendre temporairement ses opérations. En cause : les restrictions d’alimentation électrique appliquées dans le Rés...
investir au camerounPar equipeit@mediamania.pro (Investir au Cameroun Publication)mardi 9 juin 2026 à 07:181 vues

Business in Cameroon Actualités Secteurs Agriculture Assurance Education Energie Environnement Finance Mines Santé Travaux Publics Tech Agriculture Assurance Education Energie Environnement Finance Mines Santé Travaux Publics Tech Trombinoscope Docuthèque Magazines Agriculture Assurance Education Energie Environnement Finance Mines Santé Travaux Publics Tech Faute d’alimentation électrique, Cimencam Figuil suspend sa production un an après l’inauguration de son usine Commentaires - mardi, 09 juin 2026 07:18 email facebook instagram linkedin twitter (Investir au Cameroun) - Un an après son inauguration officielle à Figuil, dans la région du Nord, l’usine Cimencam Figuil (Cimfig), filiale du groupe LafargeHolcim-Maroc Afrique (LHMA), est contrainte de suspendre temporairement ses opérations. En cause : les restrictions d’alimentation électrique appliquées dans le Réseau interconnecté Nord, dans un contexte de crise énergétique persistante dans les régions septentrionales. Dans une correspondance datée du 2 juin 2026, adressée à ses clients et signée par la direction des ventes et marketing, Cimfig indique avoir été informée par Socadel d’une « crise énergétique majeure » dans la région du Nord. Cette situation a conduit, selon l’entreprise, à des mesures d’« effacement temporaire » de son site de production du Réseau interconnecté Nord. « La société Socadel, après nous avoir notifié qu’une crise énergétique majeure traverse actuellement la région du Nord, a pris des mesures pour s’assurer de l’effacement temporaire de notre site de production du Réseau interconnecté Nord », écrit Cimfig dans cette correspondance. L’entreprise précise que cette mesure, indépendante de sa volonté, affecte directement l’alimentation électrique de son usine et l’oblige à observer « un arrêt temporaire non programmé de l’ensemble de ses opérations sur ce site pour une période indéterminée à ce jour ». Une crise énergétique qui touche désormais l’outil industriel L’arrêt de Cimfig marque une nouvelle étape dans la crise électrique du septentrion. Jusqu’ici, les tensions sur le Réseau interconnecté Nord se traduisaient surtout par des rationnements affectant les ménages et les activités économiques ordinaires. Avec l’effacement d’un site industriel stratégique, la crise touche désormais directement l’appareil productif. Selon des informations d’Eneo devenue Socadel sur la situation du service électrique dans le RIN, le système reste soumis à de fortes contraintes en raison d’un déficit d’offre lié à la baisse de production de la centrale hydroélectrique de Lagdo. Cette baisse est elle-même attribuée au déficit d’eau disponible pour la production d’électricité. La centrale de Lagdo demeure le socle du Réseau interconnecté Nord. Mais elle a atteint son seuil de saturation hydrologique depuis 2015 et ne peut plus, à elle seule, couvrir l’intégralité des besoins du réseau, même lorsque son réservoir est plein. La contrainte actuelle ne relève donc pas seulement d’une défaillance ponctuelle, mais d’un déséquilibre plus profond entre la demande régionale et les capacités effectivement mobilisables. Lagdo opérationnelle, mais insuffisante face à la demande En mars derniers, Eneo indiquaient que les quatre groupes de la centrale de Lagdo etaient opérationnels. Les expertises et analyses d’auscultation confirment également la stabilité et la fiabilité de l’ouvrage, ce qui écarte l’hypothèse d’une crise liée principalement à la vétusté de l’infrastructure. Du point de vue du concessionnaire du service public de l’électricité, le problème est ailleurs : la centrale dépend d’un réservoir unique, dont le remplissage reste tributaire des aléas climatiques. En période de faible pluviométrie, la production hydroélectrique se contracte, obligeant les opérateurs à arbitrer entre continuité de service, préservation de l’outil de production et recours aux sources d’appoint. Cette contrainte explique les mesures de rationnement et d’effacement mises en œuvre sur le réseau. D’après les éléments d’Eneo, des accords d’effacement ont été conclus avec certains industriels afin de réduire leur consommation sur des tranches horaires données, notamment au profit des ménages et de la stabilité du système. Une demande en forte croissance La pression sur le RIN s’explique aussi par l’augmentation continue de la demande. Le réseau dessert aujourd’hui près de 250 000 clients en basse et moyenne tension. Cette clientèle aurait progressé en moyenne de 10 à 12 % par an, dans des proportions comparables à celles de la demande électrique. Face à cette progression, la puissance installée du Réseau interconnecté Nord a certes plus que doublé en dix ans, passant de 76 MW en 2015 à 172 MW en 2026. Le réseau s’appuie désormais sur un mix comprenant une centrale hydroélectrique, six centrales thermiques et deux centrales solaires. Mais cette diversification ne suffit pas encore à absorber durablement les tensions, surtout lorsque Lagdo, principale source d’alimentation, voit sa production limitée par le niveau d’eau. La crise actuelle met ainsi en évidence les limites d’un système encore largement dépendant de l’hydrologie, malgré les renforcements engagés depuis 2016. Un investissement industriel exposé au risque énergétique Pour Cimfig, l’arrêt intervient à un moment particulièrement sensible. L’usine de Figuil devait contribuer à renforcer l’approvisionnement en ciment dans les régions septentrionales et à rapprocher la production des marchés du Grand Nord. Portée par Cimencam, filiale du groupe LafargeHolcim Maroc Afrique, l’unité représente un investissement annoncé d’environ 50 milliards de FCFA. Elle est conçue pour porter la capacité de production du site à 500 000 tonnes de ciment par an et produire jusqu’à 1 000 tonnes de clinker par jour. Sa suspension temporaire pose donc une question centrale : celle de la résilience énergétique des investissements industriels dans les zones où l’offre électrique reste structurellement contrainte. Pour une industrie comme le ciment, fortement consommatrice d’énergie, la stabilité de l’approvisionnement électrique conditionne directement la continuité de la production, la maîtrise des coûts et la capacité à servir les marchés. Dans sa correspondance, Cimfig indique avoir mobilisé ses équipes commerciales et logistiques afin de limiter les perturbations pour ses clients. L’entreprise affirme également travailler avec les autorités publiques et ses partenaires techniques en vue d’une résolution rapide de la crise et du rétablissement de la pleine capacité de ses unités industrielles. Alerte pour l’industrialisation du Grand Nord Au-delà du cas de Cimfig, cet arrêt temporaire constitue un signal d’alerte pour la politique industrielle dans le Grand Nord. Il montre que l’industrialisation des régions septentrionales ne dépend pas seulement des annonces d’investissement ou de l’implantation de nouvelles unités de production. Elle repose d’abord sur la disponibilité d’une énergie stable, prévisible et compétitive. Les perspectives identifiées pour sécuriser le RIN vont dans ce sens : finalisation de la deuxième phase des projets solaires de Maroua et Guider, suivi du projet hybride de Bini à Warack, interconnexion des réseaux Sud et Nord, et poursuite du plan de fiabilisation de la centrale de Lagdo. Mais ces réponses relèvent pour l’essentiel du moyen terme. Dans l’immédiat, la suspension de Cimfig rappelle que le déficit énergétique du Nord n’est plus seulement un problème de confort domestique ou de qualité de service. Il devient un risque économique direct pour les investissements productifs, l’emploi industriel et la sécurité d’approvisionnement des marchés régionaux. L’épisode de Figuil illustre ainsi une réalité plus large : sans sécurisation rapide et durable de l’offre énergétique, l’ambition industrielle du Grand Nord restera exposée aux fragilités du Réseau interconnecté Nord. Amina Malloum Lire aussi : 13-06-2025 - Ciment et clinker : grâce à CIMFIG et sa nouvelle ligne de production, Cimencam veut conquérir le marché tchadien . 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Mis à jour 9 juin