Féminicides au Cameroun : 76 femmes tuées en 2026, avocats et ONG réclament une loi spécifique
Au Cameroun, 76 féminicides ont été recensés depuis le début de l’année. Face à la recrudescence des violences domestiques, avocats et ONG demandent une loi spécifique et un meilleur accès à la justice pour les victimes.
dw.comdimanche 1 novembre 2026 à 01:303 vues

Face à une recrudescence des violences domestiques, le Cameroun a enregistré 76 féminicides depuis le début de l’année 2026. Avocats, défenseurs des droits humains et autorités appellent à renforcer la protection des femmes et à lutter contre l’impunité qui entoure encore ces crimes. Une situation alarmante La sécurité des femmes au Cameroun traverse une période particulièrement préoccupante. Selon les chiffres communiqués par les autorités, 76 féminicides ont été recensés depuis le début de l'année 2026. Face à cette violence domestique, les appels à la vigilance se multiplient. Maître Alfred Noupibon, avocat au Barreau du Cameroun, rencontré au Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, insiste sur la responsabilité collective : "Vous voyez l'époux dire "si tu me tentes, je vais te tuer"… et nous avons eu régulièrement à vivre ces cas, assure l'avocat. Dès que vous êtes informés, n'hésitez pas à dénoncer auprès d'une autorité. Allez directement dans un commissariat ou dans une gendarmerie le signaler, parce que si vous ne réagissez pas, il y a aussi le code pénal qui sanctionne ceux qui sont restés passifs. Et on parle donc d'omission de porter secours à une personne en danger." Une législation jugée insuffisante Pour de nombreux acteurs du secteur judiciaire, la réponse pénale actuelle ne prend pas suffisamment en compte la spécificité des féminicides. Selon Maître Alfred Noupibon, certaines décisions judiciaires tiennent compte de circonstances atténuantes liées à l'état émotionnel de l'accusé, alors que des peines lourdes sont prévues en cas de meurtre. Dans ce contexte, plusieurs voix réclament l'adoption d'une législation spécifique. Maître Hamadou Haman, avocat au Barreau du Cameroun, souligne les limites du cadre juridique actuel. "On se réfère pour le moment uniquement au corpus législatif, le Code pénal camerounais, qui réprime les infractions de meurtre et d'assassinat. Mais des voix s’élèvent pour qu'il y ait une loi spéciale réprimant les cas de féminicide." Les féminicides en hausse au Kenya To view this video please enable JavaScript, and consider upgrading to a web browser that supports HTML5 video L'accès à la justice reste difficile Au-delà du cadre législatif, l'accès à la justice reste l'un des principaux obstacles pour les victimes de violences domestiques. Beaucoup d'entre elles hésitent encore à dénoncer les faits. Pour Cyrille Rolande Bechon, directrice de l'organisation Nouveaux droits de l'Homme - Cameroun (NDH-Cameroun), la sensibilisation est essentielle pour combattre l'impunité. "Etant donné que les questions de violences domestiques, de féminicides, la plupart du temps, sont des violences commises dans des cadres fermés et par des proches, les victimes peinent à rechercher la justice formelle. C’est dans ce cadre-là, aussi, que nous faisons ce travail de sensibilisation pour rappeler aux victimes qu’elles ont le droit de dénoncer ce qui leur arrive." L'organisation rappelle aux femmes qu'elles ne sont pas responsables des violences qu'elles subissent, mais qu'elles en sont les victimes. Une campagne nationale de sensibilisation Alors que le gouvernement déploie une campagne nationale baptisée "Stop féminicides ! Parce que chaque vie compte", les tribunaux continuent d'enregistrer les conséquences souvent dramatiques des violences au sein des foyers. La multiplication des féminicides et des violences domestiques relance ainsi le débat sur l'adoption d'un cadre juridique plus adapté, mais aussi sur la nécessité de renforcer l'accompagnement des victimes et de favoriser le signalement des situations à risque.
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