Industrie en danger : la cimenterie Cimencam Figuil à l’arrêt faute d’électricité
Cimencam Figuil, une importante cimenterie du nord du Cameroun, a suspendu ses activités en raison de pénuries d’électricité, illustrant l’aggravation de la crise énergétique qui affecte le réseau électrique du nord du pays. Dans un communiqué daté du 2 juin 2026, l’entreprise a informé ses clien...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actueljeudi 11 juin 2026 à 11:551 vues

Cimencam Figuil, une importante cimenterie du nord du Cameroun, a suspendu ses activités en raison de pénuries d’électricité, illustrant l’aggravation de la crise énergétique qui affecte le réseau électrique du nord du pays. Dans un communiqué daté du 2 juin 2026, l’entreprise a informé ses clients de la suspension indéfinie de ses activités sur le site de Figuil suite aux restrictions d’approvisionnement en électricité imposées par le concessionnaire public d’électricité, Socadel. Cette décision a entraîné l’arrêt complet de la production de clinker et de ciment dans cette usine, qui avait été mise en service récemment. Cet arrêt marque une étape importante dans la dégradation de la situation énergétique, Cimencam Figuil devenant ainsi la première installation industrielle de grande envergure à être officiellement déconnectée du réseau interconnecté du Nord. Contraintes hydroélectriques au cœur de la crise Cette perturbation est due à des limitations en amont de la principale source d’énergie du système, la centrale hydroélectrique de Lagdo. La production du barrage est limitée par la baisse des réserves d’eau, et non par une défaillance technique. Bien que ses unités de production soient déclarées opérationnelles, le réservoir reste sous pression depuis qu’il a atteint son seuil de saturation en 2015. Lors des périodes de faibles précipitations, les gestionnaires de réseau sont contraints de privilégier l’approvisionnement des ménages et la stabilité du système, souvent au détriment des consommateurs industriels. Dans certains cas, des accords de délestage ont été mis en place pour réduire temporairement la consommation industrielle. Cependant, dans le cas de Cimencam Figuil, cette mesure a dégénéré en un arrêt complet de la production. Demande croissante, capacité limitée Le réseau interconnecté du Nord continue de subir une pression croissante face à l’expansion rapide de la demande d’électricité. Le système dessert actuellement environ 250 000 clients basse et moyenne tension, la demande augmentant de 10 à 12 % par an. La capacité installée a plus que doublé au cours de la dernière décennie, passant de 76 MW en 2015 à 172 MW en 2026. Cette expansion repose sur un mix énergétique composé de sources hydroélectriques, thermiques et solaires. Cependant, la dépendance à l’égard de l’hydroélectricité du lac Lagdo demeure une vulnérabilité critique, ce qui signifie que l’instabilité de l’approvisionnement persiste à chaque baisse du niveau d’eau. Les projets d’infrastructure prévus, notamment l’extension des centrales solaires à Maroua et Guider, le projet hybride Bini à Warack, l’interconnexion des réseaux du sud et du nord, et les travaux de réhabilitation du lac Lagdo, devraient améliorer la résilience. Toutefois, ces initiatives restent des solutions à moyen et long terme et ne permettent pas de remédier aux perturbations immédiates auxquelles sont confrontés les opérateurs industriels. Un investissement de 50 milliards de FCFA mis à rude épreuve Cette suspension est particulièrement préoccupante compte tenu de l’ampleur de l’investissement dans la cimenterie de Figuil, estimé à environ 50 milliards de FCFA. L’usine a été conçue pour produire jusqu’à 500 000 tonnes de ciment par an et 1 000 tonnes de clinker par jour, dans le but de renforcer l’approvisionnement des marchés du nord du Cameroun et de potentiellement soutenir les exportations vers le Tchad voisin. Pour les industries énergivores telles que la production de ciment, la stabilité de l’approvisionnement en électricité est un facteur déterminant de la viabilité opérationnelle, de la rentabilité et de la fiabilité contractuelle. L’arrêt prolongé de la production d’électricité soulève des inquiétudes quant à la viabilité de l’expansion industrielle dans les régions où l’approvisionnement en électricité demeure structurellement limité. Signal d’alarme pour les investisseurs industriels Au-delà des pertes de production immédiates, cet arrêt de production envoie un signal plus large concernant les risques d’investissement dans le nord du Cameroun. L’instabilité du réseau interconnecté du Nord n’est plus perçue comme un simple problème de service national, mais comme une menace directe pour la croissance industrielle, l’emploi et la compétitivité économique régionale. La crise actuelle met en lumière un fossé grandissant entre les ambitions industrielles du Cameroun et la fiabilité de son infrastructure énergétique. * Traduit de l’anglais par la rédaction
Mis à jour 11 juin