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Jean-Pierre Bekolo : « la victoire des Lionnes est en train de devenir une affaire d’État »

Le sacre historique des Lionnes indomptables, premières championnes d’Afrique de football féminin, est devenu le point de départ d’une réflexion de Jean-Pierre Bekolo sur la longue absence du président camerounais Paul Biya et l’attente entourant son retour au pays. Dans un texte intitulé « La pr...

Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actueljeudi 20 août 2026 à 04:171 vues
Jean-Pierre Bekolo : « la victoire des Lionnes est en train de devenir une affaire d’État »
Le sacre historique des Lionnes indomptables, premières championnes d’Afrique de football féminin, est devenu le point de départ d’une réflexion de Jean-Pierre Bekolo sur la longue absence du président camerounais Paul Biya et l’attente entourant son retour au pays. Dans un texte intitulé « La preuve par les Lionnes », le cinéaste estime que la victoire de la sélection féminine dépasse désormais le seul cadre sportif et prend une dimension politique. Selon lui, les joueuses, revenues à Yaoundé après leur titre continental remporté au Maroc, se retrouvent malgré elles au centre d’une séquence destinée à démontrer que le chef de l’État « est au contrôle », alors que son absence prolongée suscite interrogations et commentaires. Lire la tribune de Jean-Pierre Bekolo : « LA PREUVE PAR LES LIONNES Les Lionnes indomptables viennent de gagner la Coupe d’Afrique de football. Elles ont fait un vrai retour triomphal puisque de leur départ personne ne s’en souvient. Le peuple les a accueillies comme des héroïnes. Mais au Cameroun de Paul Biya tout est politique et la politique en ce moment c’est de prouver que Paul Biya est au contrôle. Voilà comment la victoire des Lionnes est en train de devenir une affaire d’État. Car il faut maintenant prouver que tout va bien. Que tout est normal. Que le président Paul Biya existe bel et bien malgré ses 93 ans, malgré sa longue absence, malgré les rumeurs, malgré les interrogations, malgré cette étrange attente nationale autour de son éventuel retour. Alors les Lionnes qui ont déjà fait leur part doivent attendre. Elles attendent, logées dans un hôtel de la ville. Elles attendent de savoir quand elles pourront présenter le trophée à qui de droit. Elles attendent que le président revienne pour que leur victoire puisse enfin être célébrée au sommet. Le peuple leur a déjà réservé un accueil dans les rues de Yaoundé ; les autorités aimeraient tant qu’elles contaminent au président cette même allégresse populaire à son retour. Et c’est là que commence le véritable spectacle. Le ministre des Sports, qui aurait pu recevoir immédiatement les championnes et leur dire simplement : « Vous avez gagné pour le Cameroun, nous sommes fiers de vous », se retrouve pris dans une situation ubuesque. Car recevoir les Lionnes sans le président, n’est-ce pas risquer de lui voler la vedette ? Qui est fou ? Et si le président revenait demain, après une si longue absence, comment expliquer que les Lionnes aient déjà été célébrées par lui ? Lui qui ? Alors il faut attendre. Attendre le président. Attendre son retour. Attendre surtout que la date soit fixée. Attendre que le pouvoir sache lui-même quand aura lieu l’événement qu’il présente pourtant comme la preuve que tout est normal. Les Lionnes deviennent malgré elles un test de normalité du régime. La télévision nationale prépare la couverture de cet événement du retour triomphal du président par une mobilisation sans précédent. Les Lionnes, elles, ont déjà fait leur part. Elles ont joué. Elles ont gagné. Elles ont ramené la Coupe à la maison. Ce que le Cameroun attend maintenant, c’est le retour du président. Un retour lui aussi triomphal. Parce qu’il aura une fois encore triomphé de l’absence, de l’âge, des rumeurs et peut-être même de la mort. Pour dire que Paul Biya a lui aussi joué, joué le match de sa vie, un contre le temps, un contre la fin. La fin d’un monde, celui de ses créatures celui des petits privilèges. Paul Biya a lui aussi gagné, ce match contre les Camerounais, les membres du gouvernement ont gagné, ils ne vont pas devoir partir… Donc on attend. On attend Paul Biya. Paul Biya ne vient pas… Et pendant que les Lionnes attendent à l’hôtel, le ministre des Sports et tout le système de Yaoundé jouent à la roulette russe. Après avoir imposé à Paul Biya une énième candidature à la présidence, l’élite qui en profite impose une cérémonie de plus à un homme de 93 ans qui ne sort plus qu’une fois par an, le 20 mai, pour la fête nationale. Pourquoi ? Pour prouver que la République acéphale a bel et bien quelqu’un à la tête ? N’est-ce pas qu’à force de vouloir prouver que tout est normal, on finit par rendre visible tout ce qui ne l’est pas ? »
Mis à jour 20 août
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