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Les huit grands dilemmes: comment investir sans maux de ventre

Les investisseuses et investisseurs recherchent souvent la stratégie parfaite. Or, celle-ci n’existe pas. Philipp Merkt, Chief Investment Officer chez PostFinance, explique comment résoudre des dilemmes épineux en matière de placement et se constituer un patrimoine sur les marchés financiers avec...

Le TempsPar NZZ Story Labvendredi 23 octobre 2026 à 05:531 vues
Les huit grands dilemmes: comment investir sans maux de ventre
Investir pourrait être tellement simple, s’il n’y avait cette incertitude permanente. Nombre d’investisseuses et d’investisseurs se laissent guider par l’espoir qu’il existe une stratégie de placement idéale, une recette miracle qui garantisse des rendements maximaux tout en éliminant tout risque. Mais chercher cette dernière, c’est courir après son ombre. «Il n’existe tout simplement pas de solution objectivement correcte», souligne Philipp Merkt, Chief Investment Officer (CIO) chez PostFinance. Contrairement à la nature, les marchés financiers ne suivent pas de lois rigides. On ne peut ni les calculer comme un mouvement d’horlogerie, ni les prédire à 100%. De fait, les investisseuses et investisseurs évoluent dans un environnement d’incertitudes permanentes, modelé par les crises géopolitiques, les décisions relatives aux taux d’intérêt, les réflexes psychologiques et les fluctuations imprévisibles du marché. C’est précisément là qu’apparaissent les dilemmes classiques de placement, des situations qui n’ont pas de réponse univoque car des objectifs différents mais légitimes se télescopent: faut-il miser sur un rendement maximal ou renoncer aux sensations fortes? La meilleure stratégie est rarement la meilleure sur le plan théorique ou mathématique, mais plutôt celle qui convient aux conditions de vie personnelles et que l’on peut maintenir avec discipline, même en période de turbulences. Comprendre les huit dilemmes les plus fréquents permet de s’épargner des maux de ventre. 1. Trouver le moment propice: se lancer ou attendre? La recherche du moment idéal pour se lancer est illusoire. Même les professionnels chevronnés ne parviennent pas à prédire avec précision les hauts et bas du marché. Attendre que la situation boursière semble calme pour investir, c’est donc laisser passer un temps précieux. «Le «time in the market» est plus décisif que le «market timing»», résume M. Merkt. En d’autres termes, en investissant son argent longtemps, on peut saisir davantage d’occasions qu’en essayant de trouver le moment idéal pour acheter. Pour les investisseuses et investisseurs qui disposent d’un montant important mais craignent des chutes de cours, le mieux est de répartir la somme. En revanche, celles et ceux qui choisissent d’investir un montant actuellement disponible de manière progressive sur dix ans réduisent en fait de moitié leur durée de placement et leur rendement moyen. Pour l’épargne régulière, un plan d’épargne automatique prend en charge cette tâche. Il profite des fluctuations des cours et achète plus de participations lorsque les prix sont bas et moins lorsqu’ils sont élevés. L’inflation rampante a tendance à réduire le pouvoir d’achat sur le compte épargne, alors que les placements peuvent offrir des perspectives de rendement plus élevé à long terme. 2. Risque et rendement: plus de revenus ou un sommeil tranquille? Le rendement et le risque sont les revers d’une même médaille; l’un n’existe pas sans l’autre. Pour obtenir plus de rendement, il faut accepter des fluctuations plus fortes dans le dépôt. Si l’on met de côté les micro-intérêts actuels, il n’existe pas de rendement sans risque pour les investissements en francs. Au moment de choisir son niveau de risque, deux facteurs se heurtent souvent: la capacité de risque financière et la tolérance subjective au risque. Le premier se mesure en chiffres, le second relève de la psychologie pure. Lorsque le seuil personnel de tolérance au risque est dépassé, cela peut conduire à prendre de mauvaises décisions sous le coup de l’émotion dans les moments les plus défavorables, et se retrouver par exemple à vendre lors d’un mouvement de panique. «Si le risque empêche de dormir, c’est qu’il est trop élevé», avertit l’expert financier. Trouver le bon équilibre n’est possible que si la stratégie de placement évite les nuits blanches tout en offrant un potentiel de rendement suffisant pour atteindre les objectifs visés. 3. Fonds passif ou actif: les ETF sont-ils la panacée? Les Exchange Traded Funds (ETF) passifs ont conquis le monde de la finance. Répliquant des indices d’actions tels que le S&P 500, ils sont nettement plus avantageux que les fonds de placement classiques et offrent une base transparente. Sur les grands marchés à haute efficacité, les gestionnaires actifs ont souvent du mal à surperformer durablement un indice plus large après déduction de tous les frais. C’est là que les ETF s’avèrent avantageux. Le spécialiste des placements déconseille toutefois de considérer les ETF comme la panacée. Là encore, une diversification suffisante est de mise: quiconque achète par exemple un ETF sur le SMI investit son argent dans seulement 20 entreprises, soit une concentration forte sur quelques valeurs. Le MSCI World n’est pas non plus aussi diversifié qu’il le paraît: «Il se compose à environ 72% de titres américains», précise Philipp Merkt. Ce n’est pas parce qu’un dépôt inclut un FNB qu’il est automatiquement sans risques. M. Merkt recommande donc de se constituer un portefeuille large et adapté à sa propre tolérance au risque pour les ETF aussi. Car ce n’est pas l’enveloppe du placement qui est déterminante, mais ce qu’elle contient. Au bout du compte, le risque dépend des placements sous-jacents. 4. Le bon mélange: quelle classe d’actifs l’emporte? Qu’il s’agisse des actions, de l’immobilier, des obligations, de l’or ou des liquidités, essayer de déterminer la meilleure classe d’actifs, c’est suivre une mauvaise piste. En effet, aucune catégorie ne brille dans toutes les phases du marché. Selon le responsable des placements de PostFinance, il faut se représenter son portefeuille comme une équipe de football: Les actions sont les attaquants. Elles affichent la croissance la plus forte à long terme, mais sont les plus susceptibles de se retrouver hors jeu. Les obligations constituent la défense. Elles fournissent des revenus d’intérêts fiables et interceptent les attaques. L’immobilier maintient le jeu au centre du terrain et assure des revenus réguliers. L’or tient lieu de gardien de but et sert de protection en cas de crise grave. Les liquidités sont les remplaçants sur le banc de touche: toujours prêtes à entrer en action, elles sont importantes pour être en mesure de saisir les occasions. Les actions sont les attaquants. Elles affichent la croissance la plus forte à long terme, mais sont les plus susceptibles de se retrouver hors jeu. Les obligations constituent la défense. Elles fournissent des revenus d’intérêts fiables et interceptent les attaques. L’immobilier maintient le jeu au centre du terrain et assure des revenus réguliers. L’or tient lieu de gardien de but et sert de protection en cas de crise grave. Les liquidités sont les remplaçants sur le banc de touche: toujours prêtes à entrer en action, elles sont importantes pour être en mesure de saisir les occasions. Selon Philipp Merkt, ce n’est pas une classe d’actifs en soi qui est déterminante, mais leur combinaison intelligente, car elles évoluent différemment selon la phase de marché. Miser uniquement sur le buteur de la saison précédente est loin d’assurer la victoire au match suivant. 5. La Suisse ou l’étranger: quand le biais national est-il préjudiciable? Il est normal de miser sur la fiabilité des entreprises suisses: nous connaissons leurs produits, nous percevons notre salaire en francs et nous faisons confiance au marché national. Ces dernières décennies, avec un franc fort, les investisseuses et investisseurs détenant des titres suisses s’en sont bien sortis. Mais garder le regard rivé sur son propre pays fausse la perspective. A l’échelle mondiale, le marché suisse des actions ne représente même pas 2% de la capitalisation boursière totale. Par ailleurs, quelques poids lourds des branches alimentaire et pharmaceutique dominent le marché helvétique. En investissant exclusivement en Suisse, on passe complètement à côté de certains marchés, comme le secteur technologique mondial. Une part saine de titres suisses apporte un sentiment de sécurité, mais seule une répartition internationale permet de tirer profit des moteurs de croissance mondiaux. 6. Psychologie: suivre les prévisions ou camper sur ses positions? Les gros titres alimentent deux peurs permanentes: d’une part, la «fear of missing out» (FOMO), c’est-à-dire la peur de rater quelque chose, qui pousse à suivre des tendances déjà en forte hausse. D’autre part, la «fear of better options» (FOBO), la peur de rater une option encore plus avantageuse en prenant une décision, qui paralyse les investisseuses et investisseurs sur la ligne de touche. En général, réagir frénétiquement aux prévisions du jour et procéder sans cesse à des restructurations ne mène qu’à brûler du capital: on achète trop cher sous le coup de l’émotion, et on vend à trop bon marché sous le coup de la panique. Réagir est indispensable, en particulier lorsque les conditions de vie personnelles changent radicalement; mais pas parce que le cours de la bourse ressemble à des montagnes russes. «Fondamentalement, s’astreindre à une discipline est plus fructueux que réagir sans cesse», affirme l’expert financier. 7. Frais: quand des frais de gestion supplémentaires sont-ils utiles? Chaque franc versé au titre de frais rogne directement le rendement. Au fil des années, cette déduction atteint un montant très élevé, du fait des intérêts composés. Des frais de gestion annuels supérieurs ou inférieurs de 1% donnent lieu à des différences considérables après des décennies. Payer des frais élevés ne vaut la peine que si ces derniers apportent une réelle valeur ajoutée, par exemple un conseil professionnel – par téléphone ou en personne – qui permet d’éviter de coûteuses erreurs de raisonnement. «L’important, c’est qu’il y ait une valeur ajoutée claire», explique M. Merkt. 8. Structure du portefeuille: plutôt simple ou complexe? De nombreux produits financiers dissimulent leur fonctionnement derrière des structures imbriquées. Si l’on ne comprend pas d’emblée comment un produit gagne de l’argent et où résident les risques, il vaut mieux ne pas y toucher. Pour la plupart des investisseuses et investisseurs, une solution simple et bien diversifiée suffit amplement. Une complexité accrue est rarement la clé du succès. Quand on détient déjà 30 titres en dépôt et qu’on achète sa dixième action pharmaceutique, on n’a pratiquement plus de protection supplémentaire contre les pertes. Ce qui est déterminant n’est pas le volume même de titres individuels dans le dépôt, mais le fait que les classes d’actifs choisies réagissent le plus indépendamment possible les unes des autres. Respecter tous ces principes permet non seulement de surmonter les dilemmes de placement classiques et les maux de ventre qui en découlent, mais aussi d’éviter le plus grand piège en bourse. Car Philipp Merkt en est convaincu: «Le plus grand ennemi de l’investisseur, ce n’est pas le marché: c’est son propre comportement.» Découvrez les solutions de placement de PostFinance: www.postfinance.ch/fr/particuliers/placements
Mis à jour 23 oct.
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