Malgré la recrudescence des féminicides, la loi de protection toujours attendue à l’Assemblée nationale
Cinquante femmes tuées en quatre mois. C’est le bilan communiqué par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) devant l’Assemblée nationale, le 19 juin 2026. Sur la même période, les services du ministère ont recensé 1 599 cas de violences basées sur le genre, dont 166 ...
Le bled parle : Actu cameroun info net - Journal Cameroun Web — feedPar LMZjeudi 22 octobre 2026 à 10:331 vues

Cinquante femmes tuées en quatre mois. C’est le bilan communiqué par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) devant l’Assemblée nationale, le 19 juin 2026. Sur la même période, les services du ministère ont recensé 1 599 cas de violences basées sur le genre, dont 166 viols. Des chiffres qui donnent la mesure d’un phénomène dont les conséquences se comptent en vies humaines. Un Code des personnes et de la famille pour combler les lacunes La session de novembre attendue La situation ne s’est pas apaisée au cours des mois suivants. En août 2026, la Ligue pour l’Éducation de la Femme et de l’Enfant (LEFE) a dénombré huit femmes tuées en huit jours. Une moyenne d’un décès par jour sur cette période. Au-delà de ces drames, les violences conjugales demeurent profondément ancrées dans la société camerounaise. Selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) de 2018, 44 % des femmes ayant déjà vécu en union déclaraient avoir subi, au cours de leur vie, des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles. Le Cameroun dispose pourtant de dispositions pénales permettant de poursuivre plusieurs formes de violences. Le meurtre, l’assassinat, les coups et blessures, les menaces ainsi que le viol sont sanctionnés par la loi. L’article 296 du Code pénal prévoit notamment des peines de cinq à dix ans d’emprisonnement pour le viol, sous réserve des circonstances aggravantes prévues à l’article 298. Mais pour les organisations engagées dans la défense des femmes, ces sanctions ne suffisent pas à prévenir les drames. Entre le dépôt d’une plainte, l’intervention des autorités et l’éventuelle condamnation d’un agresseur, les victimes peuvent rester exposées au danger. La LEFE résume cette faiblesse du dispositif actuel en une formule : « La loi punit. Mais elle ne protège pas encore assez vite. » L’organisation plaide notamment pour l’adoption d’une loi globale contre les violences domestiques, la possibilité d’obtenir une ordonnance de protection en moins de 24 heures et la reconnaissance explicite du viol conjugal et du féminicide dans la législation. Elle réclame également la mise en place d’un réseau public d’hébergements d’urgence pour permettre aux femmes menacées de quitter rapidement un environnement violent. Un Code des personnes et de la famille pour combler les lacunes C’est dans cette perspective que la LEFE défend une proposition de loi portant Code des personnes et de la famille. Le texte entend renforcer la protection des femmes et des enfants, tout en établissant des règles plus claires en matière de mariage, de responsabilité parentale, de patrimoine et de succession. Son article 3 prévoit que les coutumes ne peuvent être prises en considération que lorsqu’elles respectent la Constitution, l’ordre public, la dignité humaine, l’égalité et l’intérêt supérieur de l’enfant. Une disposition destinée à empêcher que certaines pratiques traditionnelles servent à justifier des atteintes aux droits fondamentaux. La proposition fixe également l’âge minimum du mariage à 20 ans, sans possibilité de dispense, et exige le consentement libre des futurs époux. Elle interdit les mariages forcés et les mariages d’enfants. Son article 38 prévoit la reconnaissance du viol conjugal, tandis que d’autres dispositions visent le contrôle coercitif et la protection du logement familial. Le texte aborde aussi des questions qui alimentent régulièrement les conflits au sein des familles : responsabilité parentale conjointe, obligation de pension alimentaire, partage équitable des biens acquis pendant le mariage, protection du conjoint survivant et égalité successorale entre filles et garçons. Ces dispositions constituent toutefois des propositions de réforme. Elles ne doivent pas être confondues avec des mesures déjà adoptées et entrées en vigueur. La session de novembre attendue Parallèlement à cette initiative, le gouvernement travaille sur un projet de loi spécifique aux violences basées sur le genre. Selon les informations communiquées, ce texte, validé en 2024, se trouvait encore dans les services du Premier ministre en juin 2026. Son absence du débat parlementaire nourrit l’impatience des associations. Alors que les violences continuent de faire des victimes, celles-ci attendent des dispositions capables d’agir avant qu’une menace ne se transforme en meurtre. Pour les défenseurs des droits des femmes à l’instar de la LEFE, l’enjeu dépasse désormais le seul durcissement des sanctions. Il s’agit de donner aux victimes les moyens juridiques et matériels de se mettre à l’abri, sans attendre qu’une agression supplémentaire survienne.
Mis à jour 22 oct.