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Manioc Cameroun : 7 millions de tonnes, mais l’objectif reste loin

Sept millions de tonnes par an, plus de 350 000 producteurs, et pourtant le pays continue d’importer du blé pour son pain. Le manioc du Cameroun est partout dans les assiettes, mais encore trop peu dans l’industrie. Le Festival international du manioc « All Kassava », tenu à Douala du 29 octobre ...

237onlinePar Laurent Dibyjeudi 5 novembre 2026 à 06:25
Manioc Cameroun : 7 millions de tonnes, mais l’objectif reste loin
Sept millions de tonnes par an, plus de 350 000 producteurs, et pourtant le pays continue d’importer du blé pour son pain. Le manioc du Cameroun est partout dans les assiettes, mais encore trop peu dans l’industrie. Le Festival international du manioc « All Kassava », tenu à Douala du 29 octobre au 1er novembre, a remis le sujet sur la table. Les pouvoirs publics veulent faire de ce tubercule un pilier de l’import-substitution. Entre les ambitions affichées et le terrain, l’écart est grand. Une filière massive, des rendements qui font mal Le chiffre de départ est connu. Depuis 2020, la production tourne autour de sept millions de tonnes, selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader). Plus de 350 000 producteurs sont investis dans la filière. La demande nationale, elle, est estimée à environ 50 millions de tonnes, selon la FAO citée dans l’extrait. Le manioc constitue la base alimentaire de plus de 75% des Camerounais. Le problème, c’est le rendement. Il se situe autour de 10 à 15 tonnes à l’hectare, contre 40 tonnes dans certains pays africains comme le Nigeria, le Ghana et la RDC. Pour 2025, l’objectif était de 18 tonnes à l’hectare, puis 20 tonnes pour atteindre 10 millions de tonnes en 2030. On en est loin. Les pertes post-récolte aggravent le tableau. Elles sont évaluées entre 30% et 40% de la production annuelle, selon les articles. Le manioc se conserve mal. 48 heures après la récolte, s’il n’est pas transformé, il pourrit. Faute d’infrastructures de transformation, une partie de la production se perd avant d’arriver sur le marché. Dans ce contexte, comme le dit le ministre Gabriel Mbairobe, « le manioc a été défini par le gouvernement comme une filière prioritaire ». Il emprunte une formule simple : inverser la courbe des importations de blé. Les autorités ont lancé plusieurs chantiers. Une circulaire conjointe du Minader et du ministère du Commerce impose aux boulangeries d’intégrer au moins 5% de farine de manioc dans la fabrication du pain. L’Agence des normes et de la qualité (ANOR) et le Minader ont élaboré une norme (NC 6334 :2024) pour la farine de manioc panifiable. Une centaine de vitro-plants, une technique de multiplication de plants de qualité, sont aussi en préparation. Le ministre a annoncé un objectif de 200 unités de transformation. Avec elles, le pays produirait au moins 600 000 tonnes de farine de manioc par an. Un projet de laboratoire de production de vitro-plants a déjà bénéficié de plus d’un milliard de F. Le programme ne s’arrête pas là. L’usine de Ngoulemakong, dans le Sud, a été mise en service en janvier 2024, avec une capacité journalière de 20 tonnes. Elle est la première d’une série de huit usines en cours d’implantation dans le pays, notamment à Banguem, Dibombari, Lobo, Batchenga et Mvangan. En février dernier, le Minader a inauguré l’unité de la Socoapace, au Centre, à Minkoa-Lobo, spécialisée dans les pâtisseries et le pain faits à base de farine de manioc. Le projet « Manioc & Femmes dans la Zlecaf », lancé en 2023, vise une logique simple : une femme égale un hectare de manioc et 100 femmes égalent 100 hectares cultivés. L’objectif est de produire entre 150 et 200 tonnes de manioc. À terme, il doit impacter au moins 10 000 femmes. Vingt pôles agro-industriels vont voir le jour dans des bassins de production prioritaires. Des pôles ont déjà été créés à Mbalmayo, Ayos, Mbangassina, Foumbot, Awae, Mfou, Pouma, Belabo et Djoum. Ce que disent ceux qui travaillent la terre Sur le terrain, le ton change. Le mot qui revient, c’est « équipements ». Véronique Atamba, productrice et transformatrice de manioc dans le département du Lom-et-Djerem, résume la situation : « Il faut moderniser notre outil de production. » Ses terres sont fertiles, mais le désenclavement manque. Les pistes sont impraticables, et les tubercules pourrissent sur place avant d’atteindre les centres urbains. Marie Joseph Medzeme Engama, épouse Meke Soung, responsable d’association de producteurs, parle d’un manque de structuration. La filière reste embryonnaire au niveau national, dit-elle. La production est morcelée, faite de petites superficies, avec un accès limité aux semences améliorées. Yvette Doume épse Banlog, promotrice du festival et présidente de l’interprofession manioc du Cameroun, pose le vrai débat : « Le défi est de générer de la valeur ajoutée. » Le budget du plan d’action triennal de l’interprofession pour 2027-2030 s’élève à cinq milliards de F. L’interprofession a été créée en juillet dernier. Elle revendique déjà 120 organisations dans quatre régions, dont le Centre, le Sud et le Littoral. Le plus frappant, c’est la distance entre deux discours. D’un côté, des objectifs chiffrés et des normes. De l’autre, des productrices qui attendent des routes. Difficile de ne pas y voir un décalage. Les contraintes sont connues. L’accès à la terre, l’enclavement des bassins de production, une offre inférieure à la demande, le coût et l’accès au financement. Selon le Minader, un milliard et demi de F injecté par an pour résoudre ce problème ne suffit pas à lever tous les verrous. L’insuffisance et l’irrégularité de l’approvisionnement en matière première, notamment la semence, pèsent aussi. Les agriculteurs peinent à mettre la main sur des semences de qualité capables d’accroître les rendements. Les mauvaises routes rendent le transport vers les unités de transformation difficile. Mais le plus dur reste la transformation. Les équipements spécifiques coûtent cher et nécessitent une énergie stable et une maintenance. Peu de transformateurs en disposent. Les pertes post-récolte restent massives. Et l’industrialisation locale ne suit pas : les fabricants nationaux de machines agricoles et agroalimentaires ne bénéficient pas d’un véritable accompagnement dans les commandes publiques. Le tableau n’est pas que sombre. Le gouvernement cherche à lever les barrières. Les femmes représentent 80% des acteurs de la filière, et leur place dans la transformation est un enjeu de revenus pour des milliers de familles. Le marché local reste énorme. Le manioc nourrit déjà plus de 75% de la population. Les exportations régionales, notamment vers la sous-région CEMAC (Gabon, Guinée équatoriale, Centrafrique, Congo), restent à développer. Les 200 unités de transformation promises diront si le manioc devient une industrie ou reste une culture de survie. Reste à voir si les financements suivent, et quand les premières boulangeries tourneront vraiment à 5% de farine locale. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
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