Masse salariale au Cameroun : moins d’agents, mais une facture record de 1 753 milliards
Le fichier solde de l’État camerounais compte 13 % d’agents en moins en trois ans. Pourtant, la masse salariale a bondi de 39 % pour atteindre 1 753 milliards FCFA, un niveau jamais enregistré. Un paradoxe budgétaire qui interpelle les spécialistes des finances publiques et qui révèle, derrière l...
237onlinePar Laurent Dibysamedi 20 juin 2026 à 23:16

Le fichier solde de l’État camerounais compte 13 % d’agents en moins en trois ans. Pourtant, la masse salariale a bondi de 39 % pour atteindre 1 753 milliards FCFA, un niveau jamais enregistré. Un paradoxe budgétaire qui interpelle les spécialistes des finances publiques et qui révèle, derrière les chiffres, une administration en pleine restructuration. Moins d’effectifs, plus de dépenses : le grand ménage qui coûte cher Les chiffres officiels de la Fonction publique sont sans appel. Entre 2021 et 2024, le nombre total de bénéficiaires du budget public, actifs et retraités confondus, est passé de 537 069 à 466 444 personnes. Une chute de plus de 70 000 individus. Cette baisse n’est pas un accident. L’Opération de comptage physique du personnel de l’État, connue sous l’acronyme COPPE, a permis de purger les listes d’agents fictifs, de personnes décédées encore payées, et de fonctionnaires établis à l’étranger mais toujours inscrits au fichier solde. Les absents injustifiés pendant plus de 30 jours ont été révoqués. Le nombre d’agents actifs réels est aujourd’hui stabilisé à 306 159 personnes. Mais voilà le paradoxe : si le fichier s’allège, la facture, elle, grossit. Chaque mois, l’État débourse près de 149 milliards FCFA rien que pour la solde. Comment expliquer ça ? La réponse tient en un seul mot : AIGLES. Ce système informatique déployé par le Ministère de la Fonction Publique a automatisé la gestion des carrières. Résultat, plus de 376 000 agents ont vu leurs avancements, promotions et corrections salariales régularisés en un temps record. Des droits acquis depuis parfois des années, bloqués dans les rouages d’une administration lente. L’État n’a pas dilapidé ces fonds : il a soldé ses propres dettes envers ses employés. À cela s’ajoutent les arriérés dus aux enseignants, les revalorisations pour contrer l’inflation, et l’apurement partiel des pensions des retraités. Une bombe budgétaire qui dépasse les règles de la CEMAC Le problème, c’est que cette régularisation légitime crée une tension réelle sur les finances publiques. Les règles de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale fixent un plafond strict : la masse salariale ne doit pas dépasser 35 % des recettes fiscales d’un État membre. Le Cameroun frôle aujourd’hui les 40 %. C’est un signal d’alarme difficile à ignorer. Trois secteurs captent à eux seuls plus de 67 % de l’enveloppe totale : les enseignants du secondaire avec 33,93 %, les forces de défense avec 18,6 %, et les enseignants du primaire avec 14,9 %. Une concentration qui laisse peu de marge pour les investissements dans les infrastructures, la santé ou le développement rural. On ne sait pas encore jusqu’où la pression sur le budget de l’État peut tenir sans arbitrages douloureux. Le gouvernement doit maintenant réussir un double pari : stabiliser cette masse salariale en poursuivant la numérisation, et recruter les milliers de jeunes diplômés dont les secteurs prioritaires ont besoin. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.
Mis à jour 21 juin