Minerais stratégiques : le Cameroun face à la ruée américaine
Le 28 octobre dernier, une délégation américaine s’est rendue à Minta, dans la Haute-Sanaga, sur un gisement de rutile et de monazite. Le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, l’accompagnait, avec le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis, John G. Robinson. Les minerais stratégiques c...
237onlinePar Laurent Dibymercredi 4 novembre 2026 à 08:57

Le 28 octobre dernier, une délégation américaine s’est rendue à Minta, dans la Haute-Sanaga, sur un gisement de rutile et de monazite. Le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, l’accompagnait, avec le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis, John G. Robinson. Les minerais stratégiques camerounais attirent désormais les grandes puissances, et la visite l’a rappelé avec insistance. Reste à savoir ce que le pays en tirera. Minta, le gisement que l’on s’arrache Le site de Minta se trouve dans la région du Centre. Il abrite un gisement de classe mondiale de rutile et de monazite, une roche riche en terres rares. L’entreprise australienne Lion Rock Minerals y mène des travaux d’exploration. Son directeur général, Theuns de Bruyn, estime que « c’est un minerai qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs dans le monde ». Les campagnes menées depuis environ trois ans ont déjà identifié du rutile dont la teneur en oxyde de titane dépasse 80 % dans les zones de Mbomo, Loum et Minta1. Un gros projet minier, donc, mais encore au stade de l’exploration. Pourquoi un tel intérêt ? Ces minerais servent à fabriquer les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires. Une voiture électrique contient environ six fois plus de minéraux qu’un véhicule thermique. Ils entrent aussi dans les smartphones, l’intelligence artificielle et les équipements militaires. En octobre 2025, les États-Unis et l’Australie ont signé un accord de 8,5 milliards de dollars, soit environ 5 012,2 milliards de FCFA, pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. D’après Robinson, la collaboration entre sociétés minières américaines et australiennes illustre cette concertation. La Chine, elle, contrôle jusqu’à 90 % des capacités mondiales de raffinage. L’Afrique détient environ 30 % des réserves minières mondiales. Le Code minier comme garde-fou Franchement, on a déjà vu ce film. Un sous-sol riche, des convoitises étrangères, et des populations locales qui regardent passer les camions. Le chiffre fait mal quand on compare les réserves aux retombées. La tribune de notre confrère rappelle que l’État doit tirer son épingle du jeu pour doper l’économie, créer des dizaines de milliers d’emplois et protéger les communautés riveraines. Il faut éviter ce qu’il appelle la « malédiction des matières premières ». Les autorités sont donc attendues sur les dossiers sensibles, surtout pour barrer la route aux mauvaises pratiques : prête-noms, contrebande, sous-évaluation des revenus. Le Code minier prévoit déjà des garde-fous. Une loi qui vise à favoriser les investissements tout en contribuant au développement social du pays reste à voter. Si la valeur commerciale du gisement est confirmée, la convention minière devra respecter le Code minier. Le texte impose un taux minimum de transformation locale fixé à 15 % (une loi devrait le porter à 50 % à terme). Elle devra aussi fixer les modalités de partage de la production entre l’État et l’exploitant, la clé de répartition des produits issus de l’exploitation de la mine, et les conditions de sa commercialisation, en tenant compte des prix pratiqués sur le marché international. On ne sait pas encore ce que contiendra la convention de Minta. Rien n’est signé à ce stade. La convention minière dira si Minta enrichira le pays ou seulement ses partenaires. Le Cameroun a quelque temps pour négocier, mais pas des années : la concurrence entre puissances, elle, ne l’attendra pas. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
Mis à jour Il y a 1h