Mot de l’actualité : c’est quoi le Nkongolibong
Souley Onohiolo, journaliste, a désormais le crâne nu. Il s’est fait raser le 3 juillet dernier suite à huit mois de grève contre la fréquentation […]
ActuCamerounPar Armand Djaleulundi 6 juillet 2026 à 07:32

Souley Onohiolo, journaliste, a désormais le crâne nu. Il s’est fait raser le 3 juillet dernier suite à huit mois de grève contre la fréquentation d’un barbier. L’activiste faisait pression sur le pouvoir au sujet de l’effectivité d’un remaniement ministériel, soutient Télesphore Mba Bizo. Lire ici sa chronique diffusée sur les antennes de la Crtv : De barbe lasse Yaoundé a raison de Souley Onohiolo. Le journaliste en service chez le Messager est désormais Nkongolibong. Il a donc le crâne dégarni. La rue camerounaise la désigne par la boule à zéro. La coiffe du cheveu coupé à ras, donc au poil près, a son identifiant mondial. C’est Yul Brynner. Les connaisseurs disent que Souley Onohiolo se taille une Yul. Il s’agit donc du Nkongolibong. D’aucuns, à tort, s’en moquent. Une posture qui décoiffe En profondeur, le fait de faire grève en s’interdisant un passage chez le barbier pendant huit mois est un acte de communication significatif. Le journaliste est dans une démarche engagée. Il est dans son rôle de suivi citoyen de la gouvernance au-delà de l’anecdote capillaire. Le journaliste fait de son apparence un langage et de sa chevelure un support de revendication. Son geste relève d’une stratégie de visibilité destinée à interpeller l’opinion publique et les décideurs. Il s’inscrit dans une démarche républicaine de veille et d’interpellation de l’action publique. Que l’on partage ou non sa méthode, elle témoigne d’une conviction : lorsqu’un message peine à être entendu, le corps lui-même peut devenir un média. L’originalité d’une grève capillaire Souley Onohiolo s’investit dans la « dramaturgie du corps ». Lorsque les institutions tardent à répondre, le corps devient à la fois corpus, pancarte, tribune et haut-parleur. L’histoire des luttes citoyennes est aussi celle des corps qui se transforment en langage politique. Le printemps arabe part d’un homme qui s’immole. Mahatma Gandhi fait de son pagne et de son ascèse vestimentaire un manifeste contre la domination coloniale britannique. Nelson Mandela transforme ses vingt-sept années d’emprisonnement en symbole vivant de la résistance à l’apartheid. Nombre d’activistes choisissent la grève de la faim, le port d’un brassard noir ou le silence pour donner à voir ce que les mots seuls ne suffisent plus à exprimer. Un retour aux anciennes amours Souley Onohiolo est d’abord un critique d’art. Il sait que toute œuvre est aussi une mise en scène. Le sens naît autant de la forme que du discours. En choisissant de faire de son propre corps le support de son message, il franchit la frontière entre l’observateur et le créateur. Son Nkongolibong est l’aboutissement visible d’une performance pensée dans la durée et l’esthétique de l’engagement. L’image, le temps et le symbole s’unissent à l’effet de transformer une revendication politique en acte artistique. Une bataille déjà scellée dans l’échec? La démarche de Souley Onohiolo, journalistique politique, pose deux problèmes. Le premier, c’est le fait d’engager un combat perdu d’avance, malgré le Nkongolibong. Le journaliste politique sait que le Président Paul Biya est le maître des horloges. C’est un dirigeant insensible aux pressions en provenance de l’opinion et de la presse. Le second problème, quant à lui, revient sur le statut du gréviste. Le journaliste le discute à l’activiste avec des forts relents d’influenceur dans son déroulé. Il ne bénéficie pas de l’accompagnement manifeste de son organe de presse, peu identifié aux actes de rasage. Qui est-il à la fin, journaliste, activiste ou influenceur ? Une seule certitude, Souley Onohiolo est désormais une tête de chauve. Il n’est peut-être pas chauve-souris. Cependant, la tonte intégrale et la tignasse broussailleuse ne représentent aucun genre journalistique. Sur le plan artistique, le Nkongolibong de Souley Onohiolo est une fresque sur tableau humain où le corps se substitue à la plume pour porter des revendications d’ordre politique.
Mis à jour Il y a 14h