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Opinion : L’hommage le plus sincère que l’on puisse rendre à Martinez Zogo est d’exiger que toute la lumière soit faite sur son assassinat

Dans une tribune consacrée au procès de l’assassinat de Martinez Zogo, Vincent Sosthène Fouda dénonce ce qu’il considère comme une dérive médiatique où les insinuations et les mises en scène prennent le pas sur les preuves judiciaires. Il critique notamment la manière dont les activités de rensei...

Le bled parle : Actu cameroun info net - Journal Cameroun Web — feedPar JBM, Lebledparle.comjeudi 22 octobre 2026 à 10:121 vues
Opinion : L’hommage le plus sincère que l’on puisse rendre à Martinez Zogo est d’exiger que toute la lumière soit faite sur son assassinat
Dans une tribune consacrée au procès de l’assassinat de Martinez Zogo, Vincent Sosthène Fouda dénonce ce qu’il considère comme une dérive médiatique où les insinuations et les mises en scène prennent le pas sur les preuves judiciaires. Il critique notamment la manière dont les activités de renseignement économique du Groupe L’Anecdote sont, selon lui, utilisées pour alimenter les soupçons visant Jean-Pierre Amougou Belinga. Pour l’universitaires, la collecte d’informations stratégiques constitue une pratique courante dans les entreprises et ne saurait, à elle seule, établir une responsabilité criminelle. Il appelle ainsi à recentrer les débats sur l’identification des auteurs et des commanditaires de l’assassinat, plutôt que sur des accusations qu’il juge insuffisamment étayées. « Acquérir des informations n’est pas tuer. S’informer n’est pas assassiner. Sécuriser des investissements n’est pas commanditer un crime », a-t-il écrit. Lire sa tribune : Affaire Martinez Zogo : Jeune Afrique – quand l’obscène et le grotesque éloignent de la vérité Depuis le début de l’affaire Martinez Zogo, une partie du débat public semble avoir quitté le terrain de la prudence judiciaire pour s’installer dans celui de la mise en scène. À mesure que l’enquête progresse, un phénomène inquiétant se développe : la substitution du récit à la preuve, du spectacle à la vérité, de l’émotion à la démonstration. Pour comprendre cette dérive, il est utile de convoquer les analyses de Michel Foucault sur le grotesque du pouvoir. Le philosophe décrivait une situation dans laquelle des discours fragiles, approximatifs ou intellectuellement disqualifiés parviennent néanmoins à produire des effets de vérité. Le grotesque n’est pas simplement le ridicule. Il est le moment où le pouvoir cesse de convaincre par la force de ses arguments et cherche à s’imposer par la théâtralisation, l’excès et la fabrication d’un récit. C’est précisément ce qui semble se jouer autour de l’affaire Martinez Zogo. Certains acteurs paraissent moins préoccupés par l’établissement rigoureux des responsabilités que par la construction d’une narration destinée à orienter l’opinion publique. Les hypothèses deviennent des certitudes, les insinuations se transforment en preuves et les convictions personnelles prennent la place de l’instruction judiciaire. Nous assistons ainsi à une forme d’obscénité au sens littéral du terme. L’obscène n’est pas ici une catégorie morale. Il désigne ce qui est exhibé de manière excessive sur la scène publique, ce qui est montré jusqu’à saturation afin d’empêcher toute distance critique. Tout est exposé, commenté, interprété, amplifié. À force de représentation, le spectacle finit par se substituer à la réalité. Dans cette logique, le cas de Jean-Pierre Amougou Belinga est particulièrement révélateur. Le fait que le Groupe L’Anecdote collecte des informations sur son environnement économique est régulièrement présenté comme un élément suspect. Pourtant, quel grand groupe moderne investit sans recourir au renseignement économique, à la veille stratégique ou à l’analyse des risques ? Des entreprises comme Renault, Carrefour, Leclerc ou les Brasseries du Cameroun fondent quotidiennement leurs choix d’investissement sur l’acquisition et l’analyse d’informations. Le renseignement économique constitue un instrument normal de gestion et de sécurisation des investissements. Il permet d’anticiper les risques, de comprendre les marchés et de protéger les intérêts de l’entreprise. Faire de cette pratique une présomption de culpabilité relève d’un raccourci intellectuel dangereux. Acquérir des informations n’est pas tuer. S’informer n’est pas assassiner. Sécuriser des investissements n’est pas commanditer un crime. C’est ici que le grotesque atteint son paroxysme. Une simple activité de renseignement économique devient, par un jeu d’amalgames successifs, la preuve supposée d’une implication criminelle. La démonstration disparaît au profit de la suggestion. Le raisonnement juridique est remplacé par la dramaturgie. Plus grave encore, ceux qui sont forts par le décret, par leur proximité avec certains centres de pouvoir plutôt que par la solidité de leurs arguments, se donnent eux-mêmes en spectacle. Ils inventent, extrapolent, suggèrent, multiplient les effets de manche. Ils semblent parfois trouver dans cette mise en scène une forme de jouissance politique et symbolique. Cet histrionisme permanent a une fonction précise : détourner l’attention. À mesure que le spectacle grandit, la vérité s’éloigne. À mesure que les récits prolifèrent, les faits deviennent secondaires. À mesure que les accusations sont répétées, les preuves deviennent presque superflues. Or la question essentielle demeure : qui a assassiné Martinez Zogo ? Qui a conçu, organisé et exécuté ce crime odieux ? Qui sont les véritables responsables ? Voilà le véritable enjeu de ce procès. Il ne s’agit ni de satisfaire des rivalités économiques, ni de régler des comptes politiques, ni d’alimenter des stratégies médiatiques. Il s’agit de rendre justice à Martinez Zogo, à sa famille et à l’ensemble de la société camerounaise. Chaque fois que le débat public s’égare dans les procès d’intention, les fuites orientées ou les scénarios préfabriqués, il s’éloigne de cet objectif fondamental. Chaque fois que l’émotion remplace la preuve, chaque fois que le récit supplante l’enquête, chaque fois que le spectacle prend le dessus sur la justice, c’est la mémoire même de Martinez Zogo qui est trahie. La justice n’a pas besoin d’histrions. Elle a besoin d’enquêteurs, de magistrats et de preuves. Elle n’a pas besoin de metteurs en scène. Elle a besoin de faits. Elle n’a pas besoin du grotesque ni de l’obscène. Elle a besoin de vérité. L’hommage le plus sincère que l’on puisse rendre à Martinez Zogo n’est pas de désigner à l’avance des coupables selon les convenances du moment. C’est d’exiger que toute la lumière soit faite sur son assassinat dans le respect des principes fondamentaux de l’État de droit. Car une société qui remplace la recherche de la vérité par le spectacle de l’accusation n’obtient jamais la justice. Elle ne produit que du bruit. Et dans ce vacarme, les véritables responsables peuvent parfois disparaître derrière le rideau du grotesque.
Mis à jour 22 oct.
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