Prisonniers camerounais en Ukraine : le silence de Yaoundé
Deux Camerounais sont détenus dans les geôles ukrainiennes depuis mai 2025. Onana Jean Parfait Mitugina et Anatole Frank Mbala. Leurs noms circulent dans les rapports d’ONG, mais pas dans les communiqués du ministère des Relations extérieures. Une étude de l’IFRI, publiée le 27 octobre 2026, conf...
237onlinePar Rodrigue Bataglundi 2 novembre 2026 à 23:21

Deux Camerounais sont détenus dans les geôles ukrainiennes depuis mai 2025. Onana Jean Parfait Mitugina et Anatole Frank Mbala. Leurs noms circulent dans les rapports d’ONG, mais pas dans les communiqués du ministère des Relations extérieures. Une étude de l’IFRI, publiée le 27 octobre 2026, confirme ce que beaucoup soupçonnaient : les prisonniers africains ne figurent pas dans les échanges entre Kiev et Moscou. Et leurs gouvernements ne les réclament pas. Ce que disent les faits L’enquête de Thierry Vircoulon, chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l’IFRI, repose sur quatorze entretiens de prisonniers de guerre africains. Tous ont été recrutés entre 2024 et 2025, souvent par des promesses d’emploi ou de formation en Russie, avant d’être envoyés au front avec une semaine à trois mois de préparation. Les deux Camerounais capturés en mai 2025 relèvent de ce schéma. Yaoundé a reconnu, le 6 avril 2026, la mort de seize ressortissants engagés comme soldats contractuels dans l’armée russe. Le chiffre fait mal, mais il est incomplet. Selon la coalition INPACT, plus de cent Camerounais auraient déjà perdu la vie en Ukraine, le taux de mortalité le plus élevé du continent africain. Ce décompte ne dit rien des blessés, ni des disparus. Franklin Sone Bayen, journaliste camerounais, résume l’impasse : « Leur nombre est insignifiant comparé aux plus de 4 000 prisonniers de guerre russes détenus par l’Ukraine ». Une façon de dire que le dossier n’est pas une priorité. Un choix, pas un oubli Pourtant, d’autres pays africains ont agi. L’Afrique du Sud a obtenu le rapatriement de quinze de ses ressortissants fin février 2026 après un appel direct de Cyril Ramaphosa à Vladimir Poutine. Le Kenya a envoyé son ministre des Affaires étrangères à Moscou en mars 2026, et Nairobi a inculpé deux personnes pour traite d’êtres humains. Yaoundé, lui, se retranche derrière une formule : les échanges se font « dans le cadre de relations entre États, et pas via les médias ». C’est une posture. Pas une politique. Le silence du Cameroun n’est pas neutre. Il protège une relation diplomatique avec Moscou, au détriment de citoyens dont personne ne veut assumer la charge. Les familles des seize défunts ont été invitées à se signaler au ministère. Pour les vivants, aucune démarche publique. Rien ne confirme à ce stade qu’une négociation discrète soit en cours. Combien de Camerounais croupissent encore dans les prisons ukrainiennes ? Personne ne le dit. Et tant que Yaoundé ne réclamera pas ses fils, le silence restera leur seule compagne. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste international pour 237online.com, Rodrigue Batag décrypte l'actualité mondiale avec un regard ancré dans les réalités africaines et camerounaises.
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