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Procès Martinez Zogo : tensions, expertises et révélations au tribunal militaire

Le procès Martinez Zogo a repris ce lundi 22 juin au tribunal militaire de Yaoundé dans une atmosphère électrique. Dès 11h57, le commissaire du gouvernement Cerlin Belinga a dénoncé la désinformation qui entoure l’affaire, avant que les débats ne s’engagent sur des questions numériques explosives...

237onlinePar Alain-Claude Ndommardi 23 juin 2026 à 00:29
Procès Martinez Zogo : tensions, expertises et révélations au tribunal militaire
Le procès Martinez Zogo a repris ce lundi 22 juin au tribunal militaire de Yaoundé dans une atmosphère électrique. Dès 11h57, le commissaire du gouvernement Cerlin Belinga a dénoncé la désinformation qui entoure l’affaire, avant que les débats ne s’engagent sur des questions numériques explosives : messages supprimés, positions géolocalisées, disque dur de deux téraoctets. La journée s’est terminée en quasi-rixe dans la salle d’audience. Le professeur Bell face au feu des questions du ministère public La séance du matin s’est ouverte par la réexamination du 32e témoin, le Professeur Bell, expert en investigation numérique. Et le ministère public n’y est pas allé doucement. Les premières questions ont porté sur les images de la scène de crime, projetées lors d’une audience précédente. L’expert a décrit un terrain isolé, une zone ouverte, une personne visible qui « se tord ». Description froide. Précise. Difficile à entendre. Mais c’est sur les messages supprimés que les échanges ont pris une autre dimension. Le Professeur Bell a confirmé au tribunal que des communications entre Justin Ndanwé et Jean-Pierre Amougou Bilinga avaient été effacées, tout comme celles entre Ndanwé et un certain Mopa. L’outil utilisé pour ces constatations : Cellebrite, un logiciel d’extraction de données téléphoniques utilisé par les forces de l’ordre dans le monde entier. Le téléphone d’Amougou Bilinga, lui, n’a jamais été remis aux enquêteurs. Le téléphone qui a « aggravé les soupçons », selon les mots mêmes de l’expert, est celui de Justin Ndanwé. C’est à partir de ce terminal que les SMS jugés pertinents ont été supprimés. Quand le ministère public a cherché à lui faire confirmer explicitement cette conclusion, le Professeur Bell a botté en touche : « N’étant pas expert du jugement, l’ensemble des éléments sont soumis à l’appréciation du tribunal. » Réponse prudente. Peut-être trop. D’autres questions ont porté sur la géolocalisation. Le numéro 27, attribué à un des suspects, aurait été localisé à Ebogo le 17 janvier 2023, à 21h25. Quand le ministère public a voulu établir que le numéro de Tongué Stéphane se trouvait lui aussi dans cette zone vers 23h, l’accusé a immédiatement réagi en personne : il existe plusieurs Ebogo, a-t-il précisé, et il s’agit spécifiquement d’Ebogo 8. Son avocat a rappelé que son client avait déjà donné ses positions lors d’une session précédente, sans que ce lieu n’ait jamais été mentionné. Le tribunal a finalement rejeté les objections des accusés et maintenu les débats sur ce point. Pour clore sa réexamination, le Professeur Bell a remis au tribunal cinq pièces : un récapitulatif des positions du commando, un document sur les communications du commando, différents rapports d’expertise et d’enquête préliminaire, les ordonnances en information judiciaire relatives aux positions des commandos, et un disque dur de deux téraoctets contenant l’ensemble des données collectées. Deux téraoctets. C’est considérable. Et cela suggère que l’enquête numérique est bien plus dense que ce qui a été présenté jusqu’ici à l’audience. Une demande d’expertise rejetée, puis une fin de séance explosive Après la réexamination du Professeur Bell, maître Kenmoé, représentant la partie civile, a introduit une demande d’expertise complémentaire en s’appuyant sur l’article 203 du code de procédure pénale. L’objectif : analyser tous les numéros de téléphone des accusés en collaboration avec l’ANTIC, l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication du Cameroun. La défense a réagi en ordre dispersé, mais avec un message convergent. Maître Claude Assira a salué l’audition du Professeur Bell tout en estimant qu’il y avait des manquements, et a formulé sa propre demande : reconstituer les conversations WhatsApp entre le colonel Ndanwé et Jean-Pierre Amougou du 13 au 31 janvier 2023. Maître Tchoungang Charles a considéré la demande de la partie civile comme tardive et dilatoire. Maître Jacques Mbuny a rappelé que seul le tribunal a compétence pour ordonner une contre-expertise dans ce stade de la procédure, en vertu de l’article 319 du code de procédure pénale. Maître Ofomo a été encore plus direct : la demande est irrecevable, faite avant même l’intervention du deuxième expert, et constitue selon lui une tentative de bloquer le procès. Le ministère public, étonnamment, s’est rangé du côté de la défense sur ce point. Accéder à cette demande serait, selon Cerlin Belinga, « matériellement impossible » et relèverait d’une « logique de perte de temps ». Le tribunal a tranché. La demande a été rejetée comme tardive, les articles 203 et 214 du code de procédure pénale étant jugés applicables à l’information judiciaire et non aux débats en cours. Ensuite, le Dr Olumou Jean-Pierre, 33e témoin, a été appelé à la barre. L’audience a été suspendue à 15h43. À la reprise, à 16h37, un incident inattendu a failli faire dérailler la séance. Un problème de conformité a été détecté sur un rapport annexe : certaines copies comportaient l’expédition du greffier en chef avec sa signature, d’autres non. Maître Félicité Zefman, visiblement excédée, a pris la parole pour démontrer qu’elle n’avait pas produit un faux. La tension est montée d’un coup. Maître Calvin Job s’est joint aux protestations. Maîtres Claude Assira et Daniel Ngos ont évoqué une proposition faite à leur client Étienne E. pour qu’une copie du rapport lui soit fournie « à moindre coût », ce qui a encore amplifié les échanges. La salle a failli virer à la rixe ouverte. Le président du tribunal a rappelé l’assemblée à l’ordre, rappelant les règles de tenue devant son tribunal. Il a finalement suspendu la séance à 17h30. L’audience reprend ce mardi à 10h. L’ordre devra d’abord être rétabli dans les rapports avant que les débats sur le fond puissent reprendre. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
Mis à jour 23 juin
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