« Qui, à la FIFA, acceptera de nous entendre ? » : la lettre de Guibaï Gatama à Infantino
Guibaï Gatama écrit à Infantino, Čeferin, Motsepe et au Conseil de la FIFA : sa lettre ouverte sur les 567 570 € du match Russie-Cameroun, passage par passage. L’article « Qui, à la FIFA, acceptera de nous entendre ? » : la lettre de Guibaï Gatama à Infantino est apparu en premier sur Camfoot.com.
Camfoot.com - la Référence du football camerounais — feedPar Bernard Patipesamedi 17 octobre 2026 à 21:581 vues

Quinze mois de démarches, trois saisines de la justice éthique de la FIFA, et toujours le même écho : le silence. Alors Guibaï Gatama a changé de méthode. L’ancien membre du comité exécutif de la Fecafoot a rédigé une lettre ouverte de trois pages, intitulée « Qui, à la FIFA, acceptera de nous entendre ? ». Il l’a adressée à Aleksander Čeferin (UEFA), Victor Montagliani (Concacaf), Salman bin Ebrahim Al Khalifa (AFC), Patrice Motsepe (CAF), Gianni Infantino et aux membres du Conseil de la FIFA. Camfoot a lu les trois pages. Ce n’est pas une lettre de politesse : c’est un réquisitoire adressé, paragraphe par paragraphe, à chaque destinataire. Voici ce qu’elle dit, et ce qu’elle fait trembler. Lireaussi Classement FIFA : le Cameroun gagne une place ! Qui a gagné la CAN 2025 : le Sénégal et le Maroc devant le TAS Samuel Eto’o : Leo Messi a t-il finalement visité le Cameroun ? Match amical : le Cameroun met la Côte d’Ivoire dans la sauce Quinze mois, trois saisines, zéro réponse Gatama détaille son calendrier. Le 22 juin 2025, il effectue un premier signalement sur le portail de la FIFA, enregistré sous le numéro 854049461. En août 2025, son conseil dépose une plainte complémentaire, dont la réception est confirmée. Le 28 septembre 2026, il saisit de nouveau la chambre d’instruction de la commission d’éthique, avec de nouvelles pièces bancaires. Malgré ces démarches et le retentissement médiatique de l’affaire, aucune avancée substantielle ne m’a été communiquée. Malgré ces démarches et le retentissement médiatique de l’affaire, aucune avancée substantielle ne m’a été communiquée. Il reconnaît ne pas connaître d’éventuelles diligences confidentielles, mais cingle : la confidentialité « ne peut devenir une réponse permanente à celui qui demande si sa plainte est effectivement traitée ». L’argent : « Pour notre football, ils comptent » Le dossier porte sur le match amical Russie–Cameroun du 12 octobre 2023. Selon la lettre, le contrat prévoyait que la partie russe prenne en charge les dépenses liées à la rencontre. Et aussi une prime de 567 570 euros destinée à la Fecafoot. La plainte de Gatama dénonce l’orientation des paiements vers un compte personnel de Samuel Eto’o. Il est domicilié auprès de la Qatar National Bank, à Doha. Les pièces transmises à la FIFA, précise-t-il, comprennent des documents contractuels, des instructions de paiement, des éléments SWIFT. Et une confirmation de la Fédération russe de football. Et, aucune justification bancaire établissant le reversement de ces fonds à la Fecafoot ne lui a été communiquée. Les accusations restent à établir, mais la question posée est simple : où est passé l’argent ? Le coup de griffe suivant vise directement la fédération. Les communications officielles de la Fecafoot invoquent le caractère collectif des décisions, « ne remplacent ni les comptes ni les justificatifs ». Pire pour le comité exécutif, écrit Gatama : elles appellent « l’examen des responsabilités de ceux qui revendiquent avoir approuvé les opérations ». Pour vos institutions, ces montants peuvent sembler modestes. Pour notre football, ils comptent. Pour vos institutions, ces montants peuvent sembler modestes. Pour notre football, ils comptent. Puis la phrase qui claque : « Ceux qui font vivre ce football ne siègent pas à votre Conseil. Lorsqu’ils demandent où est passé son argent, ils doivent pourtant pouvoir compter sur une institution qui les écoute. » À l’UEFA, à la Concacaf et à l’AFC : l’Afrique n’a pas droit à une éthique au rabais Gatama s’adresse d’abord aux trois confédérations qui ont pris position pour la transparence. Il rappelle que Samuel Eto’o a invoqué les différences d’intérêts entre l’Afrique et l’Europe pour défendre son soutien à Infantino. Et il tranche : « Ces différences ne peuvent justifier des exigences éthiques différentes. » Nous ne sommes pas trop pauvres pour avoir droit à des comptes. La rareté de nos ressources rend leur protection encore plus nécessaire. Nous ne sommes pas trop pauvres pour avoir droit à des comptes. La rareté de nos ressources rend leur protection encore plus nécessaire. Sa demande est simple. Il souhaite qu’ils portent le dossier devant le Conseil de la FIFA. Qu’ils demandent son inscription à l’ordre du jour de la prochaine réunion, qu’ils le soutiennent en séance est simple. Qu’ils rendent leur démarche publique. À Motsepe : « Nous devrions pouvoir compter sur vous en premier » Le passage le plus personnel de la lettre est pour le président de la CAF. Gatama lui rappelle que « la dignité de l’Afrique comprend le droit d’un Africain à demander des comptes à un dirigeant africain ». Puis lâche : Pourquoi les acteurs du football camerounais devraient-ils espérer d’abord une intervention venue d’un autre continent ? Pourquoi les acteurs du football camerounais devraient-ils espérer d’abord une intervention venue d’un autre continent ? Il demande à Patrice Motsepe de soutenir la démarche et d’appeler la commission d’éthique à agir. La question n’est pas neuve sur Camfoot : dès le 29 septembre 2023, jour de la signature du contrat du match russe, nous titrions déjà « Voici pourquoi Infantino et Motsepe protègent Samuel Eto’o ? ». Trois ans plus tard, elle reste sans réponse, comme nous le rappelions dans « Deux plaintes, aucune réponse ». À Infantino : le soupçon de protection Le message au président de la FIFA tient en trois phrases, et il ne fait pas de cadeau : Le silence prolongé dans cette affaire nourrit pourtant le soupçon d’une protection. Ce soupçon doit être examiné indépendamment, afin d’en établir le bien-fondé ou de le dissiper par des faits vérifiables. Le silence prolongé dans cette affaire nourrit pourtant le soupçon d’une protection. Ce soupçon doit être examiné indépendamment, afin d’en établir le bien-fondé ou de le dissiper par des faits vérifiables. Et Gatama va jusqu’au bout : il demande à Gianni Infantino de soutenir cet examen, « y compris s’il implique de vérifier votre propre rôle éventuel dans le traitement du dossier ». Un président de la FIFA invité à se mettre lui-même sous la loupe : voilà qui explique pourquoi The Sun s’est jeté sur la lettre. La FIFA, elle, maintient que son président n’exerce aucune influence sur ses organes judiciaires. Les deux réponses exigées À la chambre d’instruction : l’ouverture immédiate d’une enquête formelle sur les faits financiers dénoncés. Il faut aussi l’examen sans délai de sa demande de suspension conservatoire de Samuel Eto’o. Gatama précise que la Fédération russe, la Fecafoot, Samuel Eto’o et Benoît Angbwa peuvent être interrogés. Et que les documents bancaires, contractuels et comptables doivent être confrontés, « dans le respect du droit des personnes mises en cause à répondre aux accusations ». Au Conseil de la FIFA : porter la question des dysfonctionnements allégués des instances juridictionnelles et soutenir une enquête indépendante sur la gestion du dossier Eto’o. Elle devra établir quelles diligences ont été accomplies, si les délais sont justifiés et si des influences politiques ont affecté le traitement des plaintes, notamment déterminer si le soutien d’Eto’o à Infantino a pu lui procurer une protection particulière, sans jamais retarder l’instruction des faits financiers. « Si rien ne bouge, nous agirons » La dernière page est un ultimatum, et la lettre n’engage pas que son auteur : « des acteurs du football camerounais » sont prêts à lancer deux démarches si aucune suite effective n’est donnée. Une plainte devant la commission d’éthique contre Gianni Infantino, le président de la chambre d’instruction et toute autre personne concernée, pour de possibles violations des règles de la FIFA dans le traitement de l’affaire. Une demande d’enquête indépendante adressée à la commission de gouvernance, d’audit et de conformité, sur la gestion du dossier, le rôle éventuel d’Infantino et la conduite des responsables de la chambre d’instruction. La conservation des documents et communications pertinents, un calendrier défini, et des garanties pour qu’aucune personne mise en cause ne participe à l’examen de sa propre conduite. Nous avons accepté de soumettre nos accusations aux institutions. Ceux qui avaient la responsabilité de les traiter doivent accepter que leurs actes et leurs omissions soient également examinés. Nous avons accepté de soumettre nos accusations aux institutions. Ceux qui avaient la responsabilité de les traiter doivent accepter que leurs actes et leurs omissions soient également examinés. Dernier tour de vis : avant la prochaine réunion du Conseil, Gatama exige une réponse publique. Portera-t-on la demande d’enquête indépendante ? Appellera-t-on la commission d’éthique à ouvrir immédiatement l’enquête ? Il conclut, sans promettre de résultat : « Je ne peux promettre à ceux qui attendent avec moi ce qu’une enquête établira. » Et il termine par un défi : « Notre football mérite la même protection que tous les autres. Qui, parmi vous, acceptera de le démontrer ? » Il signe en tant qu’ancien membre du comité exécutif de la Fecafoot, représentant élu de la Ligue régionale de l’Extrême-Nord durant la mandature 2021–2025, et plaignant. En pièces jointes : le contrat du match Russie–Cameroun, deux documents d’instruction de paiement, la confirmation de la Fédération russe et le suivi SWIFT du virement. Ce qu’il faut garder en tête C’est une lettre de plaignant, pas un jugement. Les montants et les circuits décrits sont ceux que Gatama dit avoir transmis à la FIFA : rien n’a été tranché, ni par la FIFA ni par la justice. Samuel Eto’o rejette toute faute et dénonce une offensive coordonnée. La Fecafoot parle de « cabale » dans sa déclaration du comité exécutif, et Gatama est lui-même en conflit ouvert avec la fédération. Mais la question qu’il pose à la FIFA, elle, reste entière : qui, à l’intérieur, acceptera de répondre ? Pour mémoire, les pièces sur lesquelles tout repose ont été détaillées dans notre enquête sur l’ordre de virement vers Samuel Eto’o. À lire aussi : Fonds russes : The Sun relaie la lettre de Gatama à Infantino, le papier du tabloïd britannique et l’état du dossier. La lettre en images Cliquez sur une page pour l’ouvrir en grand et lire la lettre originale.
Mis à jour 17 oct.