Rachat de Sosucam : le repli identitaire et le naufrage de l’initiative privée…
La cession des parts de Somdiaaa dans la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam) à un consortium d’investisseurs locaux mené par Joseph Pagop Noupoué soulime des […]
ActuCamerounPar Armand Djaleujeudi 20 août 2026 à 17:091 vues

La criminalisation du capital national : En qualifiant un tour de table composé d’avocats d’affaires, de financiers de haut niveau, d’industriels et d’experts-comptables par leur seule origine régionale, les décideurs envoient un message catastrophique : le mérite financier, la capacité d’investissement (138 milliards de FCFA) et l’expertise technique ne suffisent pas au Cameroun si l’équilibre ethno-politique du moment s’y oppose. La primauté du contrôle politique sur la compétence : Ce classement confirme que pour certains cercles du pouvoir, il vaut mieux voir la SOSUCAM dépérir ou repasser sous pavillon étranger plutôt que de voir un groupe d’investisseurs locaux autonomes contrôler un fleuron stratégique et employer 9 000 personnes Du souverainisme de façade à la défection économique Ce rejet fait s’effondrer le discours officiel sur la « camerounisation » des actifs stratégiques. Le gel décrété en juin par le gouvernement n’était donc ni une volonté de protéger l’État contre un monopole, ni une pause stratégique, mais un verrouillage sociologique : Le piège de la posture : Invoquer la souveraineté nationale pour bloquer le groupe français SOMDIA, puis écarter dans la foulée le premier consortium d’investisseurs camerounais en capacité de payer, démontre que la souveraineté économique n’est qu’un concept à géométrie variable servant à protéger des chasses gardées. Le précédent toxique pour la diaspora et la finance locale : Quel signal envoie-t-on aux bâtisseurs de projets et aux financiers africains issus de la diaspora ? Que leurs capitaux ne sont les bienvenus que tant qu’ils ne touchent pas aux leviers de l’économie réelle réservés aux arbitrages du sérail. Les victimes réelles : Les plantations de Mbandjock, Nkoteng et le consommateur Pendant que le dossier est classé dans les bureaux ministériels au nom de considérations géopolitiques internes, la réalité du terrain ne change pas : Avec une production tombée à 70 000 tonnes pour une demande de 400 000 tonnes, la SOSUCAM est en sursis. L’absence d’injection immédiate des 138 milliards de FCFA promis par le consortium va condamner les prochaines récoltes, la fertilisation et l’entretien des plantations. En tuant dans l’œuf cette solution privée locale, les décideurs préparent sciemment la pénurie de demain, qui sera inévitablement comblée par des importations d’urgence, boucle financièrement lucrative pour les détenteurs de licences. Conclusion : La faillite du pragmatisme En classant le dossier du consortium camerounais sur des bases d’affiliations ou d’équilibres politiques, l’État fait le choix de la politique du pire. La SOSUCAM avait besoin de capitaux, de gouvernance et d’un plan industriel à court terme ; elle reçoit en retour un arbitrage d’appareil qui privilégie la neutralisation politique au détriment de l’intérêt général et de la souveraineté alimentaire de la nation.
Mis à jour 20 août