Rebecca Enonchong, entrepreneuse camerounaise dans les hautes sphères du commerce mondial (1/3)
Innovation africaine (1/3). Pionnière de la tech en Afrique, entrepreneuse aux multiples casquettes, Rebecca Enonchong a été nommée en juin vice-présidente de la Chambre de commerce internationale, une première pour une femme africaine. Portrait d'une "success woman" boulimique de travail, réputé...
France 24 AfriquePar David RICHdimanche 9 août 2026 à 12:361 vues

Rebecca Enonchong, entrepreneuse camerounaise dans les hautes sphères du commerce mondial (1/3) Innovation africaine (1/3). Pionnière de la tech en Afrique, entrepreneuse aux multiples casquettes, Rebecca Enonchong a été nommée en juin vice-présidente de la Chambre de commerce internationale, une première pour une femme africaine. Portrait d'une "success woman" boulimique de travail, réputée pour ses prises de position tranchées tant dans le monde des affaires qu'en politique. Publié le : 09/08/2026 - 14:36Modifié le : 10/08/2026 - 09:25 Difficile de faire le tour de ses différentes activités professionnelles. Cheffe d'entreprise, fondatrice de réseaux, investisseuse, vice-présidente et administratrice de plusieurs organisations dans le numérique, le commerce ou la santé... Rebecca Enonchong coche, sur le papier, toutes les cases. "Lorsqu'on est très ordonné et organisé, on arrive à faire beaucoup de choses", explique l'intéressée, d'une voix sûre et posée. "Le secret est de connaître parfaitement ses équipes et de savoir déléguer. Et pour ma part, je suis très bien entourée" se félicite-t-elle. Passionnée de nouvelles technologies depuis son adolescence, Rebecca Enonchong est considérée comme une pionnière de la tech sur le continent africain où elle œuvre sans relâche depuis plus de deux décennies pour fédérer et soutenir le développement de l'entrepreneuriat numérique. Un engagement qui ne se limite pas aux domaines des affaires. Très suivie sur les réseaux, l'entrepreneuse s'exprime également sur les évolutions politiques du continent, quitte à se faire des ennemis. Au Cameroun, elle se dit victime d'un "acharnement judiciaire" du fait de ses critiques envers le régime de Paul Biya. Une "geek" de la tech Née en 1967 à Yaoundé, au Cameroun, Rebecca Enonchong grandit dans un environnement "très intellectuel". Son père, originaire du sud-ouest anglophone est un avocat réputé, fondateur de l'Association du barreau camerounais. Sa mère, américaine de Floride, férue de culture et de voyages, lui fait voir le monde. "A quinze ans, j'avais déjà visité une vingtaine de pays", se remémore-t-elle. Adolescente, Rebecca Enonchong part aux États-Unis faire ses études. Un choc culturel : elle y découvre la vie étudiante américaine, le milieu associatif et les petits boulots. En parallèle de ses études d'économie, elle se prend de passion pour un domaine encore balbutiant dans les années 1980 : l'informatique. "J'ai travaillé dans l'hôtellerie, où on avait accès à des machines pour faire des factures. C'est devenu une passion. J'adorais par exemple démonter des ordinateurs, ajouter mon disque dur, mettre plus de mémoire...", explique-t-elle. "À cette époque, j'avais déjà plusieurs casquettes : j'étais très impliqué dans la vie de la classe et dans de nombreux 'clubs'. Mais je ne faisais pas partie des gens 'cool'. J'étais vraiment une 'geek', une 'nerd' comme on disait à l'époque, passionnée par les ordinateurs et l'idée d'Internet même si nous n'avions à l'époque qu'une très vague idée de ce que ça allait devenir". Ils sont entrepreneurs dans la tech, le jeu vidéo ou la mode... À la pointe dans leurs domaines, ils comptent laisser leur empreinte et participent activement au développement de l'Afrique. France 24 consacre une série aux talents du Continent qui font bouger les lignes. (1/3) Rebecca Enonchong, entrepreneuse camerounaise dans les hautes sphères du commerce mondial (2/3) Hugo Obi, pionnier du jeu vidéo mobile, made in Africa (3/3) Alvin Junior Mak, étoile montante de la mode franco-congolaise, propulsé par la Coupe du Monde Création d'une multinationale Diplômée en relation internationales et sciences économiques à l'Université catholique d'Amérique, à Washington, Rebecca Enonchong se spécialise dans la technologie financière, à la Banque interaméricaine de développement (BID) puis chez Oracle, entreprise de gestion de bases de données utilisées par les grandes entreprises et les gouvernements. En 1999, elle lance sa propre société, AppsTech, proposant aux grands groupes de gérer pour eux leur système Oracle. "Ce système était très compliqué et segmenté, il fallait un expert pour chaque domaine. Nous avons eu l'idée de proposer une assistance complète pour faciliter la vie des entreprises". Énergie, industrie, secteur public, télécommunications... L'entreprise multiplie rapidement les gros contrats et ouvre de nouvelles filiales, en France puis au Cameroun, en 2002, au cœur de la capitale économique, Douala. Pour Rebecca Enonchong, ce retour au pays est tout un symbole. Outre le développement de sa société, l'entrepreneuse milite activement pour le développement du numérique en Afrique à travers son association Africa Technology Forum, qui rassemble des talents des diasporas africaines. Dans son pays natal, elle poursuit sur sa lancée créant un centre dédié à l'innovation puis s'associe avec une poignée de partenaires pour lancer en 2010 Afrilabs, un réseau panafricain visant à accompagner les entrepreneurs de la tech qui rassemble aujourd'hui 500 incubateurs dans 53 pays et une communauté de plus de 2 millions de personnes. Depuis, Rebecca Enonchong a participé à la création de plusieurs autres réseaux dont Cameroun Angels Network, dédié à l'accompagnement financier des talents entrepreneuriaux dans son pays. "Le développement de ces incubateurs est pour moi une énorme fierté", souligne Rebecca Enonchong. "Je suis sans cesse impressionnée par la qualité des ingénieurs et des entrepreneurs sur le continent qui évoluent parfois dans des contextes difficiles et font preuve de beaucoup de résilience", salue-t-elle. À lire aussiDu Bénin au Sénégal en passant par la Côte d'Ivoire, ces chercheuses africaines trop discrètes "Environnement hostile" Rebecca Enonchong, elle aussi, a dû faire preuve d'une grande résilience au Cameroun. Car son retour au pays n'a pas été un long fleuve tranquille. Depuis 2004 son entreprise court après les honoraires d'un gros contrat signé avec le géant des télécoms MTN. Une situation qui avait alors plongé les comptes d'AppsTech dans le rouge. Malgré une décision de justice en sa faveur, le paiement n'a toujours pas été effectué. "L'environnement des affaires est très hostile au Cameroun, d'autant plus pour une personne qui, comme moi, exprime librement ses opinions" déplore Rebecca Enonchong. Militante en faveur des droits humains et de la démocratie, l'entrepreneuse n'est pas avare de critiques envers le régime de Paul Biya, sur la gestion du conflit en zone anglophone, d'où elle est originaire, comme sur la gestion des affaires, fustigeant un "immobilisme" qui "tue l'économie du pays". En 2021, elle avait été arrêtée pour "outrage à magistrat" et placée trois jours en garde à vue. Une affaire à caractère politique, montée de toute pièce, selon sa défense. Depuis quelques semaines, l'entrepreneuse militante, qui a soutenu à la présidentielle de 2025 l'opposant Issa Tchiroma Bakary, est dans le viseur du fisc camerounais. En cause, un impayé attribué à sa société, d'un montant équivalent à 11 000 euros, qui lui a valu une mise sous scellé de ses bureaux. L'intéressée nie formellement avoir contracté cette créance. Ces ennuis judiciaires interviennent quelques semaines après sa nomination à la vice-présidence de la Chambre internationale de commerce (ICC). Une première pour une femme africaine à ce niveau de responsabilité au sein de la plus grande organisation d'entreprises privées au monde. "Cette attaque vise à me décrédibiliser. On veut m'envoyer un message : ne tentez pas de travailler en dehors du système", s'insurge Rebecca Enonchong. "Mais je ne céderai pas. Le Cameroun est un très beau pays, avec un potentiel énorme et il nous appartient à tous. Je vais continuer de me battre et à investir pour la prochaine génération" conclut-elle. Séries d'été Tech Cameroun Afrique États-Unis Paul Biya Commerce Internet Pour aller plus loin
Mis à jour 9 août