Retour de Paul Biya : Vincent Sosthène Fouda s’attaque aux « lanceurs d’alerte »
Le retour du président camerounais Paul Biya à Yaoundé, après plus de deux mois d’absence, doit aussi conduire à s’interroger sur le rôle des réseaux sociaux et des « lanceurs d’alerte » dans la fabrication de l’actualité politique, estime l’universitaire Vincent Sosthène Fouda dans une tribune p...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actueldimanche 23 août 2026 à 07:221 vues

Le retour du président camerounais Paul Biya à Yaoundé, après plus de deux mois d’absence, doit aussi conduire à s’interroger sur le rôle des réseaux sociaux et des « lanceurs d’alerte » dans la fabrication de l’actualité politique, estime l’universitaire Vincent Sosthène Fouda dans une tribune publiée après le retour du chef de l’État. Paul Biya a regagné Yaoundé le 20 août 2026, après une longue absence qui avait alimenté de nombreuses spéculations sur les réseaux sociaux concernant notamment son état de santé. Pendant plusieurs semaines, des publications avaient évoqué, sans preuves établies, différentes hypothèses sur la santé du président, allant jusqu’à annoncer sa disparition politique ou physique. Pour Vincent Sosthène Fouda, cette séquence dépasse cependant la seule question de la véracité des informations diffusées. Elle pose, selon lui, celle du poids croissant des producteurs de contenus dans la définition de l’agenda politique camerounais. Lire la tribune de Vincent Sosthène Fouda : « Le retour de Paul Biya et l’effondrement des lanceurs d’alerte Pendant près de deux mois, une partie du Cameroun a vécu au rythme d’une actualité fabriquée, commentée et parfois dramatisée par les réseaux sociaux : « Paul Biya est dans le coma », « Paul Biya est en fauteuil roulant », « les confidences du DCC sur la fin de vie du président », « Samuel Eto’o et la Première dame »… Chaque matin apportait sa révélation, chaque soirée son indignation. Puis Paul Biya est rentré. Le 20 août 2026, le président a effectivement regagné Yaoundé après plus de deux mois d’absence. Et avec ce retour se produit quelque chose de plus intéressant que le retour physique d’un homme : l’effondrement d’un système de production de l’émotion politique. Car pendant que les Camerounais spéculaient sur la santé du président, une question plus sérieuse était progressivement posée : qui gouvernait l’agenda national ? Le lanceur d’alerte devait, dans l’imaginaire démocratique, être celui qui révèle ce que le pouvoir veut cacher. Il devient parfois autre chose : celui qui décide de ce que le peuple doit regarder, de ce dont il doit avoir peur et de ce qui doit provoquer sa colère. C’est là que les déclarations du capitaine Effoudou prennent une dimension particulière. Elles ont nourri un débat déjà incandescent sur les réseaux sociaux et mis en cause, entre autres, les pratiques supposées de certains influenceurs et lanceurs d’alerte. Ces accusations demeurent des allégations, et non des faits judiciairement établis. Mais supposons un instant que l’on prenne ces accusations au sérieux. Alors le problème ne serait plus seulement celui des « fake news ». Il serait celui de la marchandisation de l’information politique. Une vidéo circule. Deux lanceurs d’alerte s’affrontent. L’un réclamerait 20 millions de francs CFA à un ministre pour ne pas diffuser des images intimes. Vingt millions ! Dans un pays où l’on parle quotidiennement de détournements de milliards, la somme paraît presque dérisoire. Puis vient l’accusation plus vertigineuse encore : un lanceur d’alerte aurait reçu un milliard de francs CFA d’un haut responsable de la présidence. Un milliard. Si cette affirmation était démontrée, nous ne serions plus dans le registre de l’alerte citoyenne. Nous serions dans celui d’un marché politique clandestin, où l’information devient une marchandise, la menace un instrument de négociation et le scandale une monnaie d’échange. C’est précisément ici que nous devons nous rappeler une chose essentielle : la démocratie ne se nourrit pas seulement d’informations ; elle se nourrit d’institutions capables de distinguer le vrai du faux. Or notre drame est peut-être là. Nous avons remplacé progressivement le journaliste par le lanceur d’alerte, le juge par Facebook, l’enquête par la vidéo WhatsApp et la preuve par le nombre de partages. Pendant soixante jours, beaucoup ont annoncé la disparition politique, physique ou biologique du président. Et le président est rentré. Mais le plus important n’est pas de savoir qui avait raison ou tort sur l’état de santé de Paul Biya. Le plus important est de comprendre pourquoi nous avons accepté de confier notre intelligence collective à des individus dont nous ne connaissons ni les sources, ni les intérêts, ni les financements, ni les méthodes. Le retour de Paul Biya produit ainsi un effet politique inattendu : il ne ferme pas seulement une parenthèse présidentielle. Il ouvre le procès des faiseurs d’opinion. Le lanceur d’alerte n’est pas nécessairement un journaliste. Il n’est pas nécessairement un opposant. Il n’est pas nécessairement un héros. Et surtout, il n’est pas au-dessus de la critique. Une société démocratique doit protéger celui qui révèle un scandale, mais elle doit aussi protéger le citoyen contre celui qui fabrique un scandale pour exercer un pouvoir personnel. Voilà peut-être la véritable leçon de ces deux mois. Paul Biya est rentré à Etoudi. Mais qui rendra aux Camerounais les soixante jours pendant lesquels on leur a confisqué leur droit au doute ? VINCENT SOSTHÈNE FOUDA »
Mis à jour 23 août