Roland Ékodo Mveng : « techniquement le Cameroun ne pouvait pas se qualifier pour la Coupe du Monde »
L’analyste camerounais Siméon Roland Ékodo Mveng estime que les difficultés du football camerounais dépassent largement les tensions récurrentes entre la Fédération camerounaise de football et le ministère des Sports. Selon lui, la non-qualification des Lions Indomptables pour la Coupe du monde t...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actuelsamedi 27 juin 2026 à 20:11

L’analyste camerounais Siméon Roland Ékodo Mveng estime que les difficultés du football camerounais dépassent largement les tensions récurrentes entre la Fédération camerounaise de football et le ministère des Sports. Selon lui, la non-qualification des Lions Indomptables pour la Coupe du monde trouve avant tout son origine dans des insuffisances sportives et structurelles accumulées depuis plusieurs années. Dans une analyse publiée ces derniers jours, il considère que même une parfaite entente entre les différentes instances dirigeantes du football national n’aurait pas suffi à garantir une place au Cameroun dans la phase finale du tournoi mondial. Pour l’observateur, le football camerounais continue de vivre sur le souvenir de ses grandes heures alors que le niveau de la concurrence internationale s’est considérablement élevé. Il estime que les qualifications ne peuvent plus reposer uniquement sur le « fighting spirit », longtemps érigé en symbole de l’identité des Lions Indomptables. Lire la tribune de Siméon Roland Ékodo Mveng : « Techniquement le Cameroun ne pouvait pas se qualifier pour la Coupe du Monde même si la Fecafoot et le Minsep faisaient copain-copain. Après si certains veulent noyer le poisson du faible niveau de la sélection ou se consoler en désignant l’ennemi ou en s’accusant, tant mieux. Il faut définitivement sortir du rêve de son passé glorieux et du schéma de qualification à la pyrrhus où on arrachait souvent une victoire in extremis en toute fin du match en bombant le torse du fameux figting spirit. Cette époque est derrière nous. Pour gagner aujourd’hui,il faut convoquer les meilleurs joueurs et il faut que ces derniers évoluent dans des clubs de haut niveau. Quand on regarde l’armada de la France à tous les postes, il n’y a pas de débat sur la sélection ou sur la titularisation de plus d’un joueur. Or, au Cameroun, et durant les qualifications on avait depuis 5 ans; dans l’entre-jeu, un bon joueur en club mais assez inconstant en sélection, Zambo. Un bon gardien de but mais sans baraka en sélection, Onana. On avait deux joueurs en attaque. Mbeumo un bon joueur en club mais sans véritable leadership offensif en sélection. Et Aboubakar Vincent. Un génie sans club,en perte de vitesse et en phase de retraite. Donc voilà le tableau de qualification sans fioritures. Aussi, un pays comme le Cameroun, s’il était un peu ambitieux et visionnaire et au-delà des questions de management et de structuration du football à la base, n’aurait jamais, et au grand jamais, recruté certains entraîneurs. Y compris certains qui ont remporté des trophées de coupe d’Afrique par la grâce du hasard. Il faut avoir l’amour des standards et pratiquer le culte de l’excellence. Au Brésil, vous ne verrez pas les anonymes sur le banc de touche. Oubliez ça… Le Cap-Vert, qui a fini premier dans la poule du Cameroun, a tenu tête à l’Espagne, qui a un dispositif monstre, et à l’Uruguay, qui est une équipe très difficile à manœuvrer en Amérique du Sud. Le Congo RDC, qui s’est qualifié aux barrages, a tenu en échec le Portugal de Cristiano Ronaldo dans cette Coupe du monde, confirmant ainsi sa belle marge de progression en Afrique depuis près de cinq ans. D’ailleurs le championnat national de football en RDC est très bien structuré, très relevé et bien financé depuis 15 ans. Quand on vous explique que des gars comme Trésor Mputu ont préféré rentrer jouer en championnat au Tout-Puissant Mazembe que de jongler dans les clubs de bas du tableau en Angleterre, il faut comprendre. Quand vous regardez le charisme impérial et le leadership tactique de chancel Mbemba ou de Bakambu au stade vous voyez un alliage entre patriotisme et aisance tactique. Quand vous analysez le repli défensif et la projection du bloc offensif des équipes comme la Côte d’ivoire et le Sénégal depuis cinq ans vous voyez la différence avec le Cameroun qui ne compte que sur le mental. Or, la résilience qu’on appelle Fighting spirit au Cameroun ou Mindset en Amérique du Nord est une ressource qu’on active quand on est en situation de détresse ou quand on veut se mesurer avec un adversaire que l’on croit coriace ou légèrement au dessus de nous sur le plan théorique. Oui, il faut avoir le moral haut et un mental de fer (paramètre psychologique), mais il faut aussi se doter des ressources techniques et tactiques ou opératoires. Avec mon esprit de lion et toute la volonté du monde, je n’aurais jamais pu me mesurer à Mike Tyson dans un ring. Parce que les ressources objectives me feraient défaut. La victoire de David sur Goliath est une jurisprudence et une exception de l’issue des luttes asymétriques,pas une norme des combats. Aujourd’hui chacun boxe dans sa catégorie. On a élargi les qualifications à 48 équipes mais jusque-là le Cameroun n’a pas pu.Ce qui n’est pas un hasard. Puisqu’en 2022 on s’est qualifiés au fil sur un but inattendu de Toko Ékambi. Conclusion, il faut plutôt construire avec le signe de l’espoir de la dernière CAN où la bande à Pagou a montré de réelles auspices de maitrise tactique,d’intensité et de fluidité du jeu durant deux ou trois matchs. Il faut construire le football à la base, donner la chance aux jeunes et miser sur des sélectionneurs d’un certain calibre. »
Mis à jour 27 juin