« Servir l’état sans servir le régime » : la rupture politique assumée du Dr Apollinaire Oko
« Il y a des interventions télévisées qui passent. Et il y en a d’autres qui restent — parce qu’elles disent quelque chose que personne n’osait […]
ActuCamerounPar Armand Djaleumardi 1 septembre 2026 à 08:562 vues

Fonctionnaire et opposant : la subversion tranquille La première ligne de fracture qu’Oko trace est celle qui sépare l’État du RDPC. « Être fonctionnaire, ce n’est pas être l’employé de M. Biya. C’est être au service de l’État camerounais. » Cette clarification, évidente dans toute démocratie fonctionnelle, devient subversive dans un pays où le statut de fonctionnaire est perçu depuis des décennies comme une allégeance automatique au Renouveau. Oko la formule sans trembler, depuis le plateau d’Équinoxe — et en cela, il brise un tabou que 300 000 fonctionnaires camerounais entretiennent chaque jour par leur silence. Il va plus loin. Il expose les failles du système de santé avec la précision d’un diagnosticien — le décret imposant le paiement préalable avant soins, les médecins contractuels payés 105 000 FCFA par mois, l’exode massif des jeunes praticiens. Ce constat n’est pas une critique partisane. C’est un diagnostic d’État. Et c’est précisément parce qu’il est fonctionnaire qu’il le formule avec cette autorité — pas malgré son statut, mais grâce à lui. Sur l’intimidation, il est sans équivoque : « Je ne suis pas le genre de personne qu’on peut embastigner. Tous ceux qui s’y sont essayés ont su qu’ils ne pouvaient pas m’intimider. » Sa posture dit ce que notre éditorial défend depuis le début : on peut servir l’État sans servir le régime. Et ceux qui ont choisi cette voie ont toujours existé — ils sont simplement plus rares que le système ne le souhaiterait. Le fils du Sud qui refuse l’héritage imposé C’est peut-être la dimension la plus symboliquement forte de cet entretien. Originaire de Meyomessala, dans le Dja-et-Lobo — terre natale de Paul Biya — le Dr Oko incarne la rupture la plus dérangeante pour le régime : le Sud n’est pas une propriété politique. Il dit ce que beaucoup savent et que peu osent formuler : sa région souffre des mêmes maux que le reste du pays. Coupures d’électricité interminables. Infrastructures inexistantes. Pauvreté structurelle. Absence de présence réelle du chef de l’État dans son propre fief. La rente symbolique du « fils du pays » au pouvoir n’a pas produit de développement — elle a produit une allégeance politique sans contrepartie concrète. Mais Oko va plus loin encore. Il pointe ce qu’il appelle la prospération des tensions communautaires sous le régime — Tikars contre Bamouns, Arabes Choa contre Mousgoums, crises à Ambam, Ebolowa, Saint-Mélima. Selon lui, l’absence de leadership national depuis 1982 a empêché la construction d’un peuple camerounais — laissant les identités primaires devenir des armes politiques au service de la survie électorale d’un régime qui a besoin de la fragmentation pour régner. C’est un diagnostic que peu de cadres politiques camerounais osent formuler aussi directement. Et le fait qu’il vienne d’un homme du Sud, du fief de Biya, lui donne une résonance particulière. Sur l’arbitraire institutionnel : le juriste qui démonte Sur la crise entre le MRC et le MINAT, Oko est précis et sans concession. Il rappelle ce que nous avons documenté depuis le début : le MINAT n’a aucune compétence pour valider ou invalider les conventions internes des partis politiques. La loi de 1990 prévoit une transmission — pas une autorisation. Et transformer un procès-verbal transmis en « requête » nécessitant une réponse, c’est une confusion juridique délibérée.
Mis à jour Il y a 3j