SOSUCAM : les riverains exigent transparence et respect de leurs droits fonciers
Alors que l’avenir de la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) fait l’objet de discussions autour d’une éventuelle reprise par un consortium d’investisseurs camerounais, les populations autochtones du périmètre sucrier veulent être associées aux décisions qui concernent leur territoire. Dans un ...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actuelmercredi 2 septembre 2026 à 02:23

Alors que l’avenir de la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) fait l’objet de discussions autour d’une éventuelle reprise par un consortium d’investisseurs camerounais, les populations autochtones du périmètre sucrier veulent être associées aux décisions qui concernent leur territoire. Dans un communiqué publié le 1ᵉʳ septembre à Mbandjock, l’Association des Riverains Autochtones du Périmètre Sucrier de la SOSUCAM (ARAPSO) appelle l’État, l’entreprise et les éventuels repreneurs à placer les communautés au cœur du processus. L’association, qui se présente comme la représentante des populations riveraines du périmètre sucrier, affirme ne soutenir aucun repreneur ni aucun camp dans les discussions actuelles. Sa principale revendication porte sur la reconnaissance de la légitimité des communautés et la prise en compte de leurs intérêts fonciers, sociaux et environnementaux. La terre au centre des préoccupations Pour l’ARAPSO, la question foncière constitue le principal enjeu de la transition annoncée autour de la SOSUCAM. L’association rappelle que les terres exploitées par la société, installée initialement en 1963 pour des cultures d’essai puis engagée dans la production industrielle de sucre à partir de 1965, ont une dimension qui dépasse leur seule valeur économique. Selon le communiqué, le choix de la Haute-Sanaga, notamment autour de Mbandjock et Nkoteng, s’expliquait à l’époque par plusieurs avantages : la disponibilité foncière, l’accès au fleuve Sanaga et la proximité de Yaoundé ainsi que de l’axe ferroviaire transcamerounais. Ces caractéristiques ont contribué à faire de la zone un espace stratégique pour l’industrie sucrière camerounaise. Pour les riverains, elles ne doivent toutefois pas faire disparaître la dimension historique et sociale de ces terres, considérées comme un héritage transmis entre générations. L’ARAPSO rappelle ainsi que sa mission consiste à défendre les intérêts des populations vivant autour de la SOSUCAM et à veiller à la protection de leurs droits tels qu’ils découlent, selon elle, de la convention d’établissement et du cahier des charges liant l’État et l’entreprise. Une éventuelle reprise sous surveillance Le communiqué intervient dans un contexte de transition délicat pour la SOSUCAM. L’association indique avoir été informée, notamment par la presse et différents échanges, de l’existence d’un consortium d’investisseurs camerounais qui aurait signé un accord en vue de reprendre la participation majoritaire de SOMDIAA dans la société sucrière. L’ARAPSO prend cependant soin de ne pas se positionner en faveur d’un investisseur particulier. Elle estime que la décision finale relève de la souveraineté de l’État camerounais. L’association dit également suivre avec attention les procédures et batailles judiciaires entourant la cession de la SOSUCAM au sein de la famille CASTEL. Elle considère que ces tensions illustrent l’importance stratégique du contrôle de l’activité industrielle sucrière dans un contexte où la sécurité agroalimentaire du Cameroun constitue un enjeu majeur. Mais pour les riverains, le changement éventuel d’actionnaire ne doit pas être abordé uniquement sous l’angle financier. Ils réclament que les conséquences foncières, sociales et environnementales soient également prises en compte. L’ARAPSO déplore notamment que des négociations aient, selon elle, été conduites par la direction de la SOSUCAM avec des repreneurs potentiels sans consultation suffisante des communautés autochtones et riveraines directement concernées. Elle dénonce par ailleurs les tentatives de contournement de la représentation communautaire par le recours à des individus isolés et non mandatés pour obtenir un soutien à certaines initiatives. Un « groupe de travail » pour associer les communautés L’association se dit néanmoins disposée à participer au processus engagé par les pouvoirs publics. Elle rappelle qu’elle avait déjà exprimé cette disponibilité le 25 août 2026, lors d’une descente à Nkoteng d’une mission envoyée par le gouvernement. L’ARAPSO propose notamment la mise en place de consultations formelles associant les représentants légitimes des populations riveraines. Ces consultations pourraient être organisées dans le cadre d’un groupe de travail réunissant notamment des chefs traditionnels, des conseillers régionaux, des maires, des représentants de l’ARAPSO et des cadres de la SOSUCAM. Selon l’association, les travaux devraient déboucher sur l’élaboration et la signature d’un cahier des charges. Celui-ci serait ensuite diffusé auprès des communautés riveraines afin de garantir que les engagements pris soient connus et suivis. L’objectif affiché est de parvenir à un accord prenant en compte l’impact social de la transition, la stabilité de la région, la paix publique et la réussite de l’opération. Les riverains réclament des retombées plus importantes Au-delà de la question de la propriété et de l’exploitation des terres, l’ARAPSO met l’accent sur les retombées sociales de la présence de la SOSUCAM. L’association estime que, malgré les efforts consentis au fil des années, les populations locales ne bénéficient pas suffisamment des retombées de l’activité sucrière. Elle cite notamment la situation des infrastructures sanitaires dans la région, évoquant l’absence d’un hôpital qu’elle juge digne de ce nom, ainsi que l’insuffisance des pharmacies et des infrastructures financières. Pour les représentants des riverains, la responsabilité sociale de l’entreprise doit donc constituer un élément central de toute éventuelle reprise. L’association demande également que la transparence financière et opérationnelle soit garantie. Elle entend notamment suivre le calendrier de décaissement des montants annoncés, la structure de financement des éventuels repreneurs, l’exécution effective de la campagne sucrière ainsi que l’écart éventuel entre les capitaux annoncés et ceux réellement déployés. Environnement et santé publique dans le débat La protection de l’environnement constitue un autre axe important du communiqué. L’ARAPSO affirme que les impacts environnementaux de l’activité sucrière sont documentés et demande que les futurs opérateurs mettent en œuvre des mesures correctives et des pratiques modernes. L’association souhaite que la protection de la nature et de la santé des populations soit intégrée aux engagements qui accompagneront la transition. Elle insiste également sur la préservation de la cohésion sociale dans la Haute-Sanaga, présentée comme un espace de coexistence entre des communautés venues de différentes régions du Cameroun et les populations autochtones. Pour l’ARAPSO, cette paix communautaire représente un acquis à protéger dans le cadre de toute évolution de l’activité sucrière. « Nous ne soutenons aucun camp » Dans sa conclusion, l’ARAPSO réaffirme qu’elle ne cherche ni confrontation ni blocage. Elle assure vouloir travailler avec l’État, la SOSUCAM, les éventuels repreneurs et les autorités compétentes. Mais cette volonté de dialogue s’accompagne de plusieurs exigences : respect des populations, reconnaissance de leur légitimité, transparence dans les décisions, prise en compte des droits fonciers et participation des communautés au processus. L’association demande également l’intégration du capital du futur acquéreur d’actions financées par la redevance foncière annuelle, ainsi que la mise en œuvre d’une véritable responsabilité sociale et la préservation de la paix et de la stabilité dans la région. Le message des riverains est donc double : ils se disent ouverts à la modernisation et à la poursuite de l’activité sucrière, mais refusent que l’avenir de leurs terres et de leurs communautés soit décidé sans eux. Pour l’ARAPSO, la transition autour de la SOSUCAM ne peut ainsi être réduite à une opération de changement d’actionnariat. Elle doit, selon elle, devenir l’occasion de redéfinir les relations entre l’entreprise, l’État et les populations qui vivent depuis plusieurs générations sur le périmètre sucrier. « Ce qui est sacré pour nous, c’est notre terre ancestrale, notre dignité et notre avenir », affirme l’association dans son communiqué.
Mis à jour Il y a 2j