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Taxer les téléphones à 33 % dans un pays pauvre : une décision économiquement contestable

L’État camerounais a décidé d’appliquer un taux global de liquidation des droits et taxes de douane de 33,33 % sur les téléphones et terminaux importés. Une mesure qui suscite déjà de nombreuses interrogations dans un pays où le pouvoir d’achat demeure parmi les plus faibles du continent et où l’...

Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Cameroun Actueldimanche 7 juin 2026 à 23:351 vues
Taxer les téléphones à 33 % dans un pays pauvre : une décision économiquement contestable
L’État camerounais a décidé d’appliquer un taux global de liquidation des droits et taxes de douane de 33,33 % sur les téléphones et terminaux importés. Une mesure qui suscite déjà de nombreuses interrogations dans un pays où le pouvoir d’achat demeure parmi les plus faibles du continent et où l’endettement public continue de peser lourdement sur l’économie nationale. Par Armel MbatchouJournaliste engagé, Analyste politique et chroniqueur, Historien d’art Une question fondamentale mérite d’être posée : quelle logique économique justifie une taxation aussi élevée sur un produit que le Cameroun ne fabrique pas ? Dans la plupart des pays, les droits de douane élevés servent généralement à protéger une industrie locale contre la concurrence étrangère. Or, le Cameroun ne produit ni smartphones, ni composants électroniques, ni systèmes d’exploitation mobiles. Cette taxation ne protège donc aucune filière nationale. Elle frappe directement le consommateur final. Le téléphone portable n’est plus un produit de luxe. Il est devenu un outil indispensable de communication, de travail, d’éducation, d’accès aux services bancaires et aux plateformes numériques. Taxer lourdement un instrument aussi essentiel revient à taxer l’accès même à l’économie moderne. Comment justifier qu’un appareil déjà acheté légalement à l’étranger doive supporter une charge fiscale supplémentaire pouvant atteindre plus de 130 000 FCFA dans certaines catégories ? Cette décision intervient alors que de nombreux Camerounais vivent avec des revenus extrêmement modestes. Dans certains secteurs, des travailleurs perçoivent encore des rémunérations proches de 30 000 FCFA par mois. Pour ces populations, acquérir un téléphone représente déjà un effort financier considérable. L’ajout d’une taxation de 33 % ne fera qu’aggraver cette difficulté. Les conséquences économiques risquent d’être importantes D’abord pour les commerçants et importateurs. Les coûts supplémentaires seront inévitablement répercutés sur les prix de vente. Le consommateur paiera non seulement la taxe, mais également les frais administratifs, les délais et les coûts liés aux procédures de vérification. Au final, le même téléphone pourrait être revendu à un prix largement supérieur à sa valeur réelle. Ensuite pour l’économie numérique elle-même. Les opérateurs de téléphonie mobile pourraient être parmi les premiers perdants sur le long terme. Chaque téléphone bloqué ou non activé représente un utilisateur de moins pour les services d’appels, les forfaits Internet, les SMS, les plateformes de transfert d’argent mobile et l’ensemble des services numériques qui génèrent aujourd’hui une part importante des revenus du secteur. Cette mesure soulève également plusieurs difficultés pratiques Comment sera gérée la situation des touristes étrangers qui séjournent régulièrement au Cameroun ?Qu’en sera-t-il des Camerounais de la diaspora qui rentrent temporairement au pays avec leurs appareils personnels ?Comment distinguer efficacement les appareils importés des terminaux utilisés occasionnellement en itinérance internationale (roaming) ?Ces questions demeurent essentielles et méritent des réponses claires. L’expérience internationale montre qu’une fiscalité excessive produit souvent des effets contraires aux objectifs recherchés. Lorsqu’une taxe devient économiquement insupportable, elle favorise l’émergence de circuits parallèles. Le risque est donc réel de voir se développer un marché noir reposant sur la modification des identifiants IMEI, la duplication d’appareils ou diverses formes de contournement technique. Plus la contrainte fiscale est forte, plus l’incitation à la fraude augmente. L’histoire économique enseigne une leçon simple : lorsque l’impôt devient disproportionné, la fraude devient rentable. L’État dispose naturellement du droit souverain de percevoir l’impôt. Personne ne conteste ce principe. Cependant, une fiscalité efficace doit rester économiquement réaliste, socialement acceptable et compatible avec les capacités financières réelles des citoyens. La lutte contre la contrebande et les importations irrégulières est une nécessité. Mais elle ne saurait justifier une pression fiscale qui risque d’exclure davantage encore les populations de l’accès aux outils numériques. Trente-trois pour cent sur un simple téléphone portable Un taux qui dépasse parfois celui supporté par certaines activités économiques productives. Dans un pays où chaque franc compte, où le chômage demeure élevé et où l’accès au numérique constitue un facteur essentiel d’inclusion économique, cette mesure apparaît davantage comme un frein que comme un levier de développement. À vouloir taxer excessivement un outil devenu indispensable à la vie quotidienne, l’État prend le risque de réduire la consommation, d’encourager les circuits informels et, paradoxalement, de diminuer à terme les recettes qu’il espérait augmenter. Une politique fiscale durable ne se mesure pas à la hauteur des taxes imposées, mais à sa capacité à concilier les besoins de l’État avec les réalités économiques de la population. C’est précisément là que se situe aujourd’hui le véritable débat.
Mis à jour 8 juin
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