Une zone tampon source de tension entre Bangui et Yaoundé
Une incursion effectuée par des soldats camerounais en territoire centrafricain a ravivé la tension concernant une zone revendiquée par les deux pays.
dw.comvendredi 7 août 2026 à 09:30

Selon Bangui, des militaires camerounais seraient entrés sur le territoire centrafricain, dans une étroite bande frontalière, pour y effectuer une opération de contrôle. Les militaires camerounais ont finalement été désarmés et renvoyés chez eux. Après des discussions conduites entre les autorités administratives et militaires locales, il semble que le malentendu entre la Centrafrique et le Cameroun se soit dissipé. Mais le différend sur cette zone tampon entre les deux pays persiste. Qu'est-ce qui est à l'origine de la tension ? Selon Yahouba Zedou, le maire de Koundé, une localité frontalière avec le Cameroun, les militaires camerounais ont effectué, le week-end dernier, un contrôle de routine sur le territoire centrafricain. "Les militaires camerounais ont traversé la frontière, ils sont passés par une rivière et ils ont traversé notre territoire. Ils sont venus faire un petit contrôle, demander des papiers aux Centrafricains" précise le maire. Selon lui "les militaires centrafricains ont désarmé les Camerounais, ils ont pris leurs armes et la clé de leur voiture. Ils ont appelé au niveau de Béloko. Le commissaire de la ville est venu et il a pris les armes pour les confisquer". Ecoutez les précisions de Jean Fernand Koena To play this audio please enable JavaScript, and consider upgrading to a web browser that supports HTML5 audio Le contentieux entre Bangui et Yaoundé porte sur une étroite zone frontalière autour de Cantonnier et Koundé-Sabal, près de Béloko. Cette zone tampon est revendiquée par la République centrafricaine, mais certaines portions seraient sous contrôle de l'administration camerounaise. Une situation confuse, toujours non résolue, qui porte donc sur le tracé exact de la frontière entre les deux pays dans cette région. Que souhaitent les riverains ? Concernant l'incident survenu récemment, les armes et véhicules ont finalement été restitués aux militaires. Les autorités centrafricaines et camerounaises ont convenu de se retrouver en septembre pour faire le point sur ce différend. Jacques Ngué est un ressortissant Camerounais à Bangui et il déplore ce vieux contentieux entre les deux pays. Il dit avoir "condamné cet acte qu'un pays puisse entrer et violer le territoire d'un pays frère, avec des armes". Selon lui, "le chef de l'Etat camerounais n'a jamais envoyé les militaires traverser la barrière, ni le chef d'Etat centrafricain traverser la barrière côté Cameroun." Jacques Ngué rappelle que les deux pays sont dans un espace Cémac, où les chefs de l'Etat s'appellent "très cher vrai frère”. Il demande donc aux autorités camerounaises et centrafricaines de "s'asseoir autour d'une table et de faire un dialogue franc." Que devraient faire les autorités ? Pour l'enseignant-chercheur Lorenzo Ganazoui, également acteur de la société civile, le dossier devrait être géré au plus haut niveau entre les deux pays. Selon lui "s'il y a un dialogue au niveau local, il va falloir que les autorités au niveau central puissent prendre la relève de manière que non seulement, ils puissent s'inspirer de ce qui prévaut de façon réelle, au niveau de la frontière, mais qu'ils rentrent directement en contact avec les autorités au niveau de Yaoundé, afin qu'il y ait des négociations sur des principes qui sont ceux qui gouvernent notre vivre-ensemble communautaire". Cet incident survient peu de temps après que la commission mixte entre le Cameroun et la République centrafricaine se soit réunie à Bangui. Celle-ci est chargée de vérifier le tracé exact de la frontière issue des accords internationaux.
Mis à jour 7 août