Vice-présidence au Cameroun : Michèle Ndoki redoute un « coup d’État » préparé autour de la succession de Paul Biya
Et si le poste de vice-président de la République, créé en avril dernier, devenait l’instrument d’une succession politique soigneusement verrouillée ? C’est l’hypothèse que développe Michèle Ndoki dans une longue tribune intitulée « La vice-présidence vacante : ce qui pourrait se préparer, ce qu’...
Le bled parle : Actu cameroun info net - Journal Cameroun Web — feedPar LMZmardi 20 octobre 2026 à 11:38

Et si le poste de vice-président de la République, créé en avril dernier, devenait l’instrument d’une succession politique soigneusement verrouillée ? C’est l’hypothèse que développe Michèle Ndoki dans une longue tribune intitulée « La vice-présidence vacante : ce qui pourrait se préparer, ce qu’il faut surveiller ». Le scénario d’une succession sans élection Pourquoi Paul Biya n’a-t-il toujours pas nommé de vice-président ? L’avocate, ancienne militante du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), part d’un constat : depuis la révision constitutionnelle promulguée le 14 avril 2026, le Cameroun dispose d’une fonction de vice-président, mais aucun responsable n’y a encore été nommé. « Six mois plus tard, personne n’a été nommé. Ça ne peut pas être un hasard », écrit-elle. Pour Michèle Ndoki, cette situation mérite une attention particulière en raison des conséquences institutionnelles que pourrait entraîner une vacance définitive de la présidence de la République. Le scénario d’une succession sans élection L’ancienne responsable du MRC distingue deux mécanismes de succession prévus, selon son analyse, par la Constitution révisée. En présence d’un vice-président régulièrement nommé, celui-ci serait appelé à achever le mandat présidentiel en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du chef de l’État, dans les conditions fixées par les textes. En revanche, si le poste demeure vacant, la succession provisoire reviendrait au président du Sénat, actuellement Aboubakary Abdoulaye, avant l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. C’est précisément cette différence qui nourrit ses inquiétudes. « Désigner quelqu’un qui deviendra président de la République par voie de nomination, c’est fouler aux pieds les fondements mêmes de notre République », estime-t-elle, non sans contester la légitimité démocratique d’un mécanisme pourtant inscrit dans la révision constitutionnelle. Selon elle, une telle succession permettrait à une personnalité non directement élue à la présidence de terminer le mandat en cours, dont l’échéance est prévue en 2032. Michèle Ndoki développe alors une hypothèse particulièrement grave : celle d’une nomination dont l’existence ne serait rendue publique qu’au moment d’une éventuelle vacance du pouvoir. « Il peut enfin décéder, et un vice-président surgir d’un décret que personne ne l’a vu signer. C’est contre ce scénario que je mets en garde », écrit-elle. Elle va jusqu’à qualifier une telle manœuvre hypothétique de « coup d’État, et non une transition ». Pourquoi Paul Biya n’a-t-il toujours pas nommé de vice-président ? Pour expliquer cette absence de nomination, Michèle Ndoki avance une autre hypothèse : la possibilité qu’un vice-président devienne un acteur institutionnel susceptible de mettre en cause la capacité du président à exercer ses fonctions. Elle affirme que la législation révisée confère au vice-président un rôle déterminant dans la saisine du Conseil constitutionnel pour faire constater un empêchement définitif du chef de l’État. « Autrement dit, nommer un Vice-président revient à se doter d’un rival potentiel », analyse-t-elle. L’avocate évoque également les séjours de Paul Biya à l’étranger pour alimenter son questionnement sur l’exercice effectif de l’autorité présidentielle. Elle reconnaît toutefois qu’une absence du territoire ne constitue pas, à elle seule, un empêchement définitif.
Mis à jour 20 oct.