Vincent‑Sosthène Fouda rend hommage à Mgr Philippe Ambassa Mimfoumou
« Il est des hommes dont la disparition ne se mesure pas à la seule brièveté d’un souffle interrompu, mais à l’ampleur du vide qu’ils laissent […]
ActuCamerounPar Armand Djaleujeudi 3 septembre 2026 à 12:13

Il savait que le prêtre n’est jamais un technicien du sacré, mais un homme façonné par la Parole. Sa bibliothèque, vaste comme une nef, était son second oratoire. Il citait volontiers les Pères de l’Église, les théologiens africains, les humanistes européens. Et toujours, avec cette élégance latine qu’il affectionnait : « Veritas liberabit vos » — La vérité vous rendra libres (Jn 8,32). Pour lui, la vérité n’était pas une idée : c’était une discipline intérieure. Un exorciste au cœur brûlant Nommé exorciste par Mgr Victor Tonyé Bakot, confirmé dans cette charge par Mgr Jean Mbarga, il exerçait ce ministère avec une gravité qui impressionnait. Il ne parlait jamais de l’exorcisme comme d’un pouvoir, mais comme d’un service : « Non in virtute mea, sed in nomine Domini » — Non par ma force, mais au nom du Seigneur. Il accueillait les souffrances les plus lourdes, les détresses les plus obscures, les cris que personne n’entend. Il se définissait lui-même, dans une dédicace qu’il me fit en juin 1996, comme un « serviteur souffrant parce qu’accueillant tous ceux qui souffrent ». Cette phrase, écrite quelques mois avant l’incendie de sa chambre à la Cathédrale Notre‑Dame des Victoires — incendie qui faillit lui coûter la vie — résonne aujourd’hui comme une prophétie. Un homme d’érudition, un homme de feu Il avait l’érudition des maîtres et la simplicité des saints. Il pouvait commenter Jean‑Marc Ela, Augustin, Origène, ou un texte pastoral du diocèse avec la même intensité. Il aimait la langue latine parce qu’elle lui semblait porter la densité du sacré : « Servus servorum Dei » — Serviteur des serviteurs de Dieu. Cette formule, qu’il citait souvent, était pour lui un programme de vie. Un cœur tourné vers les pauvres Il avait cette manière de se pencher vers les plus petits, non pas comme un geste charitable, mais comme une obligation spirituelle. Il disait souvent : « Ubi pauper, ibi Christus » — Là où est le pauvre, là est le Christ. Et il vivait cela avec une fidélité désarmante. Les pauvres n’étaient pas pour lui un champ pastoral : ils étaient son peuple. Un survivant, un témoin, un frère. L’incendie de 1996, qui aurait pu l’emporter, fut pour lui un tournant. Il en parlait comme d’une visitation : « Le feu m’a pris mes livres, mais il m’a rendu ma vie. » Il en sortit plus fort, plus grave, plus déterminé. Comme si la fragilité de la vie lui avait révélé la force du ministère.
Mis à jour Il y a 1j