Whisky en sachet : le poison à 100 FCFA qui ronge les villages
Cent francs CFA, c’est le prix d’un sachet de whisky Tir, Bullet ou Shooter vendu au coin de rue dans plusieurs villages camerounais. Et c’est aussi, selon des médecins, le prix d’une dégradation lente du foie, des reins et du système nerveux. Le gouvernement vient de fixer un ultimatum au 18 déc...
237onlinePar Alain-Claude Ndomlundi 6 juillet 2026 à 12:41

Cent francs CFA, c’est le prix d’un sachet de whisky Tir, Bullet ou Shooter vendu au coin de rue dans plusieurs villages camerounais. Et c’est aussi, selon des médecins, le prix d’une dégradation lente du foie, des reins et du système nerveux. Le gouvernement vient de fixer un ultimatum au 18 décembre 2026. Un confrère de la rédaction a résumé la chose ainsi : « on a mis douze ans à interdire un poison à 100 francs, franchement. » Un cocktail chimique qui tue en silence Derrière ces berlingots aux noms accrocheurs se cache une réalité documentée par plusieurs professionnels de santé camerounais. Le méthanol, substitut bon marché de l’éthanol, y est régulièrement retrouvé. L’OMS elle-même qualifie ce produit de fléau dans les régions vulnérables. Une gastro-entérologue de l’Hôpital Général de Douala le rappelle sans détour. Aucun consommateur ne connaît le degré d’alcool réel ni la composition exacte de ce qu’il avale. Cirrhoses, ulcères gastriques, insuffisances rénales, troubles neurologiques, pathologies cardiaques, la liste des dégâts s’allonge dans les consultations. En mars 2025, un jeune homme est mort à Nkongsamba après avoir tenté d’ingurgiter plusieurs sachets lors d’un pari entre amis. Ce n’est pas un accident isolé. C’est la conséquence d’un système où des substances industrielles circulent sans le moindre contrôle sanitaire. Le profil des consommateurs interpelle. De jeunes ouvriers, des conducteurs de taxi-moto, des travailleurs journaliers, souvent en zone rurale, qui utilisent ces sachets pour tenir après des journées harassantes. Le corps s’épuise, la dépendance s’installe, et la force de travail la plus jeune s’affaiblit prématurément dans ces communautés. Cette fois, l’État promet de tenir bon Le Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique a fixé une date butoir au 18 décembre 2026 pour toutes les unités de production. La décision fait suite au démantèlement d’un site clandestin à Douala, où le ministre intérimaire Fuh Calistus Gentry a identifié 22 entreprises opérant sans autorisation. Des scellés ont été posés. Depuis 2014, les moratoires successifs avaient créé un vide juridique. Les producteurs échappaient à tout contrôle qualité et utilisaient librement du méthanol. Ce n’est pas un hasard si l’interdiction a mis douze ans à se concrétiser. Le marché mobilise producteurs, distributeurs et détaillants, pour un manque à gagner estimé à plus de 200 milliards de FCFA par an. Difficile de ne pas y voir les vraies raisons du blocage passé. Les autorités poussent désormais vers un conditionnement en verre. Mais tant que la précarité économique restera le terreau de cette consommation, un arrêté ne suffira pas à sauver les villages. Ne manquez aucune actualite ! Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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