Yaoundé étouffe sous les ordures, l’insalubrité des marchés menace la santé des populations
Entre eaux usées, déchets, manque d’hygiène et promiscuité, les marchés de Yaoundé, la capitale, sont devenus des foyers de maladies. Montages d’ordures, caniveaux bouchés, eaux stagnantes. À 6 h du matin au marché Mokolo, les vendeuses pataugent déjà dans la boue. Au marché du Nvog Mbi, les mouc...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Constant Pierre Yapvendredi 21 août 2026 à 07:161 vues

Entre eaux usées, déchets, manque d’hygiène et promiscuité, les marchés de Yaoundé, la capitale, sont devenus des foyers de maladies. Montages d’ordures, caniveaux bouchés, eaux stagnantes. À 6 h du matin au marché Mokolo, les vendeuses pataugent déjà dans la boue. Au marché du Nvog Mbi, les mouches bourdonnent sur les tas de poisson. À Essos, les rats courent entre les cartons. L’insalubrité n’est plus un accident à Yaoundé, c’est une norme. Et elle a un prix en vies humaines. Selon la Communauté urbaine de Yaoundé (CUY), plus de 50 000 personnes fréquentent quotidiennement les deux plus grands marchés de la capitale, le marché central et le marché Mokolo. Pourtant les infrastructures ne suivent pas. Le contraste est amer, l’insuffisance des bacs à ordures et des latrines publiques, l’absence des points d’eau. Les déchets sont jetés dans les caniveaux qui se transforment en dépotoirs à ciel ouvert. En 2024, le ministre de l’Habitat a lancé l’opération « coup de poing » pour désengorger la ville, mais le maire de Yaoundé, Luc Messi Atangana, a alerté sur le manque de ressources financières qui a gravement entravé les efforts de nettoyage. En réponse, le ministère des Finances (MINFI) a débloqué 200 millions de FCA intégrés au budget 2024 pour financer l’assainissement. Une goutte d’eau face à des montagnes et boulevards d’ordures qui jonchent les marchés et les rues et autres espaces publics. La Communauté urbaine de Yaoundé pointe aussi du doigt l’incivisme croissant des populations et les structures de gestion des déchets submergées, avec des salaires impayés. Impacts sanitaires, le choléra aux portes des marchés L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l’affirme, le choléra est principalement lié à un accès insuffisant à l’eau salubre et à un assainissement adéquat. Et il est endémique au Cameroun depuis 2018. Le district de santé de Biyem-Assi, au cœur de Yaoundé, est cité comme zone densément peuplée avec un accès insuffisant à l’eau potable et à l’assainissement, où les conditions peuvent favoriser la propagation rapide d’une flambée de choléra, comme l’indique Marie, 35 ans, ménagère : « je viens acheter ici parce que c’est moins cher. Mais j’ai peur. La dernière fois il y a eu une alerte cholera à Biyem-Assi. On a dit de se laver les mains mais il n’y a pas de robinet dans le marché ». Pourtant la menace est réelle, entre mars et avril 2025, le Cameroun a notifié 4 cas suspects de choléra. À l’échelle mondiale, l’OMS a enregistré en 2024 une hausse de 5 % des cas et de 50 % des décès par le choléra. Plus de 6000 morts d’une maladie qu’il est possible d’éviter et de traiter. Le taux de létalité en Afrique est passé de 1,4 % en 2023 à 1,9 % en 2024. Les médecins de terrain tirent la sonnette d’alarme, typhoïde, diarrhée aiguë, paludisme et infections cutanées exposent chez les vendeurs et les clients : « Nous recevons chaque semaine des cas liés directement à l’insalubrité des marchés. Les vendeurs de nourriture sont les premiers exposés, mais les clients en paient le prix le plus cher », explique un médecin du centre de santé de la Cité Verte. Pourquoi cette situation persiste ? Trois facteurs portent les blocages aux différents efforts : d’abord les finances, 200 millions FCFA débloqués restent largement insuffisants pour curer tous les caniveaux et équiper les 11 marchés principaux de la ville. Ensuite les équipements et la technique de la société d’Hygiène et Salubrité du Cameroun (HYSACAM) et les communes d’arrondissement manquent de camions et de personnel et enfin l’éducation citoyenne et environnementale des populations, par le déversement sauvage des ordures avec absence de tri à la source. Pourtant, des solutions simples et efficaces pourraient renforcer les efforts et les politiques d’assainissement déjà en place, notamment la multiplication des bacs à ordures et points d’eau dans les marchés, la verbalisation des commerçants indélicats, les campagnes de sensibilisation avec les associations des vendeurs et les médias. Avec 4 millions d’habitants, Yaoundé consomme 70 % de ces produits vivriers dans ses marchés. Laisser l’insalubrité s’installer, c’est accepter que la prochaine épidémie parle de l’étal. Le choléra ne négocie pas. Il prolifère là où l’eau est sale. À Yaoundé, les marchés sont devenus ce terrain.
Mis à jour 21 août