Yaoundé : la consommation des chauves-souris, un jeu dangereux sous la menace Ebola
« Entre marchés informels et croyances, la manipulation et la vente de chauves-souris font craindre une nouvelle zoonose ». À Yaoundé, dans l’ombre des étals de Mokolo et au marché de nuit d’Essos, elles pendent par grappes, des chauves-souris vidées, fumées ou vendues vivantes. Consommée pour sa...
Cameroun Actuel - Portail d'information sur l'actualité au Cameroun — feedPar Constant Pierre Yapmardi 18 août 2026 à 07:071 vues

« Entre marchés informels et croyances, la manipulation et la vente de chauves-souris font craindre une nouvelle zoonose ». À Yaoundé, dans l’ombre des étals de Mokolo et au marché de nuit d’Essos, elles pendent par grappes, des chauves-souris vidées, fumées ou vendues vivantes. Consommée pour sa viande, utilisée en médecine traditionnelle, la chauve-souris de brousse est un met prisé. Mais derrière ce commerce, les spécialistes de la santé tirent la sonnette d’alarme sur un risque majeur de transmission de virus, donc Ebola. Les chauves-souris hébergent naturellement de nombreux virus sans tomber malades. Le problème vient du saut d’espèces. Quand l’homme entre en contact direct avec leur sang ou leurs fluides. C’est ainsi que le virus Ebola serait passé du réservoir animal à l’homme lors des premières épidémies en Afrique centrale. Un commerce discret et très actif, mais un danger sanitaire : Ebola et autres virus émergents Malgré, l’interdiction de la vente de certaines espèces sauvages, le trafic persiste. Braconniers, revendeurs et restaurateurs de spécialités se ravitaillent dans les forêts du centre, du Sud et de l’Est, mais de plus en plus dans la ville de Yaoundé où l’activité se développe dangereusement. Au marché, la chaine est rapide, capture au filet, transport dans les sacs, abattage à même le sol, sans gants ni eau. Les clients demandent ça pour la fatigue, pour le sang. Une chauve-souris grillée, c’est 500 F CFA, explique un vendeur sous couvert d’anonymat. Les chauves-souris frugivores sont identifiées par l’OMS comme réservoir naturel du virus Ebola. Le risque survient au moment de la manipulation, par morsures, griffes, contact avec le sang, les excréments et les fluides lors de la découpe. Dr Ekotto, épidémiologiste au ministère de la santé publique indique que, « quand vous découper une chauve- souris infectée sans protection, une goutte de sang sur une coupure suffit. Le virus passe ». Et à Yaoundé avec la densité de la population et la promiscuité des marchés, une contamination à Ebola peut devenir une épidémie en quelques jours. Au-delà d’Ebola, les scientifiques craignent aussi le Nipah, la rage et des coronavirus. Le Cameroun est déjà en alerte permanente depuis les épidémies en Guinée et présentement en RDC, pays avec lequel le Cameroun partage la même forêt. Facteurs aggravants du phénomène dans la ville de Yaoundé et le danger environnemental Il s’agit dans un premier temps du manque d’hygiène, l’abattage se fait sur les mêmes tables que les poulets et le nettoyage du poisson. Ensuite l’absence des contrôles vétérinaires qui n’indiquent aucune traçabilité ni inspection sanitaire et enfin, la consommation crue ou peu cuite en soupes et brochettes mal cuites. Au-delà du risque humain, la chasse intensive des chauves- souris entraine un déséquilibre de l’écosystème. Les chauves-souris sont des polinisateurs et des régulateurs d’insectes. Leur disparition favorise la prolifération des moustiques et impacte l’agriculture urbaine autour de Yaoundé. De plus les carcasses et déchets d’abattage sont jetés dans la nature, contaminant ainsi les sols et les points d’eau. Avec plus de 4 millions d’habitants, Yaoundé est une cocote minute épidémiologique. Un seul cas d’Ebola lié à la consommation des chauves-souris suffirait à saturer les hôpitaux. Les experts sont pourtant unanimes, un plaisir d’un plat ne vaut pas le risque d’une épidémie. Tant que la demande existera, le danger rodera au-dessus des toits de la capitale.
Mis à jour 18 août